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Pourquoi un rabbin ‘haredi dirige désormais la Fédération sioniste britannique

par Rav Meïr Hazan, Lundi 26 Octobre 2026

Pourquoi un rabbin ‘haredi prend-il la tête de la Fédération sioniste britannique après une rabbine libérale ? Ce changement révèle une nouvelle majorité et pose une question essentielle : que peut apporter le monde ‘haredi au mouvement sioniste ?

Pourquoi un rabbin ‘haredi dirige désormais la Fédération sioniste britannique
Le Rav Jonathan Guttentag succède à Lea Mühlstein : le courant orthodoxe prend la tête de la Fédération sioniste britannique.

La Fédération sioniste britannique vient de confier sa présidence au Rav Jonathan Guttentag, issu du mouvement orthodoxe Eretz Hakodesh, après la rabbine libérale Lea Mühlstein. Ce basculement révèle la progression d’une voix longtemps marginalisée dans les institutions sionistes. Quelle place reste-t-il à la Torah dans un mouvement qui prétend représenter tout le peuple juif ?

Une nouvelle majorité, pas une conversion soudaine

Le 18 octobre 2026, le nouveau conseil de la Fédération sioniste britannique a élu le Rav Jonathan Guttentag à sa présidence. Fondée en 1899, cette organisation fédère des courants juifs très différents. Sa direction change parce que sa composition a changé : sur quinze administrateurs, Eretz Hakodesh, Shas Olami UK et le Likoud britannique disposent chacun de quatre sièges. Herout, Meretz et le courant progressiste Arzenu détiennent chacun un siège. Le scrutin constituant le conseil s’est déroulé sans opposition.

Il ne s’agit pas d’un référendum opposant deux conceptions du judaïsme : le nouveau conseil a élu un président correspondant à ses priorités, sans condamnation personnelle de la dirigeante sortante.

Que s’est-il réellement passé sous Lea Mühlstein ?

La présidente sortante, Lea Mühlstein, est une rabbine du judaïsme libéral, ancienne dirigeante internationale d’Arzenu, le courant sioniste réformé et progressiste. Rien dans les éléments vérifiés ne permet de soutenir qu’elle aurait été destituée à la suite d’un scandale. Elle affirme au contraire avoir contribué à sauver une Fédération proche de l’insolvabilité et à rétablir sa situation financière ainsi que ses règles de gouvernance. La nouvelle majorité a salué l’esprit constructif de la transition, selon The Jewish Chronicle.

Deux femmes rabbines portant un talit prient et chantent ensemble devant un pupitre lors d'un office de Liberal Judaism.
Les rabbines Elli Tikvah Sarah et Lea Mühlstein (à droite) dirigent un office lors de la conférence biennale de Liberal Judaism.

Cette transition courtoise n’efface pas les conflits de 2025 autour des procédures de vote et du plafonnement des mandats au Congrès sioniste mondial. Eretz Hakodesh avait également formulé des griefs concernant l’impartialité du processus et le rôle de Mühlstein. Ces accusations ne doivent pas être transformées en fautes établies contre elle.

Le vote de 2025 a révélé une force ‘haredi sous-estimée

Les résultats officiels du scrutin de juillet 2025 donnent la mesure de cette évolution : Eretz Hakodesh a obtenu 4 529 voix contre 2 088 à Our Israel, liste commune des courants réformé, libéral et massorti, sur 10 651 suffrages. Pourtant, les deux listes ont reçu cinq mandats chacune, un plafond ayant été appliqué pour diversifier la représentation. Ces résultats concernaient les délégués au Congrès sioniste mondial, et non directement l’élection du conseil de 2026 ; ils éclairent néanmoins le poids réel des électeurs orthodoxes.

Le contentieux fut sérieux. En juin 2025, Eretz Hakodesh avait d’abord été disqualifié à cause d’une publicité autorisant à tort l’inscription de membres de sa famille. Le Comité électoral central de l’Organisation sioniste mondiale a annulé cette exclusion le 25 juin : l’irrégularité de communication était réelle, mais aucune inscription invalide effective n’avait été démontrée et la sanction était disproportionnée. Une autre décision a maintenu le plafonnement des mandats tout en avertissant qu’une telle règle devait être fixée à l’avance à l’avenir.

