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NAZA : les accusations contre Tsahal et la réponse israélienne

par Rav Meïr Hazan, Mercredi 7 Octobre 2026

Face au documentaire NAZA, la réponse de Tsahal et les témoignages militaires éclairent le rôle du Hamas et les conditions de la guerre à Gaza.

NAZA : les accusations contre Tsahal et la réponse israélienne

Le documentaire NAZA et les accusations qu’il porte contre Tsahal soulèvent un débat sur la guerre à Gaza et sur la manière de juger Israël. Une accusation portée par des Israéliens acquiert une force particulière auprès d’un public convaincu de recevoir un aveu de l’intérieur. Mais cette origine ne garantit ni la justesse d’une interprétation ni la représentativité d’un témoignage. La réponse israélienne doit rétablir les faits, tout en contestant une logique qui transforme la défense du pays, et parfois sa vie quotidienne, en présomptions de culpabilité.

Le lieutenant-colonel réserviste Roy Danino, Ariel Averbuch et Hagai Gutman ont lancé NAZA, l’histoire vraie pour répondre au documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor. Leur démarche revendique un objectif de vérité : remettre dans le débat les opérations du Hamas, les conditions dans lesquelles Tsahal a combattu et les éléments que le récit accusatoire laisse hors champ. Sur son site, Averbuch explique avoir diffusé le lien sous l’apparence d’une fuite du film original, afin d’attirer un public qui n’aurait probablement pas recherché une réponse israélienne. Cette ruse de diffusion sert une ambition plus substantielle : faire entendre ceux qui ont conduit les opérations et documenter ce qu’ils décrivent.

Affiche de film documentaire intitulée 'NAZA: LA PROPAGANDE NAZI', montrant deux cinéastes en contre-plongée se faisant face avec des caméras vintage.
Visuel du documentaire fictif 'NAZA: LA PROPAGANDE NAZI'. L'affiche illustre le thème du film à travers la destruction urbaine et la dualité des cinéastes, évoquant la manipulation médiatique. Image générée par IA pour des besoins éditoriaux.

La présentation française du contre-film mentionne des entretiens avec des commandants et des officiers du renseignement, accompagnés de documents saisis et d’images opérationnelles. Les sujets annoncés concernent notamment les infrastructures du Hamas, les otages et l’acheminement de l’aide. Le site du contre-film présente aussi des témoignages sur des combattants en vêtements civils et des installations militaires dissimulées dans des logements. Ces éléments sont essentiels à l’intelligence de cette guerre : lorsqu’un mouvement armé organise ses opérations au milieu de la population, décrire les destructions sans examiner ce dispositif revient à retirer du récit une partie de leur explication et de la responsabilité des combattants qui l’ont conçu.

Documentaire NAZA : les accusations contre Israël

Le synopsis officiel de la Mostra de Venise présente NAZA comme une révélation des systèmes permettant à Israël de tuer massivement et de manière calculée des civils palestiniens. La conclusion est donc inscrite dans la présentation du film : les réalisateurs proposent une interprétation de l’intention israélienne qui dépasse très largement la dénonciation d’une frappe ou d’une décision particulière. Le prix spécial du jury obtenu à Venise peut consacrer une œuvre de cinéma ; il ne démontre pas cette intention. Le problème apparaît lorsque la consécration artistique donne à une thèse politique l’autorité d’un fait établi, alors que le lien entre les témoignages recueillis et la conclusion générale reste précisément ce qu’il faut examiner.

Un passant marche devant un grand graffiti mural, en Israël, représentant les réalisateurs Rachel Szor et Yuval Abraham.
Les réalisateurs israéliens Rachel Szor and Yuval Abraham, honorés du prix spécial du jury à la Mostra pour leur film "Naza", sont traités de "traîtres" en Israël, comme sur ce mur d'Ashdod

La fiche du festival indique que le Guardian et JW Films ont produit le documentaire. Le Guardian participe ainsi à la production de l’œuvre dont il défend ensuite les conclusions dans ses propres colonnes. Incroyable mais vrai!! Cette implication rend nécessaire une distinction entre la vérification annoncée par ses journalistes et une corroboration extérieure à l’équipe. Le journal affirme avoir interrogé plus de cent sources, dont des responsables de l’autorisation des frappes. Il faut néanmoins pouvoir comprendre, pour chaque accusation importante, ce que les témoins savaient personnellement, quels documents la soutiennent et comment ont été traitées les informations qui pourraient la contredire. La quantité de sources annoncée ne répond pas à elle seule à ces questions.

