Fermer

7 octobre : cessons de justifier notre droit de nous défendre

par Rav Meïr Hazan, Mercredi 7 Octobre 2026

Le 7 octobre pulvérise nos illusions sécuritaires et nos erreurs d'analyse. Il impose une souveraineté lucide et une protection absolue de notre peuple. Il rappelle que notre défense ne dépend que de notre force implacable. Il érige enfin la Torah en ciment d'une unité juive inébranlable.

7 octobre : cessons de justifier notre droit de nous défendre

Trois ans après le massacre, la question juive dépasse la bataille des images. Que devons-nous changer lorsque des chancelleries prétendent définir notre sécurité en effaçant la menace qui la compromet ? La Torah nous oblige à reprendre la responsabilité de notre protection, de notre unité et de notre avenir.

Les preuves du massacre ne créent pas le devoir de nous protéger

Je refuse que le 7 octobre devienne une exposition permanente où les Juifs devraient produire leurs morts pour obtenir le droit de protéger les vivants. Les terroristes ont eux-mêmes filmé une partie de leurs crimes. Le 14 novembre 2023, des députés français ont assisté à la projection d’images provenant notamment de leurs caméras et téléphones, comme le rapporte LCP, la chaîne parlementaire. Il existait des preuves, des témoins, des familles. Nous n’avions pas à inventer un récit plus convaincant.

Intérieur d'une maison détruite dans un kibboutz en Israël avec un drapeau israélien.
Les vestiges d'une maison dans un kibboutz israélien dans le sud du pays ravagé par les attaques du Hamas, témoignant de la violence des massacres.

Il faut pourtant continuer à documenter, à nommer les victimes, à transmettre. Une preuve conserve sa valeur même lorsqu’un interlocuteur refuse de la regarder. Mais aucun film ne peut obliger à la loyauté celui qui traite déjà notre défense comme une faute. À son égard, multiplier les justifications risque de consacrer un pouvoir exorbitant : celui d’autoriser notre sécurité. Voilà ce que nous devons cesser de lui abandonner. Nous pouvons chercher des alliés sans demander à nos accusateurs de nous délivrer un certificat d’existence.

Macron à l’ONU : donner une leçon en effaçant la menace

Le 22 septembre 2026, Emmanuel Macron déclare à l’ONU : « Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. » La phrase figure dans le discours publié par l’Élysée. Deux jours auparavant, Netanel Shukrun, père de six enfants, avait été mortellement atteint près de Neve Tzuf, en Judée-Samarie, après avoir averti son fils du danger. Le bureau du Premier ministre israélien l’a présenté comme un citoyen français et son assassin comme un terroriste du Hamas.

Emmanuel Macron prononçant un discours à la tribune de l'ONU
Emmanuel Macron lors de son intervention à la tribune de l'ONU, illustrant une diplomatie française souvent prompte à donner des leçons tout en s'éloignant des réalités sécuritaires du terrain.

Un responsable français a ensuite expliqué au Times of Israël que Macron voulait dire que le Hamas ne gouvernait pas ce territoire. Cette précision mérite d’être entendue ; elle mesure aussi l’énormité de la confusion. Une organisation n’a pas besoin de gouverner pour recruter, armer et tuer. Comment prescrire la sécurité d’un peuple en escamotant cette distinction ? La gravité tient au raisonnement : l’effacement de la menace prépare le jugement sur ceux qui la combattent.

Cette prétention prend parfois des formes presque burlesques. Dans un débat consacré à Israël au Conseil des droits de l’homme, la Turquie et la Corée du Nord figuraient parmi les intervenants, selon le compte rendu de l’ONU du 30 septembre 2020. Les États d’Erdogan et de Kim Jong-un participaient donc à l’examen moral d’Israël. Nous ne sommes pas tenus de confondre la tribune qu’ils occupent avec une autorité qu’ils auraient acquise.

La proportionnalité ne commande pas l’égalité des cercueils

La rengaine de la réponse disproportionnée exige davantage qu’une indignation. Le CICR rappelle le sens du principe de proportionnalité : les dommages civils prévisibles d’une attaque ne doivent pas être excessifs au regard de l’avantage militaire concret et direct attendu. Ce principe oblige tous les belligérants. Il ne prescrit aucun équilibre comptable entre les morts des deux camps, ni une égalité de puissance entre l’agresseur et celui qui se défend.

Faudrait-il donc qu’Israël cesse de protéger ses habitants dès qu’il dispose d’une supériorité militaire ? Quelle étrange morale : le terroriste fixerait le niveau de violence admissible, puis conserverait ses capacités de meurtre au nom de la modération imposée à sa cible. Une protection efficace deviendrait suspecte précisément parce qu’elle réduit notre vulnérabilité. Cette logique récompense l’agression et nous demande d’en préserver les conditions.

Collage du 7 octobre 2023 : incendies vus par satellite, bâtiment détruit à Be’eri, homme armé devant un abri et enlèvement d’un homme.
A partir du haut à gauche : vue satellite des incendies lors des attaques du Hamas du 7 octobre 2023 ; vestiges d’un bâtiment du kibboutz de Be’eri ; terroriste du Hamas pointant son arme vers un abri ; enlèvement d’un homme lors de l’attaque du festival Nova, près de Re’im.

