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Omer Shem Tov : la foi au cœur de 505 jours de captivité

par Rav Aharon Bieler, Mercredi 7 Octobre 2026

Après 505 jours aux mains du Hamas, Omer Shem Tov raconte comment la prière, Chabbat et les Téhilim l’ont soutenu. Son témoignage éclaire la force d’une vie juive préservée dans l’enfermement. Le psaume 20 et le commentaire de Rachi ouvrent une réflexion sur la prière des proches et l’accompagnement des rescapés.

Omer Shem Tov : la foi au cœur de 505 jours de captivité
Omer Shem Tov prend la parole sur la place des Otages à Tel-Aviv. Crédit : Nizzan Cohen / Wikimedia Commons le 9 octobre 2025.

Aux mains du Hamas durant cinquante jours, Omer Shem Tov a vécu dans une cellule souterraine plongée dans une obscurité presque inimaginable. Il ne pouvait pas s’y tenir debout. Par moments, il se demandait s’il était devenu aveugle. Dans ce lieu où les journées perdaient leurs repères, il a commencé à parler à Hachem. Ce dialogue, raconte-t-il, est devenu l’un des appuis qui lui ont permis de tenir.

Enlevé au festival Nova le 7 octobre 2023, il a retrouvé sa famille le 22 février 2025, après 505 jours aux mains du Hamas. Depuis sa libération, il témoigne de ce qu’endurent les otages et de la place qu’ont prise la prière, Chabbat et les Téhilim dans son épreuve. Son récit pose une question qui dépasse son histoire : comment préserver une vie intérieure lorsque presque tout nous est arraché ?

Portrait d’Omer Shem Tov à Phoenix en décembre 2025

Omer Shem Tov à l’AmericaFest de Phoenix, le 19 décembre 2025, dix mois après sa libération. Crédit : Gage Skidmore / Wikimedia Commons

Parler à Hachem quand tout nous échappe

Dans son entretien avec CNN, diffusé le 28 mai 2025, Omer décrit la faim et l’isolement de cette période. Les rations avaient diminué jusqu’à ne plus représenter, durant la dernière semaine, qu’un biscuit quotidien et quelques gorgées d’eau salée. Il devait répartir ce biscuit sur ce qu’il croyait être une journée. C’est précisément dans ces conditions, explique-t-il, que sa foi s’est renforcée.

Un entretien de l’Associated Press, repris par le Times of Israel le 24 mai 2025, précise la forme de ce lien. Chaque jour, Omer s’adressait à D-ieu. Progressivement, la demande avait aussi fait place au remerciement : pour l’air dans ses poumons, pour le peu de nourriture reçu, pour sa famille qu’il savait en sécurité. Au milieu du manque, ces paroles lui permettaient de reconnaître ce qui lui restait.

À Aroutz 7, le 29 août 2026, il raconte un moment où il s’était senti près de perdre pied. Il s’était alors adressé à Hachem : « Papa, me voici. Je suis entre Tes mains », selon notre traduction de l’hébreu. Il décrit ensuite une sensation de chaleur, comme s’il était enveloppé. Ce sont ses mots pour dire une expérience intérieure : le sentiment d’être accompagné, alors même que sa situation demeurait terrifiante.

La Guémara rapporte que le roi ‘Hizkiyahou, confronté à l’annonce de sa mort, refusait de renoncer à implorer la miséricorde divine, même lorsqu’une épée tranchante repose sur le cou d’un homme (Berakhot 10a). Cette invitation éclaire le témoignage d’Omer : continuer à s’adresser à Hachem lorsque les moyens humains semblent nous manquer. Elle ne nous permet pas de prévoir l’issue d’une épreuve. Elle maintient ouverte la possibilité d’une prière.

Chabbat, un lien que la captivité n’a pas effacé

Cette foi prenait également corps dans des gestes. Le 3 mars 2025, son père, Malki Shem Tov, expliquait à Aroutz 7 que son fils avait cherché à préserver son identité juive. Selon ce témoignage familial, du jus de raisin reçu en captivité avait permis de réciter le Kiddouch pendant plusieurs mois. Dans un quotidien imposé par les geôliers, marquer Chabbat permettait de retrouver un temps appartenant à sa vie juive.

Ses parents ont aussi raconté à la chaîne israélienne 13 qu’il avait reçu des lectures laissées sur place par des soldats israéliens. Parmi elles figurait un exemplaire de Dvar Malkhout, publication d’étude de Habad réunissant notamment des textes de Torah et des Téhilim. Habad.org a rapporté leur récit le 6 mars 2025. Ce livret donnait à Omer accès à des paroles familières, venues du monde dont il était séparé.