La réponse de Tsahal aux accusations du film NAZA

Dans sa réponse du 1er octobre 2026, rapportée en français par le Times of Israël, Tsahal nie avoir planifié, autorisé ou exécuté une frappe dont le bilan attendu aurait été de cinq cents civils tués, ou d’un nombre approchant. L’armée soutient également que certains témoignages donnent une vision partielle du processus, en confondant le travail préparatoire du renseignement avec les décisions finales d’engagement. Ces contestations appellent une réponse circonstanciée : quelle opération aurait été autorisée, par qui et sur la base de quelle estimation ? Une accusation de cette gravité engage celui qui la formule à apporter les éléments permettant de vérifier ce qu’il affirme, même lorsque l’identité des témoins doit rester protégée.

Documentation : des soldats de Tsahal distribuent des bouteilles d'eau aux réfugiés de Gaza. Le porte-parole a montré cette vidéo pour refléter la réalité des opérations sur le terrain.

L’anonymat peut répondre à une nécessité journalistique, mais il rend d’autant plus importante la précision sur les fonctions exercées, les dates et l’accès réel aux décisions décrites. De même, connaître l’existence d’un risque pour des civils et rechercher délibérément leur mort constituent deux propositions différentes, que le récit doit établir séparément. Tsahal affirme que ses directives interdisent de prendre les civils pour cible et imposent de réduire les dommages prévisibles. L’examen sérieux d’une opération doit donc porter sur l’application de ces règles aux circonstances concrètes, au lieu de traiter l’existence même d’une estimation des pertes civiles comme la preuve d’une volonté de massacre.

Yuval Abraham et la critique de la société israélienne

L’entretien accordé par Yuval Abraham et Rachel Szor à El País, publié le 14 septembre 2026, permet de comprendre la portée politique de leur démarche. Abraham y décrit la poursuite de la vie quotidienne à Tel-Aviv comme une forme de violence et explique qu’entendre à la radio une voix joyeuse souhaiter une bonne journée lui inspire ce même sentiment. Szor précise, de son côté, que le milieu militant dans lequel elle se reconnaît se distingue de la simple opposition au gouvernement Netanyahou. Ces propos étendent le reproche à une société dont les habitudes ordinaires seraient moralement compromises par la guerre, jusque dans un geste sans rapport direct avec une opération militaire.

Hamdan Ballal, Rachel Szor, Basel Adra et Yuval Abraham posant avec leurs trophées lors de la 97e cérémonie des Oscars à Hollywood.
Hamdan Ballal, Rachel Szor, Basel Adra et Yuval Abraham exhibent leurs trophées, illustrant le grand écart entre les leçons de morale assénées à distance et la réalité des faits qu'ils instrumentalisent.

C’est en ce sens politique que la notion de haine de soi devient pertinente pour analyser ce discours d’une frange de la gauche juive progressiste israélienne. La critique cesse de viser des responsabilités identifiables lorsqu’elle considère l’appartenance à la société et la participation à sa vie comme des fautes dont chacun devrait se désolidariser. Dans le raisonnement d’Abraham, un animateur de radio peut ainsi devenir le signe d’une violence collective sans qu’aucun acte précis lui soit reproché. La réprobation s’étend par association, jusqu’à faire de la continuité sociale une preuve supplémentaire à charge. Ce mécanisme accorde une autorité morale particulière à celui qui condamne son propre pays, tout en privant les autres citoyens de la possibilité de répondre sur leurs actes réels.

Après le 7 octobre, le maintien du travail, des écoles et des activités familiales répond aussi aux besoins d’une population frappée par les massacres, les enlèvements et la guerre. En déduire une indifférence générale à la souffrance revient à attribuer la même intention à des citoyens dont les expériences et les positions politiques diffèrent. Ce raisonnement est particulièrement utile aux campagnes de délégitimation : un Israélien n’a plus besoin de soutenir une décision contestée pour être mis en cause, puisqu’il suffit qu’il poursuive sa vie dans son pays. L’accusation peut alors s’étendre sans rencontrer la limite que devrait lui imposer l’examen des responsabilités individuelles.

La reconnaissance internationale ne protège d’ailleurs pas nécessairement ceux qui acceptent cette logique. Dans une chronique publiée par JNS le 16 septembre, Ruthie Blum relève des réactions hostiles aux deux réalisateurs dans les milieux antisionistes, où leur identité israélienne continue de leur être reprochée malgré leur film. Ces réactions ne représentent pas l’ensemble de ses soutiens, mais elles illustrent une contradiction : des adversaires d’Israël peuvent utiliser la parole d’un Israélien pour renforcer leur accusation sans lui reconnaître, pour autant, une place légitime dans le pays qu’il dénonce.

