Sionisme assimilé au racisme : le danger des Verts britanniques
Un parti peut-il défendre l’égalité tout en déclarant raciste une conviction partagée par une majorité de Juifs britanniques ? Le vote des Verts pose cette question.

En déclarant le sionisme raciste, les Verts d’Angleterre et du pays de Galles franchissent un seuil politique. Leur résolution met en cause une conviction que partage une majorité de Juifs britanniques. L’enjeu dépasse Israël : une démocratie peut-elle accepter qu’un parti invoque l’antiracisme pour rendre suspecte l’identité nationale d’un peuple persécuté ?
Un vote contre le sionisme, au-delà de la critique d’Israël
Le 4 octobre 2026, à Brighton, le congrès du Green Party a adopté sa résolution par 1 022 voix contre 813. Son communiqué officiel revendique désormais une orientation antisioniste et soutient un État unique sur l’ensemble de la Palestine historique. La motion prévoit de traiter le sionisme comme toute autre forme de racisme. Le désaccord porte donc sur la légitimité du maintien d’un État juif, bien au-delà des décisions d’un gouvernement.

Il faut mesurer ce déplacement. Un gouvernement peut être remplacé, une politique contestée, une décision soumise au droit. Déclarer raciste le principe même d’une souveraineté juive transforme le débat : celui qui défend l’existence d’Israël risque désormais de devoir justifier sa propre respectabilité avant de discuter des faits. La qualification morale précède alors l’examen politique.
Les 813 votes opposés interdisent cependant de confondre tous les écologistes avec cette orientation. Une résistance existe au sein du parti. Elle rend le choix de la majorité plus significatif : cette dérive a été combattue, puis adoptée.
Adhérents juifs : les Verts rejettent une garantie contre les sanctions
Le détail le plus préoccupant concerne les adhérents. ITV rapporte que le congrès a rejeté l’ajout d’une clause précisant que la motion ne devait pas servir à exercer des pressions, interdire ou sanctionner des membres pour leur affiliation à des synagogues ou organisations juives se définissant comme sionistes. Le parti assure pourtant que ce type de motion ne modifie pas ses procédures disciplinaires.
Ce refus ne prouve pas qu’une campagne de sanctions ait commencé. Il laisse toutefois une question sans réponse convaincante : pourquoi écarter une garantie explicite si l’on veut réellement préserver la liberté d’appartenance ? Une déclaration générale contre les discriminations devient moins rassurante lorsque la protection précise demandée pour une minorité est repoussée.
Le Board of Deputies et le Jewish Leadership Council dénoncent une plateforme antisémite qui déforme et efface l’expérience juive. Leur inquiétude concerne aussi le passage du programme international à la vie quotidienne : quelles relations communautaires deviendront politiquement compromettantes ? L’appartenance à une synagogue pourra-t-elle devenir un motif de suspicion ?
Le sionisme concerne une majorité de Juifs britanniques
Les promoteurs de la motion distinguent judaïsme et sionisme. Cette distinction existe : les Juifs ne partagent pas une opinion politique unique. Mais elle ne suffit pas à neutraliser les conséquences d’une condamnation collective. Selon l’Institute for Jewish Policy Research, dont l’étude suit environ 2 500 adultes juifs britanniques, 66 % se définissaient comme sionistes en juin 2025, contre 59 % fin 2022. L’antisionisme concernait environ 10 % des répondants.

Ces chiffres ne définissent pas ce qu’un Juif doit penser. Ils montrent qui risque d’être atteint. Présenter les Juifs antisionistes comme la preuve que la résolution serait inoffensive revient à éluder la situation de ceux qui demeurent attachés à Israël. Les droits d’une minorité ne peuvent dépendre du choix de ses représentants les plus conformes aux attentes militantes.
Le slogan possède également une histoire institutionnelle. L’Assemblée générale de l’ONU avait assimilé le sionisme au racisme en 1975, avant de révoquer cette assimilation en 1991. Les Verts réactivent ainsi une condamnation que l’institution internationale avait abandonnée. Ils doivent expliquer pourquoi l’autodétermination juive serait, par définition, incompatible avec l’égalité, plutôt que montrer comment les droits des deux peuples peuvent être garantis.
La souveraineté ne dispense évidemment aucun État de respecter les droits de ses citoyens. Elle garantit toutefois qu’un peuple ne dépend pas exclusivement de la bienveillance d’autres gouvernements pour assurer sa sécurité et organiser son avenir collectif.
Le danger démocratique : transformer une minorité en suspecte
Cette résolution intervient dans un climat documenté. Le Community Security Trust a recensé 1 926 incidents antisémites au premier semestre 2026, soit une hausse de 21 % sur un an. Dans 204 incidents, les termes « sionisme » ou « sioniste » apparaissaient, souvent comme substituts à judéité » ou Juif, ou associés à d’autres manifestations antisémites.
La méthode importe : le CST a également écarté 2 264 signalements faute d’éléments antisémites suffisants. Il distingue donc l’hostilité envers Israël de la haine antijuive. Ses observations montrent néanmoins que le vocabulaire antisioniste peut servir à atteindre des Juifs. Ces incidents précèdent le vote : ils ne peuvent lui être imputés. Ils rendent ses conséquences prévisibles plus préoccupantes.
Univers Torah a déjà examiné la sécurité devenue une condition de la vie juive. Le problème politique est complémentaire. Protéger des bâtiments tout en banalisant la suspicion envers leurs fidèles fragilise la promesse démocratique. Une société doit garantir simultanément leur sécurité, leur liberté d’association et leur droit de défendre une existence nationale sans être présumés racistes.

Les dirigeants verts affirment soutenir les droits des Palestiniens et ceux des Juifs. Cette intention déclarée doit être confrontée au contenu adopté. Reconnaître l’égalité des personnes exige aussi de discuter honnêtement des garanties collectives dont elles ont besoin. L’avenir des Palestiniens mérite des institutions viables ; celui des Juifs ne saurait être ramené à une tolérance accordée après disparition de leur souveraineté.
Le danger pour une civilisation apparaît lorsque ses mots protecteurs deviennent des instruments de disqualification. Si l’antiracisme autorise à déclarer moralement suspecte une majorité d’une minorité persécutée, il perd sa capacité à protéger. Les responsables démocratiques doivent demander aux Verts des garanties explicites et refuser que l’existence d’Israël devienne une faute politique attribuée aux Juifs.