Au XXe siècle, les progrès de l’endoscopie avaient rendu accessibles l’œsophage, l’estomac et le côlon, mais l’intestin grêle restait beaucoup plus difficile à explorer directement. Sa longueur et sa configuration limitaient fortement les techniques endoscopiques classiques.
Gavriel Iddan n’était pas gastro-entérologue. Ingénieur israélien spécialisé dans l’électro-optique, il travaillait chez Rafael et avait acquis une expérience dans des technologies optiques destinées notamment aux systèmes militaires. Au début des années 1980, une discussion avec le médecin israélien Eitan Scapa lui fit prendre conscience des limites de l’endoscopie de l’intestin grêle. Il comprit alors que certaines connaissances développées dans son propre domaine pouvaient être déplacées vers un problème totalement différent. De cette intuition est née la conception d'une micro-caméra ingérable à transmission sans fil, miniaturisée sous forme de pilule pour franchir les zones inaccessibles du tube digestif.
En mai 2000, Gavriel Iddan, Gavriel c, Arkady Glukhovsky et le gastro-entérologue Paul Swain publient dans Nature les résultats des premiers essais humains de leur système d’endoscopie sans fil. Leur article décrit une méthode permettant l’imagerie endoscopique de l’ensemble de l’intestin grêle au moyen d’une capsule autonome.
PillCam n’est pas une arme devenue médicament
C’est ici qu’une distinction est indispensable. Dire que PillCam provient d’une technologie militaire peut conduire à une représentation trop simpliste. Aucun missile n’a été transformé matériellement en appareil médical. Ce qui a été transféré, ce sont des compétences : miniaturiser, capter une image, transmettre à distance, construire un système autonome capable de fonctionner dans un environnement inaccessible.

Iddan l’a lui-même expliqué en 2015 : PillCam reposait sur des technologies issues de son expérience militaire. Il évoquait notamment son travail dans l’optique et la manière dont celui-ci lui avait permis d’imaginer une solution différente au problème endoscopique. Cette précision change la profondeur du sujet.
La technologie ne contient pas nécessairement en elle-même sa finalité morale. Les mêmes connaissances d’optique, de miniaturisation et de transmission peuvent participer à un système de défense ou devenir les composantes d’un dispositif médical.
La science et l’ingénierie peuvent expliquer comment obtenir une image, comment la transmettre et comment réduire suffisamment les composants. Cette distinction entre le mécanisme observé et la finalité donnée au savoir rejoint un axe développé dans le dossier Univers Torah Torah et évolution : la science découvre, la Torah interroge.
C’est à cet endroit précis que l’histoire de Gavriel Iddan cesse d’être seulement une histoire de médecine.
Changer la destination du savoir
La première PillCam commercialisée réunissait dans une capsule d’environ 11 millimètres sur 26 une caméra, des diodes lumineuses, des batteries et un transmetteur. Le mouvement naturel de l’appareil digestif transportait le dispositif pendant que les images étaient envoyées vers un récepteur externe.
Le principe perdure. Les systèmes PillCam actuels sont notamment utilisés pour visualiser la muqueuse de l’intestin grêle et rechercher certaines anomalies qui peuvent ne pas avoir été détectées par endoscopie haute ou basse. La capsule reste un outil diagnostique avec des indications précises et ne remplace donc pas indistinctement toutes les autres formes d’endoscopie.
Mais considérer uniquement cette performance technique ferait manquer l’essentiel.
L’innovation d’Iddan n’est pas simplement d’avoir rendu une caméra suffisamment petite pour être avalée. Elle illustre quelque chose de plus général : une connaissance acquise pour augmenter une capacité d’action peut être réorientée vers une autre conception de l’action humaine.