Nous comprenons alors la portée de ces gestes. Le Kiddouch et l’étude le rattachaient à une histoire, à sa famille et à son peuple. Cette volonté de préserver son identité rejoint celle que raconte Segev Kalfon dans son témoignage sur la vie juive en captivité. Pour prolonger cette dimension du récit, les lecteurs trouveront également des textes et des enseignements dans le programme quotidien d’étude proposé par ‘Habad.

Un même psaume, dans sa chambre et sous terre

Un autre épisode relie sa prière à celle de sa mère. Dans un entretien à Galgalatz, relayé par Aroutz 7 le 3 octobre 2025, Omer raconte qu’après environ 130 jours de captivité, il avait obtenu une carte laissée par l’armée, portant la prière du voyage et le psaume 20. Il s’était mis à lire ce chapitre quotidiennement. Après sa libération, il avait découvert que sa mère récitait elle aussi ce même psaume, chaque jour, dans sa chambre à Herzliya.

Omer Shem Tov et sa mère Shelly en compagnie d’Isaac et Michal Herzog
Omer Shem Tov et sa mère Shelly reçus par le président israélien Isaac Herzog et son épouse Michal, en mars 2025, après son retour de captivité. Crédit : Haim Zach / Bureau de presse du gouvernement israélien

« Qu’Hachem te réponde au jour de la détresse » : les premiers mots de la supplication expriment exactement ce que chacun espérait (Téhilim 20, 2). Dans son commentaire sur ce verset, Rachi explique que David priait à Jérusalem lorsque Yoav et Israël partaient combattre. Il montre ainsi la place de ceux qui prient pour les hommes exposés au danger, alors qu’ils se trouvent loin d’eux.

Ce commentaire donne une profondeur particulière au récit d’Omer. La distance séparait une mère de son fils, mais ils puisaient dans les mêmes paroles. Nous retrouvons ici une fonction essentielle des Téhilim : donner une voix à la détresse et à l’espérance, y compris lorsque nos propres mots nous manquent. Le psaume 20 figure notamment parmi les Téhilim proposés pour prier en temps de guerre.

Omer a vécu cette rencontre entre leurs prières comme un signe d’accompagnement. Nous pouvons accueillir ce sens personnel sans prétendre connaître les raisons de la Providence ni expliquer le destin de chaque victime. Son récit témoigne de ce qui l’a soutenu ; il ne constitue pas une mesure de la foi des autres.

Revenir à la lumière et apprendre à vivre avec les blessures

En août 2026, Omer a présenté son livre hébreu, dont on peut traduire le titre par Une rencontre avec moi-même en enfer. Selon les propos rapportés par Israel National News le 16 août, il souhaitait conserver les souvenirs de sa captivité, mais aussi les pensées et la foi qui l’avaient aidé. Il y exprime son désir de choisir ce qu’il emportera de cette expérience dans la suite de sa vie.

Cette volonté coexiste avec des blessures persistantes. Dans un entretien à Maariv, repris par le Jerusalem Post le 13 septembre 2026, il décrit les souvenirs que réveillent les avions de combat, les feux d’artifice ou les explosions. Il poursuit pourtant ses projets, voyage, donne des conférences et a suivi un cours de théâtre à New York. La reconnaissance et la souffrance peuvent ainsi demeurer présentes dans une même vie.

Son parcours, comme le témoignage d’Agam Berger sur sa fidélité à son identité juive, nous demande de prendre au sérieux la vie spirituelle des rescapés et leurs blessures. La responsabilité dont nous discutons à propos de la libération des otages selon la Torah se prolonge après le retour. Elle passe aussi par l’écoute, la patience et, lorsque cela est nécessaire, un accompagnement spécialisé. Des organismes comme l’association NATAL proposent un soutien aux personnes confrontées aux traumatismes de la guerre et du terrorisme.

Lors d’une rencontre à Stanford, rapportée par le journal du campus le 12 mars 2026, Omer exprimait sa gratitude de pouvoir se réveiller à nouveau dans la lumière. Ce détail ramène à la cellule du début : ce qui semble ordinaire avait retrouvé une valeur immense. Sa prière l’avait aidé à traverser l’enfermement. À nous, désormais, de lui laisser le temps et la place de reconstruire sa vie.