J’attends des chancelleries qui réclament l’arrêt d’une opération qu’elles répondent à une question concrète : qui empêchera la prochaine attaque, avec quels moyens et quelles garanties ? La compassion proclamée n’est pas un dispositif de sécurité. Celui qui demande à Israël d’accepter un risque doit expliquer comment il protégera les personnes qui le subiront. À défaut, sa modération consiste surtout à disposer de vies qui ne sont pas les siennes.

La souffrance des civils palestiniens impose des obligations réelles ; elle n’efface pas la responsabilité du Hamas ni celle de protéger les civils israéliens. Une accusation doit porter sur des actes et des preuves. Lorsqu’elle transforme la capacité juive de se défendre en scandale, elle participe de cette hostilité qu’examine notre réflexion sur ce qui dérange les nations dans l’existence d’Israël.

Le Maharal et le Rambam : assumer une existence et sa protection

Le Maharal apporte une distinction essentielle dans Nétsa’h Israël (chapitre 11). Le lien entre D-ieu et Israël trouve son fondement dans Celui qui choisit, et ne peut donc être annulé par les fautes de ceux qui sont choisis. Il distingue ainsi la permanence de l’alliance du jugement sur les comportements. Cette pensée, qui éclaire la continuité du peuple juif à travers les épreuves, n’innocente aucun acte. Elle interdit de faire de nos fautes un argument pour abolir notre existence.

J’en tire une conséquence pour notre temps : nous devons pouvoir reconnaître une erreur sans comparaître comme un peuple dont la légitimité serait révocable. La critique d’une décision ne donne à personne la propriété de notre avenir. Depuis plus de trois millénaires, notre fidélité à la Torah transmet cette conscience d’une responsabilité qui nous précède et nous dépasse. Comme le rappelle notre dossier sur l’histoire juive antérieure aux reconnaissances diplomatiques, les alliances soutiennent une continuité qu’elles n’ont pas créée.

Le Rambam donne à cette responsabilité une expression concrète. Dans Hilkhot Melakhim (5, 1), porter secours à Israël contre un ennemi qui l’attaque relève de la mil’hémet mitsva, la guerre obligatoire. La protection engage donc un devoir, pas seulement une permission. Celui qui peut secourir ne saurait suspendre indéfiniment son action à l’approbation de spectateurs. Cette source ne règle pas chaque choix militaire contemporain ; elle établit que défendre des vies appartient déjà à l’exigence morale.

Notre unité doit survivre à l’émotion du 7 octobre

Hillel demande :

« Si je ne suis pas pour moi, qui le sera ? »
Il poursuit : « Et quand je suis pour moi-même, que suis-je ? » Pirké Avot (1, 14).

La première question récuse l’abandon de soi ; la seconde empêche de confondre responsabilité et enfermement. Appliquée à notre situation, cette exigence commande de défendre notre peuple tout en préservant ce qui rend sa vie digne d’être transmise. Le soldat protège aussi une maison d’étude, une famille, une manière d’habiter le monde.

Qu’avons-nous appris si notre solidarité dépend encore du prochain massacre ? Qu’allons-nous changer si nous réservons notre sollicitude aux Juifs qui pensent comme nous ? L’appel du Rav Aharon Bieler à l’unité après le 7 octobre nous place devant une tâche quotidienne : soutenir les familles éprouvées, prendre notre part de l’effort collectif, transmettre la Torah, débattre sans transformer le désaccord en rupture d’appartenance. Aucune chancellerie n’accomplira ces devoirs à notre place. Une solidarité durable se vérifie dans le temps consacré aux autres, jusque dans nos désaccords.

Scène illustrée à Jérusalem : un homme étudie la Guemara, deux hommes s’étreignent et des bénévoles aident des personnes âgées.
Étude de la Guemara, amour fraternel et ‘hessed : une illustration de la solidarité entre Juifs religieux et non religieux en Israël. Image générée par intelligence artificielle.

L’unité exige également que les responsabilités soient examinées : demander des comptes à nos dirigeants et réparer nos défaillances contribue à protéger le peuple, sans mettre son existence en débat.

Nous devons aussi refuser de laisser l’antisémitisme devenir le principe de notre identité. Nous ne sommes pas juifs parce que des terroristes nous haïssent, et notre unité ne peut dépendre du regard de ceux qui nous condamnent. L’alliance nous donne une tâche avant que la persécution nous désigne une menace. Retrouver cette antériorité, c’est retrouver une liberté : choisir ce que nous construisons ensemble, au lieu d’attendre que l’ennemi nous rassemble.

La force juive se mesure aussi à cette capacité de construire pendant que d’autres nous somment de nous expliquer. Elle exige une mémoire, des institutions, de l’étude, du courage et une solidarité durable. Cesser de solliciter une autorisation de vivre doit modifier notre conduite dès maintenant : le prochain Juif à aider, le prochain enfant à instruire, la prochaine division à empêcher nous attendent déjà.