Fermer

Le maître qui voulait remplacer le jeune Ovadia Yossef à l'épicerie

par Rav Aharon Bieler, Dimanche 11 Octobre 2026

L’aide du jeune Ovadia Yossef est devenue nécessaire à l’épicerie familiale. Pour lui permettre de reprendre l’étude, Rav Ezra Attiya propose de le remplacer. Un récit de transmission où l’attention d’un maître aide son élève à poursuivre sa formation.

Le maître qui voulait remplacer le jeune Ovadia Yossef à l'épicerie
Un maître encourage un jeune élève tenant un livre dans une épicerie de Jérusalem.

À la yéchiva Porat Yossef, une maison d’étude de Jérusalem, un jeune élève ne venait plus suivre les cours. Rav Ezra Attiya, qui dirigeait l’établissement, remarqua son absence et chercha à en comprendre la raison. Le garçon s’appelait Ovadia Yossef ; son père avait besoin de lui à l’épicerie familiale.

L’aide de son fils répondait à une nécessité immédiate : faire vivre le foyer. Le maître souhaitait pourtant que cet élève prometteur puisse poursuivre sa formation. Tout l’enjeu de leur rencontre tenait dans cette difficulté : comment préserver l’étude du garçon sans ignorer les besoins de sa famille ?

Une famille avait besoin de lui

Rav Ezra Attiya alla rencontrer le père pour lui demander de laisser son fils reprendre les cours. Celui-ci expliqua que le travail de l’épicerie nécessitait son aide. Dans la version rapportée par le rabbin Chaim Levy, cette première démarche n’aboutit pas : la famille ne pouvait simplement renoncer au travail du garçon. Une demande, même portée par un maître respecté, ne suffisait donc pas à résoudre le problème.

Un maître propose son aide à un épicier, auprès d’un jeune élève tenant son livre.
Évocation de la proposition de Rav Ezra Attiya au père du jeune Ovadia Yossef. Image générée par IA.

Ce souci des élèves occupait une place importante dans la vie du directeur de Porat Yossef. Son fils, Rav David Attiya, le décrivait comme un homme entièrement consacré à l’étude, qui avait formé plusieurs générations de disciples. Les souvenirs transmis à son sujet évoquent aussi son attention aux jeunes issus de familles pauvres. Le récit de l’épicerie donne à cette attention une forme concrète : pour aider l’élève, il fallait entendre ce qui se passait chez lui.

Le directeur de la yéchiva au magasin

Le maître se présenta à l’épicerie avec une proposition inattendue : prendre lui-même la place du jeune Ovadia pour que celui-ci retourne étudier. L’homme qui dirigeait la yéchiva se déclarait prêt à accomplir le travail du garçon. Cette offre changea l’issue de la rencontre : le père accepta de laisser son fils reprendre sa formation. L’obstacle qui l’éloignait des livres put ainsi être levé.

La force de cette démarche venait de ce que Rav Ezra Attiya offrait une aide concrète. Il reconnaissait la valeur de l’étude en se rendant disponible pour le travail qui empêchait son élève de la poursuivre. Dans une éducation où l’exemple accompagne les paroles, le maître prend sa part de l’effort demandé. La Torah devenait ici une responsabilité partagée entre celui qui apprend et celui qui l’aide à apprendre.

Un avenir auquel on fait de la place

Cet élève allait devenir Rav Ovadia Yossef, l’une des grandes autorités rabbiniques du monde séfarade. Ses recueils Yabia Omer et Yehavé Daat conservent une part considérable de son travail : des réponses à des questions de loi juive, fondées sur un examen approfondi des textes. Son parcours de maître et de décisionnaire permet de mesurer le chemin accompli depuis ces années de formation.

Un jeune élève étudie un livre ouvert à côté de son maître dans une yéchiva.
Évocation du retour du jeune Ovadia Yossef à l’étude auprès de son maître. Image générée par IA.

Les lecteurs qui découvrent son approche des décisions halakhiques rencontrent une œuvre tournée vers les questions de la vie juive. Il serait pourtant excessif de faire du seul épisode de l’épicerie la cause de toute cette carrière. Des années d’effort, d’enseignement et de travail personnel suivirent. Le geste du maître rappelle plus simplement qu’à un moment décisif, une aide peut rendre possible la poursuite d’un chemin.

Une confiance qui se transmet

Il n’est pas nécessaire de connaître cette destinée pour être touché par la démarche du maître. Sa proposition rappelle qu’une transmission attentive aux besoins de l’enfant tient aussi aux conditions concrètes dans lesquelles celui-ci apprend. La confiance devient un soutien lorsqu’un adulte accepte de chercher, avec une famille, une solution aux obstacles qu’elle rencontre. L’enfant reçoit alors davantage qu’un encouragement : une aide qui lui permet de continuer.

Servir Hachem peut ainsi passer par une disponibilité très ordinaire, celle d’une personne qui donne de son temps pour soutenir l’étude d’une autre. Cette histoire invite à regarder l’encouragement et l’attention portés à l’élève comme une part de l’éducation elle-même. Elle rappelle qu’un avenir reste ouvert lorsque les difficultés présentes trouvent quelqu’un pour aider à les surmonter.

Le souvenir de la rencontre est notamment rapporté par le rabbin Chaim Levy dans Rabbi Ovadia Yosef: Torah’s Commander-in-Chief, publié par Aish, et par le rabbin Ovadia Chen dans A Rabbi’s Determination: The Turning Point that Shaped a Generation, publié sur Hidabroot. Les versions diffèrent sur certains détails ; elles s’accordent sur la proposition du maître et le retour du garçon à l’étude. La date précise de l’épisode n’est donc pas fixée ici et les propos sont rapportés indirectement.

L’entretien de Rav David Attiya publié dans Mishpacha et repris par NerTzaddik éclaire cet attachement aux élèves. L’article de Menachem Posner, Rabbi Ovadia Yosef, a Leader of Sephardic Jewry, Dies at 93, publié par Chabad.org le 7 octobre 2013, présente l’œuvre du disciple. Ces récits écrits transmettent le souvenir d’un maître qui se déclarait prêt à travailler dans une épicerie pour préserver la place de son élève parmi ceux qui étudient. C’est cette disponibilité, offerte à un enfant et à sa famille, qui continue de rendre l’histoire réconfortante.