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Pensée juive Torah & Sciences

Torah et sciences : analyses sur la Création, la nature, la médecine, la cosmologie et le dialogue entre sources juives et découvertes scientifiques.

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Béréchit : Qui sera le porte-voix du Créateur ?

En créant l’homme, Hachem lui donne le souffle et la parole. De la faute d’Adam à la vocation d’Avraham, cet article explore comment la voix, les 248 membres et les mitsvot deviennent les instruments d’une même mission.

Béréchit : Qui sera le porte-voix du Créateur ?
Adam, au cœur du jardin d’Éden, s’adresse aux créatures rassemblées autour de lui.
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La voix d’Hachem a créé l’univers. « Par dix paroles le monde fut créé », בַּעֲשָׂרָה מַאֲמָרוֹת נִבְרָא הָעוֹלָם (Pirké Avot 5, 1).

Le sommet de cette création, c’est l’homme. En le formant de la poussière, le Créateur accomplit un geste unique dans le récit : Il insuffle en lui un souffle de vie, Nichmate ‘Hayim (Béréchit 2, 7). Le Targoum Onkelos traduit alors l’expression « un être vivant » par לְרוּחַ מְמַלְּלָא, « un esprit parlant ». Là se trouve le don propre à l’homme : la parole associe une pensée invisible à un souffle, lui donne une forme et la fait exister au-dehors. Cette vocation rejoint l’aspiration formulée dans Alénou léchabéa’h, letaken olam bemalkhout Cha-daï, réparer le monde sous la royauté du Tout-Puissant. On peut ainsi comprendre le souffle et la parole comme les premiers instruments confiés à l’homme pour accomplir cette mission.

Mais comment se forme notre voix ?

Très succinctement : le souffle monte des poumons par la trachée-artère, le cerveau envoie l'ordre de faire vibrer les plis vocaux ; de cette vibration naît le son. Mais ce son, à peine né, n'est pratiquement pas audible : il lui faut une caisse de résonance pour devenir voix. Et cette caisse, c'est le corps tout entier, qui mobilise la respiration, le larynx, les cavités, et jusqu'aux vibrations transmises par les os.

Homme juif enveloppé dans son talit, priant avec ferveur, le visage tourné vers le ciel et les mains ouvertes.
« Tous mes membres diront : Hachem, qui est comme Toi ! » Illustration IA

Nos Sages l'avaient pressenti : l'os frappé contre l'os résonne, l'os frappé contre la terre s'étouffe (Rachi, Nidah 31b). La tradition compte d'ailleurs 248 membres, Rama'h Évarim (Ohalot 1, 8) ; ainsi, lorsque l'homme parle, ce ne sont pas ses seules lèvres qui bougent :

« Tous mes membres diront : Hachem, qui est comme Toi ! » (Tehilim 35, 10).

Le Tanya décrit la pensée, la parole et l’action comme les trois « vêtements » par lesquels l’âme s’exprime (Tanya, Likoutei Amarim, chapitre 4). Le texte ne dit pas que la voix les réunit. On peut néanmoins prolonger son enseignement ainsi : lorsqu’un homme parle, une pensée se formule, le corps s’engage et la parole devient une action perceptible au-dehors. La voix apparaît alors comme le point de rencontre de ces trois dimensions.

À partir de là, une lecture symbolique peut être proposée. En guématria, Adam vaut 45 : alef vaut 1, dalète 4 et méme final 40. Déployé selon les trois registres de la pensée, de la parole et de l’action, ce nombre donne 45 + 45 + 45 = 135. En y ajoutant le kolel, l’unité qui rassemble ces trois dimensions dans une seule personne, on obtient 136. Or 136 est la valeur de Kol, la voix, mais aussi de Soulam, l’échelle. Cette construction relève d’une lecture proposée ici, et non d’un enseignement explicitement formulé dans la source citée.

Quand Adam parle ou chante en conscience, ce n’est donc pas seulement un son qui sort de lui. C’est l’homme pensant, formulant et agissant avec sa chair et son souffle. La voix devient comparable à une échelle qui lui permet de s’élever et de s’adresser à son Créateur.

Adam, chef du chœur de la création

La vocation d’Adam était de porter la voix du Créateur dans le monde. Sa première tâche l’exprime déjà. À peine formé, il est appelé à nommer les créatures :

« L’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à toute bête des champs » (Béréchit 2, 20).

Béréchit Rabba souligne la sagesse manifestée par Adam lorsqu’il sut donner à chaque être son nom (Béréchit Rabba 17, 4). Rabbénou Bé’hayé précise que les lettres choisies correspondaient à la nature de chaque animal (sur Béréchit 2, 19). En nommant, Adam ne se contentait donc pas de classer. Il reconnaissait à chaque créature sa note propre dans le chant du monde, sa manière de louer le Maître de l’univers. Il était semblable au chef de chœur qui distribue à chacun sa partition pour faire entendre une même louange.

