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Flydubai : les sept miracles qui ont sauvé 174 passagers

par Rav Meïr Hazan, Jeudi 1 Octobre 2026

Une porte ouverte malgré les blessures, des passagers qui interviennent, des pilotes supplémentaires et un dentiste à bord : nous distinguons sept maillons du sauvetage du vol Flydubai FZ1073. Leur convergence nourrit une réflexion sur le miracle et la Providence, éclairée par le Maharal et Rav Jonathan Sacks.

Flydubai : les sept miracles qui ont sauvé 174 passagers

Le 30 septembre 2026, le vol FZ1073 reliant Dubaï à Tel-Aviv a échappé à une catastrophe après une attaque dans le cockpit. Sept maillons permettent de comprendre le sauvetage. Leur rencontre pose une question qui concerne aussi le non-croyant : connaître les causes épuise-t-il le sens de ce qui nous arrive ?

Ce qui me saisit dans cette histoire, c’est ce commandant blessé qui trouve encore la force d’ouvrir une porte. Derrière lui, des familles, des enfants, des inconnus dont l’existence dépend soudain de quelques gestes. La pensée juive peut éclairer cette scène à condition d’en respecter chaque détail. L’émotion mérite mieux qu’un récit amplifié : elle mérite que nous comprenions comment ces vies ont été sauvées.

Sept éléments présentés concernant les miracles dans les récits du sauvetage du vol Flydubai. Montage généré par intelligence artificielle : les scènes sont des illustrations et ne constituent pas des photographies de l’événement.

Les sept maillons du sauvetage

Premier maillon : le commandant blessé ouvre le cockpit

Selon le porte-parole du Premier ministre israélien cité par Reuters, le commandant indien Smit Machchhar, grièvement blessé, déverrouille la porte du cockpit avant de perdre ses forces. Le témoin Yaniv Hayoun présente aussi cette ouverture comme sa déduction. Ce geste, salué par les autorités israéliennes, rend l’intervention possible ; son déroulement précis devra être établi par l’enquête.

Deuxième maillon : des passagers prêts à intervenir

Yaniv Hayoun, Assaf Rejwan et Tzvika Mans se trouvent à l’avant de l’appareil, souligne Amit Segal dans son commentaire Sur les miracles . Leur proximité compte, mais aussi leur décision de se lever. Une circonstance favorable devient un secours parce que quelqu’un accepte d’agir au milieu de la peur.

Troisième maillon : l’agresseur est maîtrisé

Hayoun raconte être entré dans le cockpit, avoir saisi le copilote puis appelé d’autres Israéliens. Dans le récit rapporté par Kan, il intervient ensuite sur les commandes pour interrompre la descente, avant qu’un pilote reprenne le contrôle. Ici, l’héroïsme possède une forme concrète : créer, dans une situation extrême, la possibilité du geste suivant.

Quatrième maillon : un souvenir de documentaire dans l’urgence

Interrogé sur son geste, Hayoun explique qu’il regarde Air Crash Investigation. Ynet et N12 reprennent cette même déclaration. Elle documente ce qu’il dit avoir mobilisé, sans établir une expertise de pilotage. Le détail bouleverse précisément parce qu’une connaissance acquise sans intention de sauver devient, selon lui, utilisable dans l’urgence.

Cinquième maillon : des pilotes supplémentaires à bord

Selon les responsables israéliens cités par Reuters, deux pilotes supplémentaires présents sur le vol prennent en charge l’appareil et son atterrissage. Ils peuvent prendre en charge l’appareil et l’atterrissage. La compagnie parle, elle, de membres d’équipage en service voyageant sur ce vol. La passagère Lital Shahar, avec ses quatre filles, qualifie leur présence et l’intervention des Israéliens de deux miracles.

Sixième maillon : un dentiste secourt le commandant

le commandant reçoit des soins. Le dentiste Shota Musayev intervient auprès du blessé ; Walla rapporte son témoignage et le Jerusalem Post décrit son action contre les hémorragies. Pendant que certains protègent l’avion, un autre protège l’homme qui leur a ouvert la porte. Ce croisement rejoint une exigence de Torah : soigner et préserver la vie engage celui qui possède la compétence nécessaire.

