Quand la protection des Juifs devient négociable au nom d’une cause prétendument supérieure, le progrès a perdu sa justification. De Londres à New York, les faits imposent de reprendre notre boussole morale, sans attendre la permission d’un parti.
Nous avons le devoir de défendre notre peuple avec la même justice que nous réclamons pour tous. Notre solidarité avec Israël ne constitue pas une faute à confesser avant de pouvoir dénoncer l’antisémitisme. Un Juif menacé n’a aucun examen géopolitique à passer pour obtenir protection. Celui qui lui demande d’abord de désavouer Israël transforme un droit en récompense idéologique.
Nous devons refuser qu’on classe les victimes avant d’examiner leurs blessures. Si la réussite d’Israël suffit à le ranger parmi les oppresseurs, ses morts deviennent embarrassants pour la doctrine. Elle doit alors les minimiser pour préserver son récit. Une théorie incapable d’admettre qu’un peuple souverain puisse aussi être agressé a cessé de penser.

La mise en garde de Jonathan S. Tobin dans JNS contre les convergences entre gauche radicale et islamistes mérite attention. Mais notre réponse doit identifier les compromissions prouvées, leurs mécanismes et les moyens de les arrêter.
Le Labour sait protéger ses victimes, mais néglige les Juifs
En 2020, le rapport de la Commission britannique pour l’égalité et les droits humains établissait des actes illégaux de harcèlement et de discrimination imputables au Labour. Il relevait aussi une contradiction décisive : le parti disposait d’une procédure structurée contre le harcèlement sexuel, tandis que ses réponses aux plaintes pour antisémitisme demeuraient insuffisantes. Il savait donc agir.
Pourquoi la compétence disparaissait-elle lorsque les victimes étaient juives ? Le rapport documente des ingérences politiques dans le traitement des plaintes. L’explication par la seule maladresse devient intenable : des responsables intervenaient dans un dispositif qui devait protéger les plaignants. Le risque était que leur protection dépende des intérêts du parti.

Les réformes ayant permis la fin du suivi de l’EHRC en 2023 comptent également. Elles démontrent que le renoncement n’est pas une fatalité. Une institution peut changer lorsqu’elle doit rendre des comptes. Cela interdit le fatalisme autant que la complaisance.
À New York, l’alerte repose sur des faits reconnus
Peut-on encore considérer l’Amérique comme immunisée ? Dans sa présentation de l’accord fédéral conclu en 2025, Columbia reconnaît que l’antisémitisme a existé sur son campus et causé une souffrance réelle. L’université précise que cet accord ne constitue pas une reconnaissance de violation de la loi. Cette réserve ne permet pas d’effacer son constat.
Le déni global se heurte ici aux mots de l’institution. Sur les campus américains comme dans les alertes concernant les universités françaises, la règle à défendre est élémentaire : aucune mobilisation ne devrait rendre la présence juive dangereuse. Une conviction militante ne dispense jamais de répondre du harcèlement.
En France, le bilan judiciaire du 5 octobre 2026 documente des violences graves en marge du mouvement lycéen. Il n’établit pas leur direction par une alliance islamiste. Qui organise, qui soutient, qui excuse ? Ces questions exigent des preuves. Déduire une idéologie d’un visage ou d’une origine affaiblirait notre argumentation.
Les victimes israéliennes ne doivent subir aucun tri idéologique
La convergence devient moralement accablante lorsqu’une hostilité commune à Israël fait oublier les principes proclamés. Comment défendre les femmes tout en relativisant les violences sexuelles du 7 octobre ? La mission de Pramila Patten pour l’ONU a conclu en mars 2024 à des motifs raisonnables de croire que de telles violences avaient été commises. Le doute méthodique ne saurait devenir un refus permanent d’entendre les victimes israéliennes.

Lorsqu’un militant de l’émancipation excuse une violence islamiste parce qu’elle frappe Israël, il renonce au principe même qu’il prétend défendre. L’ennemi commun ne rend pas leurs projets compatibles. Il permet seulement de faire payer aux Juifs leur entente. Ce jugement porte sur des choix politiques documentés, jamais sur l’identité musulmane : un musulman n’est pas un islamiste.
Nous pouvons reconnaître la souffrance palestinienne sans accorder au Hamas une excuse pour ses crimes. Nous pouvons discuter les décisions d’un gouvernement israélien sans négocier le droit du peuple juif à la souveraineté. La critique change de nature lorsqu’elle exige que les Juifs renoncent à assurer eux-mêmes leur sécurité et leur avenir.
En France, le ministère de l’Intérieur a recensé 1 320 actes antisémites en 2025, soit 53 % des faits antireligieux recensés. Ces chiffres ne désignent pas un auteur politique unique. Ils imposent de traiter la menace sérieusement. Les fêtes juives sous protection ne devraient jamais devenir un décor auquel on s’habitue.
La boussole juive oblige à placer justice et sécurité avant les fidélités partisanes
La paracha Kédochim interdit de favoriser le pauvre comme d’honorer indûment le puissant dans le jugement : Vayikra (19, 15). Rachi explique qu’on ne peut donner raison au pauvre sous prétexte que le riche doit l’aider. La compassion ne permet pas de fausser la justice. Cette règle vise le juge ; elle éclaire aussi notre refus d’attribuer innocence ou culpabilité selon le camp.
Aux Juifs attachés aux idéaux de justice, disons clairement : votre fidélité à ces idéaux exige qu’ils vous protègent aussi. À Israël, rappelons que son identité juive et son avenir ne sauraient dépendre des modes occidentales. Aux alliés de droite comme de gauche, demandons des engagements vérifiables, des plaintes traitées, des victimes protégées et des responsables sanctionnés. Notre gratitude n’achète aucun silence.

Voter, financer une organisation ou lui prêter notre nom engage notre responsabilité. Aucun attachement ancien ne justifie d’accepter aujourd’hui l’impunité d’un antisémite.
Le progressisme devient corrosif quand ses fidélités militantes passent avant la dignité des personnes. Notre boussole exige de refuser cette hiérarchie, même lorsqu’elle vient de nos amis. Pour protéger nos enfants, nous devons rendre politiquement coûteux chaque renoncement à leur sécurité.
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