Transformer les cendres en un sanctuaire de guérison
Rabbi Yekutiel Yehuda Halberstam (1905-1994), le Rebbe de Klausenbourg, a traversé l'enfer d'Auschwitz et de Dachau. En l'espace de quelques mois, il perdit sa femme et ses onze enfants. Seul survivant d'une lignée prestigieuse, il se retrouva dans les marches de la mort en 1944. C’est au cœur de cette obscurité absolue qu’un événement allait changer le destin de milliers de personnes en Israël des décennies plus tard.
Le récit : le vœu sous les balles
Lors d'une marche forcée, le Rebbe fut blessé au bras par une balle tirée par un garde SS. Saignant abondamment et affaibli, il savait que s'il s'arrêtait ou s'il se rendait à l'infirmerie du camp, il serait immédiatement exécuté. Dans un geste de foi pure, il ramassa une feuille sur un arbre, l'appliqua sur sa plaie béante et la banda avec un morceau de son vêtement déchiré. À cet instant, il fit un vœu solennel :
« Maître du monde, si Tu me sauves et que je survis à cet enfer, je bâtirai un hôpital en Terre d'Israël où chaque être humain sera soigné avec dignité, car chaque vie est un monde entier. »
Contre toute attente, la plaie guérit sans infection. Après la libération, le Rebbe ne se laissa pas submerger par le deuil. Il consacra chaque instant à reconstruire les âmes brisées des rescapés, puis émigra en Israël où il fonda le quartier de Kiryat Sanz à Netanya et, en 1975, l’hôpital Laniado. Cet établissement est aujourd'hui unique : il fonctionne selon la loi juive la plus stricte tout en étant à la pointe de la technologie médicale, fidèle au vœu du survivant.
La vie du Rebbe est l’incarnation vivante du verset des Psaumes (Tehillim) 118:17 :
« Je ne mourrai pas, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres de l’Éternel. »
"לֹא אָמוּת כִּי אֶחְיֶה וַאֲסַפֵּר מַעֲשֵׂי יָהּ"
La "Renaissance par l'Action"
Ce verset ne décrit pas une simple survie biologique. L'expression "Je vivrai" (אֶחְיֶה ) est au futur actif. Le concept ici est que la survie n'a de sens que si elle est transformée en un projet créateur. Pour le Rebbe, "raconter les œuvres de Dieu" ne se faisait pas par des discours, mais par la construction de murs et le sauvetage de vies.
Dans la pensée juive, cet acte s'appelle le Tikkoun (réparation). Le Rebbe a compris que la justice divine ne peut être comprise par l'intellect après la Shoah, mais qu'elle peut être "reflétée" par l'action humaine. En semant la graine d'un hôpital dans les cendres de sa famille disparue, il a transformé son traumatisme en une source de bénédiction infinie. Il prouve que même lorsque la mort semble triompher, un homme saint peut décider que la vie aura le dernier mot.
Cette histoire est largement documentée dans les biographies du Rebbe (comme The Klausenburger Rebbe de Yéhouda Lifschitz) et a été racontée par le Rebbe lui-même lors de l'inauguration de l'hôpital en 1975 devant des survivants qui l'avaient accompagné pendant les marches de la mort.
Ses compagnons de captivité ont souvent témoigné de son refus catégorique de sombrer dans l'amertume, choisissant d'étudier la Torah de mémoire pour maintenir son esprit en vie.





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