Nous confondons souvent progrès et puissance. Voir plus loin, transmettre plus vite, atteindre une cible avec davantage de précision, calculer davantage d’informations semblent constituer des progrès dès lors que les performances augmentent.
Or la performance ne répond pas encore à la question de la destination. Une civilisation techniquement avancée sait produire des moyens. La question plus difficile est de savoir quelles fins elle donne à ces moyens.
Pourquoi Gavriel Iddan évoque Yechayahou
C’est précisément Gavriel Iddan qui donnera à son invention une lecture inattendue.
Interrogé en 2015 sur les origines militaires de PillCam, il rapprocha explicitement cette transformation technologique de la prophétie de Yechayahou annonçant un monde dans lequel les instruments de guerre changeraient de fonction.
Le prophète affirme :
"וְכִתְּתוּ חַרְבוֹתָם לְאִתִּים, וַחֲנִיתוֹתֵיהֶם לְמַזְמֵרוֹת"
« Ils transformeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes » (Yechayahou 2, 4).
Il serait intellectuellement incorrect d’affirmer que Yechayahou annonçait la reconversion des technologies militaires modernes ou, plus encore, PillCam. La profondeur du rapprochement est ailleurs.
Dans l’image prophétique, l’homme ne cesse pas seulement d’utiliser son épée. Il transforme l’épée.
La matière qui possédait une fonction militaire reçoit une destination nouvelle. Ce qui permettait de combattre devient ce qui permet de cultiver. Ce déplacement est fondamental : le progrès n’est plus seulement défini par l’accroissement des capacités humaines, mais par leur orientation.
Le Rambam : la puissance n’est pas encore une finalité
Le Rambam pousse cette idée beaucoup plus loin lorsqu’il décrit l’horizon messianique à la fin des Hilkhot Melakhim. Médecin, décisionnaire de la Halakha et penseur, il incarne lui-même, dans l’histoire juive, la rencontre entre connaissance du corps et recherche de la finalité humaine, une histoire plus vaste qu’évoque également le dossier UniversTorah sur les médecins juifs en terre d’Islam.
Il précise que les Sages n’ont pas désiré cette époque pour dominer les nations ou exercer davantage de puissance. Leur aspiration est de pouvoir se consacrer à la Torah et à la connaissance. Il décrit ensuite un monde où disparaissent guerre, rivalité et compétition, et où l’activité humaine peut se tourner vers la connaissance de D-ieu (Hilkhot Melakhim 12, 4-5).
Le Rambam ne parle évidemment ni d’endoscopie ni de transfert technologique. Mais il introduit une distinction qui éclaire remarquablement notre problème : posséder davantage de puissance n’est pas encore savoir ce que cette puissance doit servir.
La question de la Torah ne concurrence donc pas l’ingénieur sur le fonctionnement de la caméra. Elle intervient à un autre niveau : elle demande ce qu’une intelligence humaine fait des capacités qu’elle acquiert.
C’est pourquoi le rapprochement effectué par Iddan est beaucoup plus intéressant qu’une simple anecdote biblique. Il ne dit pas que la Torah avait prévu son invention. Il attire l’attention sur une question que l’invention, à elle seule, ne peut résoudre.
De quoi le progrès est-il réellement le nom ?
PillCam permet ainsi de regarder autrement la notion même de progrès.
Le savoir qui avait contribué à observer, guider et maîtriser à distance pouvait également pénétrer silencieusement le corps humain pour permettre au médecin de voir ce qui lui était auparavant difficilement accessible.
La capacité technique demeure. Sa finalité change. Et peut-être est-ce là que se trouve la leçon la plus forte de Gavriel Iddan.

L’homme moderne demande constamment jusqu’où sa technologie pourra aller.
La Torah introduit une question antérieure à toute fascination technologique : une fois que l’homme possède cette puissance, vers quoi choisit-il de la diriger ?
Entre l’épée et le soc de charrue, le métal peut rester le même.
Ce qui change, c’est le projet de l’homme.
Voir aussi
Israël à l’ère de l’intelligence artificielle : sécurité, défense et société
Face aux régulations européennes et aux débats éthiques américains, Israël mise sur une approche purement opérationnelle pour garantir sa sécurité nationale. Po...
Le génie juif
Comment produire de l'eau potable à partir d'eau de mer ou par recyclage.
Un coquillage freine les maladies dégénératives
Des chercheurs de l'université de Tel-Aviv ont découvert qu'un complément alimentaire vendu en pharmacie et dans tous les magasins de produits naturels, aide à...
Tomates et poissons en plein désert de Neguev !
Oubliez tout ce que vous savez sur le désert et venez visiter le Néguev, le désert d’Israël. Ses 13 000 km², qui constituent 60 % du territoire israélien, accue...
Israël appartient-il aux Juifs ou aux Arabes ?
Israël appartient-il aux Juifs ou aux Arabes ? Question posée à Chat GPT. Sa réponse fut surprenante !





Soyez le premier à commenter !