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Jérusalem : l’aqueduc antique qui faisait vivre la ville du Temple

par Rav Meïr Hazan, Lundi 12 Octobre 2026

Trois cents mètres d’aqueduc révèlent l’organisation concrète de Jérusalem antique : accueillir les pèlerins, alimenter la ville, entretenir un héritage.

Jérusalem : l’aqueduc antique qui faisait vivre la ville du Temple

À Jérusalem, trois cents mètres de pierres viennent rappeler une évidence trop souvent oubliée : une ville sainte doit aussi pouvoir donner à boire. Annoncée le 11 octobre 2026, la mise au jour d’un tronçon de l’aqueduc inférieur, au sud du kibboutz Ramat Rachel, éclaire l’organisation matérielle d’une capitale tournée vers le Temple. Derrière cette découverte archéologique se dessine une histoire puissante : celle d’une société capable de transformer une exigence spirituelle en infrastructure collective.

Un aqueduc de 21 kilomètres pour alimenter Jérusalem

Le communiqué de l’Autorité des antiquités d’Israël, relayé par son association de soutien, situe les fouilles sur l’emplacement d’un futur quartier. L’ouvrage acheminait l’eau depuis les bassins de Salomon, au sud de Bethléem, jusqu’à Jérusalem et au mont du Temple. Son tracé atteignait environ 21 kilomètres. Sur une grande partie du parcours, la pente descendait d’un mètre seulement par kilomètre. L’eau avançait par gravité, sans pompes.

Cette précision donne la mesure du projet. Pour conduire l’eau à travers un relief accidenté, il fallait maîtriser les niveaux, contourner les obstacles et anticiper l’entretien. Nous admirons volontiers les murailles parce qu’elles impressionnent le regard. Un canal discret révèle une autre puissance : celle qui rend possible la vie quotidienne. L’aqueduc raconte une capacité d’organisation, de calcul et de prévoyance dont dépendait l’existence même de la cité.

Le Temple exigeait aussi une ville capable d’accueillir

Dans son reportage pour la Jewish Telegraphic Agency, Michele Chabin rapporte l’explication de l’archéologue Benyamin Storchan : la croissance de Jérusalem, sous les Hasmonéens, augmentait les besoins en eau. Les fêtes et l’arrivée des pèlerins accentuaient cette pression. La ressource ne concernait donc pas seulement les habitants permanents ; elle conditionnait aussi l’accueil de ceux qui venaient vers le sanctuaire.

Voilà l’angle décisif. Le pèlerinage suppose une communauté qui prépare concrètement la rencontre. Il faut des passages, des réserves, des bains rituels accessibles aux pèlerins et des responsables capables de penser au-delà de leur propre maison. Notre dossier consacré au chemin des pèlerins de Jérusalem permet d’approcher cette dimension urbaine de la vie juive antique. L’aqueduc ajoute une question essentielle : comment une ville organise-t-elle les moyens de recevoir ceux qu’elle appelle à venir ?

Tronçon de l’aqueduc inférieur de Jérusalem mis au jour au sud de Ramat Rachel
L’aqueduc inférieur de Jérusalem, dont un tronçon de 300 mètres a été mis au jour près de Ramat Rachel. Si la photographie officielle est utilisée : crédit Emil Aladjem, Autorité des antiquités d’Israël.

Pour le lecteur d’Univers Torah, cette question porte loin. La vie spirituelle engage aussi la responsabilité envers les besoins ordinaires. Nourrir, abriter, approvisionner et entretenir participent à la solidité d’une communauté. L’eau rappelle cette exigence avec une sobriété remarquable : le projet le plus élevé dépend parfois d’un ouvrage que presque personne ne regarde. Une civilisation se mesure aussi à ce qu’elle construit pour permettre aux autres de vivre.

Des réparations qui racontent plusieurs époques de Jérusalem

L’aqueduc était déjà connu par d’autres fouilles. Le rapport archéologique de Sur Bahir, publié en 2019 par l’Autorité des antiquités, décrit son fonctionnement intermittent jusqu’à environ un siècle auparavant. Il documente également une conduite ottomane en terre cuite installée dans le canal ancien. Le relevé de Deir Tantour, publié en 2006, distingue lui aussi un état du Second Temple et un réaménagement ottoman, avec des dispositifs permettant l’entretien.

Ces rapports antérieurs donnent de l’épaisseur à l’annonce actuelle. Les vestiges n’apparaissent pas comme une pièce isolée, miraculeusement surgie du sol, mais comme un segment supplémentaire d’un ensemble étudié. Les réparations montrent une ville traversée par des pouvoirs successifs, confrontés à une nécessité durable : obtenir de l’eau. Reconnaître ces différentes strates renforce la connaissance du passé juif de Jérusalem, en le replaçant dans toute la durée de l’histoire urbaine.

Une origine hasmonéenne probable, une datation à préciser

La prudence reste nécessaire. L’attribution de la construction initiale à l’époque hasmonéenne demeure probable. Selon la JTA, les multiples enduits, réparations et transformations compliquent la datation des premières phases. Les chercheurs comptent notamment mobiliser la luminescence stimulée optiquement, qui aide à estimer quand des grains minéraux ont été exposés pour la dernière fois à la lumière. Le résultat précis de ces analyses n’est pas encore présenté dans le reportage.

Cette réserve compte autant que la découverte. L’attachement à Jérusalem dans la mémoire juive n’autorise pas à demander aux fouilles davantage qu’elles ne démontrent. Un canal renseigne sur des techniques, des usages et des étapes de construction ; il ne tranche pas, à lui seul, toutes les controverses contemporaines. La force d’un récit historique tient à sa discipline : dire ce qui est établi, exposer ce qui reste discuté, laisser la recherche préciser le reste.

À l’heure où l’histoire de Jérusalem devient si souvent un terrain de slogans, cette matérialité impose une autre lecture. Une capitale ancienne vivait de décisions concrètes, de contraintes géographiques et de savoirs transmis. Comprendre son aqueduc, c’est restituer une société au travail, avec ses besoins et ses ambitions, plutôt que réduire ses habitants à des silhouettes lointaines dans un récit abstrait.

Préserver l’aqueduc au cœur du futur quartier

Le projet annoncé prévoit de conserver le tronçon et de le présenter au public à l’entrée du nouveau quartier. C’est une promesse concrète, dont la réalisation devra être suivie. Elle permettrait aux habitants de rencontrer, dans leur environnement quotidien, un ouvrage conçu pour servir la ville longtemps avant eux.

Ces trois cents mètres invitent ainsi à regarder Jérusalem autrement : à travers le travail patient qui a rendu son rayonnement possible. Derrière la mémoire du Temple apparaît une intelligence du bien commun. L’eau devait arriver ; des hommes ont conçu les moyens de la faire parvenir. Cette responsabilité collective mérite, elle aussi, de rester visible.