7 octobre : les discours militants qui justifient le Hamas

La chronologie du 7 octobre empêche d’expliquer toutes les prises de position militantes par les destructions qui ont suivi à Gaza. Ce jour-là, Al-Awda publiait un communiqué apportant un soutien sans réserve à la résistance palestinienne et présentant ses actions comme une réponse à l’oppression israélienne.

En France, le premier communiqué du groupe parlementaire LFI-NUPES ouvrait sur une offensive menée par le Hamas, immédiatement replacée dans le contexte de la politique d’occupation, avant de déplorer les morts israéliens et palestiniens. Les deux textes diffèrent, mais leur hiérarchie mérite d’être examinée : au moment où des civils étaient massacrés et emmenés en captivité, l’explication politique de l’attaque prenait déjà le pas sur la désignation claire de ses auteurs et de leurs actes.

Des soldats de Tsahal interviennent pour évacuer les corps de civils israéliens dans le kibboutz Kfar Aza, au lendemain des attaques du 7 octobre.
Soldats israéliens évacuant des corps de civils massacrés dans des sacs mortuaires au kibboutz Kfar Aza après le massacre du 7 octobre.

Le travail de la mission de Pramila Patten a ensuite apporté des éléments que cette lecture idéologique ne peut écarter. Le compte rendu des Nations unies du 11 mars 2024 rapporte des motifs raisonnables de croire que des violences sexuelles, dont des viols et des viols collectifs, ont eu lieu sur plusieurs sites des attaques. La mission a également recueilli des informations claires et convaincantes sur des violences sexuelles infligées à des otages. Une analyse qui réclame une attention minutieuse aux accusations contre Israël doit appliquer la même exigence à ces faits. Le Hamas conserve la responsabilité de ses choix, y compris lorsque ses soutiens préfèrent présenter la violence comme le produit inévitable d’un contexte.

Hôpital Al-Ahli : l’accusation prématurée contre Israël

L’explosion survenue à l’hôpital Al-Ahli, le 17 octobre 2023, a montré les conséquences de cette précipitation. Dans sa couverture immédiate, un correspondant de la BBC avait présenté une frappe israélienne comme l’explication difficilement évitable au vu de l’ampleur apparente de l’explosion. La chaîne a ensuite reconnu que son correspondant avait eu tort de spéculer, comme le rapporte le Times of Israël. Le 23 octobre, le gouvernement britannique indiquait, sur la base de l’analyse de ses spécialistes du renseignement et de l’armement, que l’explosion avait probablement été causée par un missile, ou un fragment de missile, lancé depuis Gaza vers Israël.

illustration du cratère causé lors de l'explosion près de l'hôpital  Ahl Ali à Gaza
Explosion de l’hôpital Al Ahli à Gaza : comment les médias sont passés, de 500, voire 800 morts, à «plusieurs dizaines» ?

Cette évaluation doit être restituée comme un jugement de probabilité, mais elle suffit à montrer pourquoi l’accusation initiale ne pouvait être tenue pour acquise. Rishi Sunak soulignait lui-même les conséquences de la couverture erronée sur les tensions régionales et la diplomatie américaine. L’épisode pose un problème qui dépasse une erreur de reportage : lorsqu’une responsabilité est suggérée avant la vérification, elle structure immédiatement le débat, tandis que la rectification arrive dans un paysage politique déjà modifié. Défendre Israël exige donc aussi de demander des comptes sur la fabrication et la diffusion de ces certitudes, au lieu de lui imposer de réparer seul les effets d’accusations qu’il n’a pas produites.

OLP et panarabisme : ce que révèle la charte de 1964

La construction politique de la cause palestinienne et son utilisation par le panarabisme doivent également entrer dans cette discussion. La charte fondatrice de l’OLP de 1964, reproduite en français par Clio Texte, rattache la Palestine à la grande patrie arabe et présente l’unité arabe et la libération de la Palestine comme deux objectifs complémentaires. Son article 17 rejette le partage de 1947 et la création d’Israël ; l’article 18 nie la validité des liens historiques et spirituels du peuple juif avec le pays. Ce programme fondateur plaçait donc la mobilisation palestinienne dans un projet panarabe qui contestait la légitimité même de l’État juif.

L’article 24 précisait que l’OLP n’exerçait aucune souveraineté territoriale sur la Cisjordanie, alors rattachée à la Jordanie, ni sur Gaza. Ce choix, antérieur à 1967, éclaire le sens donné à la libération dans ce texte : le rejet d’Israël était explicite, tandis que les territoires placés sous contrôle arabe bénéficiaient d’un traitement différent. La cause palestinienne était ainsi institutionnalisée au service d’une stratégie régionale qu’il est impossible de réduire à une réaction à l’occupation issue de la guerre des Six Jours.

