Grandeur d'âme

Dans le Beit Midrach de Strettin, à Boro Park, un donateur charitable avait offert un grand nombre de Stenders (petit pupitre, placé sur une table, qui maintient en position verticale un Sidour ou un 'Houmach, facilitant ainsi la lecture). pour les fidèles de la Choule (synagogue). L'homme apporta tous ces Stenders à la Choule un vendredi après-midi et les plaça soigneusement sur les tables, un devant chaque siège, à travers la Choule.

Ce Chabbate matin, Rabbi Mordékhaï Eliezer Leiner vint à la Choule et se dirigea ver son Makom Kavou’a (sa place habituelle pour prier). Il ne put s'empêcher de remarquer les S¬tenders flambant neufs. Il plaça tout d'abord son Sidour sur le Stender, mais décida peu après d'ôter le Stender et de le placer ailleurs.
Il avait toujours prié en tenant son Sidour à la main ou en le plaçant sur la table elle-même, et il n'allait pas changer maintenant. Il souleva le Stender et se dirigea vers le fond de la Choule, avec l'intention de le placer sur une autre table, quand il se souvint ...

Bien des années auparavant, peu après la Seconde Guerre Mondiale, il avait rencontré pour la première fois le Rebbe de Bluzhov, Rabbi Yisraël Spira (1889-1989) dans le Lower East Side, à New York. Il avait été bouleversé par la Tzidkoute et par la piété du Rebbe et était devenu l'un de ses fidèles disciples. Quand le Rebbe avait inauguré un Minyane régulier, Reb Mordekhaï avait été l'un des premiers à s’y joindre. Le Minyane avait grandi et le Rebbe avait maintenant des centaines de fidèles.

Un vendredi soir, le Gabbaï (gardien de la Choule) avait demandé à Reb Mordékhaï d'être Chalia'h Tsibour (de diriger les prières) lors de la prière de Maariv. Reb Mordékhaï s'était levé et dirigé vers le Amoud (pupitre où prie le Chalia'h Tsibour), sidour en main, prêt à commencer dès que le Rebbe lui ferait signe. Il y avait un grand Sidour de l’officiant sur le ‘Amoud, mais Reb Mordékhaï le referma et se mit à feuilleter le Sidour qu'il avait apporté.

Le Rebbe l'appela alors. "Oui, Rebbe?" demanda Reb Mordékhai; surpris.
"Avez-vous songé que quelqu'un a offert ce Sidour de l’officiant demanda le Rebbe.

Reb Mordékhaï ne répondit pas.
"Savez-vous, "continua le Rebbe, "qu'en utilisant ce Si¬dour, vous faites plaisir à celui qui en a fait don, et que l'âme de celui au nom duquel il a été offert, y gagne également un mérite? Pourquoi voulez-vous priver de cette joie ces individus, dans ce monde et dans Celui à Venir?"

Reb Mordékhaï comprit le message, retourna à la place de l’officiant, referma le Sidour qu'il avait apporté et rouvrit le Sidour du Chalia'h Tsibour ...
Aujourd'hui, des années plus tard, tandis qu'il portait le Stender, Reb Mordékhaï fit demi-tour et retourna s'asseoir.

Il replaça le Stender sur la table, y installa son Sidour, et pria avec une ferveur particulière, remerciant Hachem de l'avoir béni en lui donnant l’occasion d’apprendre le tact de la Tora de la bouche d’un grand homme.

Source : Sur les trace du Maguid – Editions Raphaël