La faute et le silence du chef de chœur

Mais l’homme a failli. Juste après la faute, la Torah écrit :

« Ils entendirent la voix d’Hachem Elo-him parcourant le jardin », וַיִּשְׁמְעוּ אֶת קוֹל ה׳ אֱלֹהִים מִתְהַלֵּךְ בַּגָּן (Béréchit 3, 8).

C’est la première fois que le mot kol, la voix, apparaît dans la Torah. Durant les six jours de la Création, Elo-him parle sans cesse, mais le mot « voix » n’est pas encore employé. Sa première occurrence montre l’homme se cachant lorsqu’il entend son Créateur. Celui qui devait porter cette voix dans le monde fuit devant elle. Le chef de chœur s’est tu.

Cette faute amorce un retrait. Le Midrach enseigne que sept fautes, de génération en génération, firent remonter la Présence divine jusqu’au septième ciel. La première fut celle d’Adam (Béréchit Rabba 19, 7). Le monde se vidait ainsi de la Présence que la voix de l’homme devait y faire résonner.

Le remède inscrit avant la faute

Dans le contexte du récit de Pourim, la Guémara enseigne qu’Hachem prépare le remède avant le mal qui doit frapper Israël (Méguila 13b). Cette idée permet ici une lecture du récit de la Création. Un chapitre avant la faute, la Torah récapitule l’œuvre des origines : « Voici les générations du ciel et de la terre lorsqu’ils furent créés », Béhibaram (בְּהִבָּרְאָם). Béréchit Rabba remarque qu’en permutant les lettres, on peut lire beAvraham (בְּאַבְרָהָם), « par Avraham » ou « en faveur d’Avraham » : c’est en son mérite que le monde fut créé (Béréchit Rabba 12, 9).

Dans l’ordre du texte, beAvraham apparaît donc en Béréchit 2, 4, avant que l’homme ne se cache en entendant la voix de son Créateur en Béréchit 3, 8. Le verset du remède précède celui de la faute. Béréchit 2, 4 est aussi le premier verset où apparaît le Nom double, Hachem Elo-him. Le premier chapitre n’employait qu’Elo-him, associé à l’attribut de justice. Ici apparaît également Hachem, le Nom de la miséricorde.

Qui fera entendre la voix d’Hachem sur la terre ?

Les justes feront redescendre la Présence divine, degré après degré, jusqu’à Moshé qui la ramènera sur la terre. Le premier de cette chaîne est Avraham (Béréchit Rabba 19, 7). La Torah raconte qu’il planta un éshel à Beer-Chéva, terme que nos Sages comprennent comme un verger ou une auberge destinée à accueillir les voyageurs (Béréchit 21, 33 ; Sota 10a-10b). Et il y proclama le Nom d’Hachem. Nos Sages lisent : ne prononce pas vayikra, « il appela », mais vayakri, « il fit appeler ». Avraham amenait ainsi chacun de ses hôtes à invoquer le Nom du Créateur (Sota 10b). Il reprenait le flambeau d’Adam en devenant le porte-voix qui faisait connaître la présence et l’unicité du Maître du monde.

Un juif relié symboliquement à un Séfer Torah par un réseau lumineux évoquant la correspondance entre les membres du corps et les commandements positifs.
juif relié symboliquement à un Séfer Torah par un réseau lumineux évoquant la correspondance entre les membres du corps et les commandements positifs. Illustration IA

Le corps, instrument de la voix

Revenons au premier verset où apparaît le mot « voix » : kol Hachem Elo-him (Béréchit 3, 8). Une seconde lecture numérique peut être proposée. Kol vaut 136, le Nom de miséricorde vaut 26 et Elo-him vaut 86, soit un total de 248. Ce nombre correspond aux 248 membres dénombrés par la tradition. Le corps entier n’est pas, au sens physiologique, une caisse de résonance. Il peut toutefois être compris comme l’instrument vivant par lequel la volonté humaine devient parole et action.

Ces 248 membres correspondent aux 248 commandements positifs de la Torah (Makkot 23b). Rachi explique que chaque membre invite l’homme à accomplir une mitsva. Les gestes du corps deviennent alors autant de manières de faire entendre la volonté d’Hachem dans le monde.

L’univers fut créé behibaram, lu beAvraham. Adam ayant failli à cette mission, il fallait l’avènement d’Avraham, dont le nom vaut lui aussi 248 : alef vaut 1, bet 2, rèche 200, hé 5 et mème final 40. Ce nombre correspond aux 248 membres du corps. Avraham incarne ainsi cette présence vivante qui fait connaître le Créateur par la parole, l’accueil et l’action.

Chaque fois que nous accomplissons les commandements de la Torah, que nous étudions, enseignons, prions, réjouissons notre prochain, disons la vérité ou consolons une peine, nous marchons dans les pas d’Avraham. Par le corps, la parole et l’action, nous poursuivons la mission confiée à l’homme depuis le premier jour de la Création.

Voir aussi

Sujets traités

Bereshit Adam Avraham Tanya Torah (texte) Alenou Pirké Avot Tehilim

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