Septième maillon : l’avion reste contrôlable jusqu’à Tabuk

l’avion reste suffisamment contrôlable pour atteindre Tabuk. Flightradar24 publie la trajectoire et des données de vol, ainsi que le communiqué confirmant la sécurité des passagers et de l’équipage. Les 174 passagers survivent. Affirmer, comme Kore, une résistance contraire à la physique ou exactement quarante-cinq secondes avant l’impact exige des preuves techniques absentes de ce dossier. Je ne peux pas le confirmer.

Quand le miracle interpelle même ceux qui ne croient pas

Le mot miracle circule bien au-delà des commentaires rabbiniques. Reuters rapporte les remerciements à D-ieu d’une passagère ; Ynet et N12 soulignent l’étonnant rôle du souvenir télévisuel. David Horovitz, dans son éditorial du Times of Israel, décrit des circonstances presque miraculeuses. Ces publications donnent une place à l’extraordinaire. Elles ne constituent pas une reconnaissance collective de la main divine : le témoignage, le commentaire et la foi conservent chacun leur auteur.

Des passagers souriants descendent les escaliers d'un avion de la compagnie Flydubai et retrouvent leurs proches dans une ambiance de soulagement et de joie.
Retour sain et sauf : Des passagers émus et heureux descendent d'un appareil Flydubai après un voyage hors du commun, accueillis chaleureusement sur le tarmac.

La lecture religieuse est, elle, explicite. Rav David Lankri parle d’un miracle au sein de la nature et d’une Providence dans l’enchaînement. Rav Kalman Bar et Rav Touvia Bleicher appellent à remercier D-ieu ; le grand rabbin insiste sur les personnes présentes au moment nécessaire. Eliaquim Italie, père et grand-père de passagers, évoque les miracles et Birkat Hagomel, la bénédiction de reconnaissance après un danger. Le langage de la gratitude prolonge ici l’expérience familiale.

Le Maharal : pourquoi le chiffre sept renvoie à la nature

Le nombre sept mérite mieux qu’une association décorative. Le Maharal rattache sept à l’ordre de la Création et huit à ce qui dépasse cet ordre (Tiféret Israël, chapitre 2). Univers Torah examine aussi cette distinction à propos de Hanouka, entre sept et huit. Sept circonstances heureuses ne deviennent donc pas une signature divine par leur seul nombre. Notre découpage organise le récit ; il ne dévoile aucun code annoncé dans les faits.

Mais cette précision approfondit l’intuition : les secours observés passent par des corps, des connaissances, une machine, des décisions. Le même chapitre du Maharal présente l’homme comme appelé à compléter, par son intellect et ses actes, ce que la nature ne lui fournit pas achevé. Appliquée à notre récit, cette pensée invite à considérer le courage et la compétence comme des dimensions de la responsabilité humaine devant D-ieu. Reconnaître la Providence peut ainsi intensifier l’admiration pour ceux qui ont agi.

Rav Jonathan Sacks : comprendre les causes naturelles n’exclut pas le miracle

Dans Le pouvoir du Roua’h, Rav Jonathan Sacks examine le passage de la mer. La paracha Béchala’h mentionne le vent d’est et les eaux divisées (Chemot 14, 21-22). Il distingue une lecture surnaturelle et une lecture où la portée miraculeuse tient aussi à l’événement survenant au lieu et au moment du salut. Les mécanismes ne suffisent donc pas, dans cette seconde lecture, à déterminer toute la signification de l’événement.

Foule traversant la mer Rouge séparée par un vent puissant et un éclat céleste, scène biblique ultra réaliste.
La puissance divine déchaînée ouvre la mer Rouge, créant un passage pour Moché Rabbénou et son peuple
Image générée par intelligence artificielle.

Concrètement, un vent puissant et prolongé peut repousser les eaux peu profondes et découvrir temporairement un passage : dans l’une des simulations publiées dans PLOS ONE, un vent d’est d’environ 100 km/h fait émerger une bande de terre pendant quatre heures. Ce modèle établit une possibilité physique dans des conditions précises, sans prouver que la traversée biblique s’est déroulée à cet endroit ni selon ce scénario. L’approche du Rav Sacks invite alors à considérer la rencontre entre un passage qui s’ouvre et un peuple menacé qui arrive au moment où il peut le franchir. Le croyant peut reconnaître la Providence dans cette convergence, lorsque les forces naturelles deviennent les instruments d’un salut.

