![]()
Le Bét Hamikdach venait d'être détruit par Titus. On est en l'an 70 de l'ère courante. Rabbi Yo’hanane ben Zakaï avait ouvert une académie à Yavné. L'étude de la Tora avait, en quelque sorte, remplacé le Temple de Jérusalem dans le cœur de chaque juif. ![]() Pillage du second temple par les Romains Sur l'emplacement de la Ville sainte, s'élevait main tenant la cité nouvelle, Aélia Capitolina, avec ses théâtres et ses temples dédiés aux divinités romaines. Malgré cette situation désastreuse, la résistance s'organisait et les Romains comprirent que cette résistance ne tirait sa force que de la Tora et de l'espérance religieuse des juifs. Hadrien s'inspirant peut-être d'Antiochus Epiphane prit des décrets interdisant non seulement la circoncision mais encore l'observance du Chabbat, l'enseignement de la Tora et l'ordination des Rabbins. |
L'insurrection |
![]() Lettre de Bar Kokhba demandant de l’aide L'empereur Hadrien revint lui-même de Rome pour diriger les opérations de répression, devant l'insuccès du gouverneur Tinnius Rufus que les juifs appelaient Tiranus ou Tournus Rufus (le tyran). Le chef, Bar Kokhba, se réfugia alors, avec le gros de ses troupes, dans la puissante forteresse de Bétar, au nord-ouest de Jérusalem. Après une défense longue et opiniâtre, la forteresse de Bétar tomba en 135. ![]() Siege de Bétar par les romains Les décrets romains restaient en vigueur. C'est dans ce contexte de ruine que se situe l'histoire de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï. Etudiant à Yavné, mais surtout à Bné Brak. Durant treize ans, à l'école de Rabbi ‘Akiba, Rabbi Chim’on Bar Yo’haï eut le temps et l'occasion de former son caractère auprès de celui qui devait marquer toute l'histoire d'Israël de son empreinte. |
Rabbi Chimon Bar Yo'hai |
![]() Rabbi Chim’on Bar Yo’haï Rabbi Juda, Rabbi Yossé et Rabbi Chim’on étaient réunis, et Juda, le fils d'un prosélyte, se tenait près d'eux. Rabbi Juda fit observer: « Les travaux de ces Romains sont admirables ils ont tracé des routes, construit des ponts, bâti des thermes ». Rabbi Yossé garda le silence, mais Rabbi Chim’on répliqua: « Tout ce qu'ils ont fait, ils l'ont fait pour eux-mêmes : les rues pour les prostituées, les thermes pour leurs corps, les ponts pour lever des péages ». Le fils du prosélyte rapporta leurs paroles qui parvinrent aux oreilles du gouverneur et Rabbi Chi m’on fut condamné à mort par contumace. Il alla alors chercher son fils El’azar et ils se cachèrent tous deux dans une caverne pendant douze ans, passées devant Dieu à étudier la Tora. Le jour, ils quittaient leurs vêtements pour s'enfouir debout dans le sable jusqu'à la gorge. Quand venait le temps de prier, ils s'habillaient et ainsi leurs vêtements ne s'usèrent pas. Un miracle se produisit en leur faveur qui leur permit de pourvoir à leur nourriture. Un caroubier et une source d'eau jaillirent dans la grotte à leur intention. La tradition nous apprend que le Prophète Elie lui-même venait dans la grotte enseigner la Tora à Rabbi Chim’on. ![]() L'enseignement du Zohar diffusé à travers tous les textes de la tradition et un grand nombre de pratiques religieuses a pris ainsi corps dans la vie quotidienne du peuple juif. |
La période du 'Omèr |
![]() « Je ne pouvais pas lever la tête car la lumière était éblouissante et je ne supportais pas son regard. Tout le jour durant, la Splendeur (présence divine) ne se retira point de la maison et personne ne pouvait s'en approcher, à cause de la lumière qui rayonnait. Je gisais dans la poussière et je poussais des cris. Mais quand la Splendeur fut retirée, je vis que la "Lampe Sainte", le Saint parmi les Saints, avait été enlevée de ce monde. Enveloppé de son manteau, il était penché sur le côté droit et son visage avait encore l'expression d'un sourire ». Ainsi est décrite la mort de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï survenue d'après la tradition un 18 Iyar, c'est à-dire à Lag Ba’omer, devenu sa Hilloula. ![]() ![]() Il faut préciser que le mot hébreu « Kéchèt » Qualifie, comme en français, tous les « arcs », qu’il s’agisse de l’arc-en-ciel ou de l’arc de l’archer. Cela rappelle aussi l'épopée de la guerre contre les Romains. ![]() C'est une cérémonie particulièrement sympathique qui fait de plus en plus d'adeptes. Mais surtout Lag Ba’omer est l'occasion de pèlerinages, à Mérone près de Safèd où se trouve la tombe de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï. La nuit venue, des chiffons sont brûlés de toutes parts sur les collines.
La signification de ces feux de joie est d'abord de rappeler qu'à la mort de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï le monde fut empli de lumières, mais aussi que sa mort a marqué sa libération des contraintes matérielles et l'union mystique de l'âme (Hilloula) purifiée à sa source.![]() Tombe de Rabbi El’azar ![]() Tombe de Rabbi Chim’one Aussi, à partir du deuxième soir de Péssa'h, on compte les jours qui nous rap prochent de la « Révélation » sur le mont Sinaï. Évidem ment, cette période de l'année ne pouvait être que joyeuse. Ces sept semaines sont devenues des semaines de deuil, où toute joie doit être évitée. En effet, à cette époque de l'année, une épidé mie s'est déclarée parmi les disciples de Rabbi Akiba en conséquence de la jalousie présomptueuse et du manque de respect de ces disciples les uns vis-à-vis des autres. La tradition nous dit que « douze mille couples » de Rabbins furent ainsi décimés, ce qui est une perte pour tout le peuple juif dont les conséquences se font ressentir jusqu'à nos jours. On parle de couples probablement en tenant compte du fait qu'il faut être à deux pour étudier la Torah. A Lag Ba’omer, l'épidémie cessa et Lag Ba’omer porte désormais un caractère de petite fête, surtout pour les élèves des écoles. D'après la tradition, la Manne se mit à tomber à partir de Lag Baomer après que les provisions empor tées d'Égypte eurent été épuisées. Lag Ba’omer est également lié au nom prestigieux de Rabbi Chim’on Bar Yo’haï pour qui ce jour était celui de sa Hilloula, de son « mariage mystique avec la Tora ». Grand rabbin Jaques Ouaknin |