Cette construction nationale s’est appuyée sur des populations et des identités locales plus anciennes, dont témoigne notamment le journal arabe Filastin, fondé à Jaffa en 1911 et conservé par la Bibliothèque nationale d’Israël. L’argument historique solide porte sur la transformation de ces appartenances en un programme national organisé, sur le rôle du panarabisme et sur la négation du peuple juif inscrite dans ses textes fondateurs. Il permet de comprendre comment la cause palestinienne a pu servir de véhicule à une lutte contre Israël dont les ambitions dépassaient les seules frontières d’un futur État palestinien.

À l’inverse, le mandat pour la Palestine adopté en 1922 reconnaissait explicitement le lien historique du peuple juif avec le pays et les fondements de la reconstitution de son foyer national. Le sionisme ne peut donc être décrit honnêtement en effaçant cette histoire et cette reconnaissance. Le récit d’un peuple exclusivement étranger qui aurait simplement pris la place d’une nation déjà constituée évacue ce qui rend le conflit intelligible. Cette réduction trouve son prolongement dans les discours qui traitent la présence israélienne comme une faute préalable, puis interprètent chaque guerre à partir de cette culpabilité supposée.

John Spencer et Richard Kemp : leurs arguments en faveur de Tsahal

La défense de la conduite de Tsahal dispose aussi d’arguments développés par des militaires étrangers. John Spencer, ancien officier américain et spécialiste de la guerre urbaine, explique dans un entretien reproduit en français par IsraelValley que l’armée israélienne avait mis en œuvre des mesures de prévention des pertes civiles dépassant celles observées dans d’autres conflits. Le colonel britannique Richard Kemp expose, dans son analyse de janvier 2024, également citée par Jean Szlamowicz dans Tribune Juive, ses observations auprès d’unités et de commandants israéliens, y compris à Gaza. Il décrit notamment le choix des munitions, l’évaluation des risques pour les civils et les avertissements avant les frappes, puis conclut que Tsahal a pris des mesures raisonnables pour accomplir sa mission en réduisant ces risques.

Montage en fondu des portraits de John Spencer à gauche et de Richard Kemp à droite.
John Spencer, ancien officier américain et spécialiste de la guerre urbaine, à gauche ; Richard Kemp, ancien commandant des forces britanniques en Afghanistan, à droite. Montage réalisé par intelligence artificielle à partir de deux photographies.

Ces appréciations documentées contredisent la représentation d’une armée organisée autour de l’indifférence à la vie civile. Leur intérêt tient aux pratiques qu’elles décrivent et à l’expérience professionnelle de leurs auteurs : elles ramènent la discussion aux moyens employés, aux contraintes opérationnelles et aux décisions effectivement prises. Une campagne qui invoque l’expertise militaire pour accuser Israël doit aussi répondre à cette expertise lorsqu’elle défend son armée. La qualification d’armée particulièrement soucieuse de ses obligations morales peut ainsi s’appuyer sur des observations précises ; elle gagne en force lorsqu’elle montre comment ces obligations ont été appliquées dans une guerre où le Hamas brouillait délibérément la distinction entre son dispositif militaire et l’environnement civil.

NAZA, l’histoire vraie : le contre-film israélien sur la guerre à Gaza

Le contre-film s’inscrit dans cette volonté de rétablir la réalité d’une guerre dont une partie du débat efface l’adversaire. Faire connaître les installations du Hamas, ses méthodes de combat et les conditions de détention des otages permet de restituer aux opérations israéliennes leur objet et leurs contraintes. Une responsabilité ne peut être évaluée correctement si le récit ne retient que les effets de la riposte et traite les choix du mouvement armé comme de simples données du décor. L’enjeu dépasse donc la réfutation d’accusations particulières : il consiste à réintroduire le Hamas comme acteur de la guerre, responsable de décisions qui ont exposé aussi bien les Israéliens que la population au milieu de laquelle il combattait.

 

La liberté de révéler un manquement démontré appartient au fonctionnement d’une démocratie et engage ceux qui l’exercent à examiner également les éléments contraires à leur thèse. Pour Israël, cette exigence va de pair avec une défense de son histoire, de sa souveraineté et du droit de ses citoyens à être protégés contre une nouvelle attaque. Les témoignages militaires, les documents historiques et l’étude des méthodes du Hamas donnent à cette défense un contenu que la seule réfutation des accusations ne suffit pas à faire connaître. C’est sur cette réalité que le débat doit porter, avec la même obligation de répondre des faits pour les journalistes, les réalisateurs et les militants qui prétendent juger le pays.