Schéma explicatif du mécanisme où un vent soutenu pousse l'eau d'une lagune peu profonde et découvre un passage terrestre, inspiré des recherches de Carl Drews et Weiqing Han.
Évocation du mécanisme étudié par Carl Drews et Weiqing Han : un vent soutenu peut découvrir un passage dans une lagune peu profonde. Illustration générée par IA ; les éléments graphiques ne reproduisent pas les résultats de leur simulation.

Même un non-croyant qui cherche honnêtement la vérité peut trouver dans l’approche du Rav Sacks une raison de reconsidérer sa compréhension du miracle : découvrir un mécanisme naturel ne clôt pas la question de la Providence. La rencontre entre ce mécanisme et le salut d’un peuple au moment décisif peut devenir, pour lui aussi, un motif rationnel d’ouverture à la foi, sans constituer une démonstration contraignante.

Un groupe de scientifiques stupéfaits, équipés de matériel de mesure, se tient sur une falaise désertique et regarde un avion volant vers des faisceaux lumineux au-dessus d'une mer dont les eaux sont divisées en deux.
Observation de l'inexplicable : Une équipe de recherche interloquée capture des données alors qu'un avion s'approche d'un portail céleste lumineux au-dessus d'un phénomène de mer partagée. Image générée par IA.

Dans son explication du rapport entre science et foi, Rav Sacks affirme que le D-ieu de la Révélation est aussi Celui de la Création. L’analyse scientifique étudie les mécanismes ; la pensée religieuse interroge leur sens. Cette articulation, déjà présente dans notre dossier sur James Webb, le Big Bang et la Torah, permet un dialogue exigeant avec le lecteur scientifique : chaque question conserve sa méthode, tout en éclairant l’autre.

À bord de FZ1073, cette articulation devient tangible. La formation du pilote, la force des passagers, la mémoire d’un documentaire et le savoir médical appartiennent à des parcours jusque-là séparés. Ils deviennent utiles les uns aux autres. Le commandant rend possible l’accès ; les intervenants rendent possible la reprise du pilotage ; le soignant soutient la survie du commandant. La raison peut étudier chacun de ces rapports. La pensée de Torah invite aussi à contempler leur convergence : des existences se rencontrent et se portent mutuellement.

Reconnaître la Providence, c’est aussi prendre ses responsabilités

Combien de coïncidences faut-il pour reconnaître la Providence (Hachga’ha) ? Aucun seuil ne tranche cette question. Les sept maillons dépendent partiellement les uns des autres ; on ne peut multiplier des probabilités inconnues. Le non-croyant peut lire une heureuse convergence et des capacités humaines exceptionnelles. Pour ma part, j’y reconnais la sollicitude de D-ieu. Ce dialogue devient fécond lorsqu’il porte sur cette différence de lecture, dans l’esprit de notre réflexion sur la Torah face aux sciences.

Le Ramban écrit : ומן הנסים הגדולים המפורסמים אדם מודה בנסים הנסתרים, Des grands miracles connus, l’homme en vient à reconnaître les miracles cachés, dans son commentaire sur Chemot (13, 16). Sa pensée inscrit nos événements dans la conduite divine. Elle donne au croyant une orientation pour lire l’existence, sans lui remettre un instrument permettant de mesurer la Providence ou de juger ceux que le malheur a frappés.

La foi prend une profondeur particulière : elle reconnaît que la vie reçue engage celui qui l’a reçue. Le lecteur qui ne partage pas cette foi peut néanmoins rencontrer la même exigence devant ces hommes : aucun n’avait prévu d’être celui dont les autres auraient besoin. Cette disponibilité humaine constitue un sujet de méditation. Pour moi, elle rend perceptible une Providence qui appelle des personnes à devenir les unes pour les autres une possibilité de salut, au cœur même des circonstances ordinaires.

En pensant à ces familles qui ont retrouvé leurs proches, je ressens une gratitude profonde envers D-ieu et envers ceux qui les ont sauvées. Reconnaître un miracle signifie honorer le courage du commandant, des passagers et des professionnels intervenus à bord. Les ‘Hazal, les Sages du Talmud, rappellent qu’on ne doit pas compter sur un miracle pour échapper au danger, Chabbat (32a). Cette reconnaissance nous oblige à protéger les prochains voyageurs : établir les responsabilités, corriger les failles de sécurité et préparer les secours.