Un courant dont la participation avait été contestée se retrouve au centre de la gouvernance. Cela ne prouve aucune machination de l’ancienne présidente.

Pourquoi le monde ‘Haredi peut apporter davantage qu’un programme politique

On reproche régulièrement aux ‘haredim de ne pas se reconnaître dans toutes les formulations du sionisme moderne. Mais cette réserve ne signifie ni indifférence au peuple juif ni absence de lien avec Eretz Israël. La fidélité à la Torah, l’étude, la vie communautaire, les institutions d’éducation et les réseaux d’entraide ont assuré la continuité juive bien avant l’existence d’un État moderne. Notre réflexion sur la souveraineté juive face aux nations éclaire aussi cette identité nationale qui dépasse les alternances gouvernementales. Un mouvement qui prétend défendre l’avenir d’Israël gagnerait à ne plus traiter cet héritage comme une curiosité extérieure.

La force d’un Rav orthodoxe n’est pas de maîtriser chaque dossier diplomatique. Elle consiste à rappeler une responsabilité antérieure aux partis : protéger des Juifs, transmettre le judaïsme et empêcher que l’identité d’Israël soit réduite à l’actualité d’un gouvernement. Comme nous l’avons montré à propos de la place de l’étude de la Torah dans la continuité d’Israël, une nation ne survit pas seulement par ses moyens matériels ; elle doit savoir ce qu’elle transmet.

Il serait toutefois trompeur de présenter Guttentag comme étranger à la politique. Il a participé à l’implantation britannique d’Eretz Hakodesh, agit depuis des années dans le débat public et dirige désormais une coalition qui comprend le Likoud. Dans une tribune publiée en janvier 2026, il défendait déjà l’engagement orthodoxe dans les institutions sionistes et la responsabilité partagée des Juifs malgré leurs divergences. Son défi est d’apporter une boussole issue de la Torah sans confondre son autorité religieuse avec les intérêts d’une faction.

Un héritage familial qui éclaire le débat

Le nouveau président est l’arrière-petit-fils de Nathan Birnbaum, l’intellectuel qui forgea le terme « sionisme » à la fin du XIXe siècle. L’histoire possède une ironie remarquable : Birnbaum s’éloigna ensuite du nationalisme politique pour revenir à la pratique orthodoxe et participer au mouvement Agoudat Israël. Cette évolution, étudiée par l’historien Jess Olson, ne signifie pas que son descendant partage chacune de ses positions. Elle rappelle cependant une vérité souvent oubliée : le débat entre identité nationale et fidélité religieuse traverse le sionisme depuis ses origines.

Défendre Israël sans effacer la diversité juive

Le changement intervient dans une Grande-Bretagne où le Community Security Trust a recensé 1 926 incidents antisémites au premier semestre 2026, soit 21 % de plus qu’un an auparavant. Les agressions signalées contre des femmes juives à Londres montrent également l’enjeu humain de cette protection. Et le débat britannique s’est durci lorsque les Verts ont adopté une résolution assimilant le sionisme au racisme, un sujet déjà examiné par UniversTorah. Le premier devoir du nouveau président est donc concret : défendre Israël, combattre cette délégitimation et obtenir des interlocuteurs britanniques des engagements suivis d’effets.

Ce mandat ne réussira pas s’il transforme la Fédération en cercle réservé aux seuls orthodoxes. Les représentants progressistes et de gauche siègent toujours au conseil : leur place doit être respectée, sans demander aux ‘haredim de renoncer à leurs convictions. Le Rav Guttentag peut démontrer qu’une fidélité assumée à la Torah permet de parler fermement au nom du peuple juif tout en travaillant avec ceux qui pensent autrement. Le monde ‘haredi ne vient pas demander la permission de participer à l’histoire juive. Il en est un acteur constitutif. Désormais, il devra prouver que sa présence à la direction rendra la défense d’Israël plus solide, plus active et plus fidèle à ce qui fait durer le peuple juif.