Des violences accompagnent le mouvement lycéen en France. À Bruxelles, des écoles se mobilisent et des groupes violents frappent en marge du cortège du 9 octobre 2026. Une revendication peut-elle devenir juste en détruisant ? La paracha Noa’h pose cette question à sa racine : lorsque D-ieu annonce le Déluge, la terre est déjà corrompue par les hommes. Le Ramban explique pourquoi aucune société ne peut ignorer sa responsabilité envers autrui.
France et Bruxelles : des revendications aux violences
En France, la mobilisation lycéenne s’accompagne de blocages, mais aussi d’agressions et de dégradations. Dans son bilan judiciaire du 9 octobre, le ministère de la Justice recense des atteintes aux personnels scolaires et aux forces de l’ordre, ainsi que des dommages aux établissements et au mobilier urbain. Il distingue expressément ces violences de l’expression légitime des revendications. Cette distinction doit guider le jugement des actes.
À Bruxelles, le mouvement gagne également les écoles. Le 7 octobre, le reportage de BX1 sur onze établissements bloqués décrit notamment une mobilisation pacifique à l’Athénée Charles Janssens. Le 9 octobre, lors du défilé contre la rigueur budgétaire, l’AFP rapporte des incendies et des affrontements en marge du cortège. La police précise que ces troubles ne sont pas liés aux revendications ni au déroulement de la manifestation syndicale.

Les difficultés scolaires existent. Le gouvernement français reconnaît lui-même, dans les cinq chantiers annoncés pour les lycées, les cours non assurés, les locaux dégradés et les journées trop longues. Réclamer des moyens, discuter une réforme, manifester pacifiquement relèvent du débat public. Mais incendier un équipement collectif ou agresser un enseignant impose un dommage à ceux qui n’ont pas décidé la politique contestée. La colère ne supprime pas cette responsabilité.
Dans la paracha Noa’h, la corruption précède la catastrophe
Le récit du Déluge commence par un diagnostic, Béréchit (6, 11-12). La terre est corrompue devant D-ieu et remplie de חמס, terme que les commentateurs éclairent par le vol et l’oppression. Puis D-ieu annonce à Noa’h la fin de toute chair, parce que la terre est remplie de cette violence à cause des hommes, Béréchit (6, 13). Les eaux n’ont pas encore recouvert le monde : sa corruption est déjà constatée.
Le texte emploie la même racine hébraïque pour la corruption de la terre, l’altération des conduites humaines et la destruction annoncée. Il rattache ainsi le jugement divin à une dégradation préalable. Une société peut continuer à fonctionner tout en perdant la règle qui permet aux hommes de vivre ensemble : le respect de l’autre et de ce qui lui appartient. La ruine matérielle rend visible une faillite morale qui la précède.
Noa’h n’invente pas ce diagnostic pour condamner ses contemporains. Il est déjà présenté comme juste, Béréchit (6, 9), lorsque D-ieu lui expose la gravité du mal et lui donne ses directives. Il apprend du Créateur pourquoi ce monde ne peut continuer ainsi et ce qu’il doit préserver. Rapprocher ce récit de notre actualité consiste à examiner nos conduites ; cela ne permet pas d’annoncer un châtiment divin contre des manifestants.
Nul n’a besoin d’un prophète pour savoir que voler est injuste
Le Ramban, sur Béréchit (6, 13), interprète ce terme comme le vol et l’oppression. Reprenant Sanhédrin (108a), il rappelle que le décret contre la génération du Déluge fut scellé à cause du vol. Pourquoi cette faute tient-elle une telle place ? Parce que son interdiction est intelligible à la raison : les hommes n’ont pas besoin d’un prophète pour être avertis de son injustice. Elle lèse à la fois D-ieu et les créatures.
Cette explication retire un alibi décisif. Une personne peut discuter une décision, se sentir abandonnée ou contester une autorité ; elle sait néanmoins que le bien de son voisin ne lui appartient pas. La souffrance peut expliquer une colère. Elle ne transfère aucun droit sur le corps, le travail ou les biens d’autrui. Le Ramban situe ici une exigence accessible à tous, que le vocabulaire d’un mouvement ne peut abolir.
L’oppression comporte justement cette substitution : ma force ou ma cause déciderait de ce que l’autre doit subir. Celui qui prétend réparer une injustice peut alors en créer une nouvelle, tout en se croyant innocent. Dans le rapprochement proposé ici, le point commun concerne cette défaillance du jugement moral. La comparaison ne porte ni sur l’ensemble des lycéens ni sur une équivalence entre notre époque et la génération du Déluge.
Le faux progrès promet des droits et efface les devoirs
Une idéologie progressiste devient démagogique lorsqu’elle distribue l’innocence avant d’examiner les actes : le camp qui s’affirme victime aurait toujours raison, l’autorité serait toujours coupable, l’héritage toujours suspect. C’est le mécanisme étudié dans notre analyse du ressenti érigé en verdict. Appliqué aux violences, il permettrait de rebaptiser une agression en résistance et d’écarter les victimes concrètes au nom d’une injustice générale.
Une civilisation occidentale qui transmet l’instruction, la liberté de débattre et la responsabilité devant une règle commune dépend d’institutions fragiles. Détruire une école attaque les conditions mêmes de l’émancipation invoquée. Apprendre à mépriser tout héritage sans distinguer ce qui doit être corrigé de ce qui doit être transmis prive la jeunesse de critères. La démagogie flatte sa colère, puis lui laisse les bâtiments abîmés et les relations brisées.

L’exigence vaut également pour les gouvernants. La paracha Choftim rappelle la soumission du pouvoir à la loi. En France, une enquête a été ouverte après la blessure d’un lycéen à Marseille. Ses conclusions devront établir les responsabilités. Protéger l’autorité suppose qu’elle réponde de ses actes. La même règle oblige chacun ; aucun camp ne reçoit une dispense morale.
Les directives du Créateur demandent à Noa’h de construire
D-ieu ordonne à Noa’h de bâtir une arche, Béréchit (6, 14). Il lui donne des dimensions, une organisation et une mission de préservation. La réponse de Noa’h est un travail précis, accompli selon ce qui lui a été commandé, Béréchit (6, 22). Sa conscience du mal se traduit par une obligation envers l’avenir. Il doit rendre possible la continuité de la vie.
Rachi, sur Béréchit (6, 14), explique que la construction visible de l’arche devait susciter les questions des contemporains de Noa’h et leur laisser la possibilité de revenir de leurs fautes. Cette lecture du commentaire ajoute au sauvetage une fonction d’avertissement. Dénoncer le mal conserve un sens lorsque l’on souhaite encore le changement de ceux qui le commettent. La haine les enferme dans leur faute ; l’avertissement leur ouvre une issue.
Cette responsabilité concerne particulièrement les adultes qui accompagnent une jeunesse inquiète. Transmettre une limite exige de reconnaître sa difficulté, puis de l’aider à agir sans léser autrui. Le cours du Rav Nathan Mrejen sur l’équilibre des forces éducatives permet de poursuivre cette réflexion. Une éducation qui évite toute contrariété abandonne précisément l’enfant au moment où il doit apprendre à répondre de ses actes.
Vérité et paix : la mission commune après le Déluge
Après le Déluge, l’alliance concerne Noa’h, ses descendants et les êtres vivants, Béréchit (9, 9-10). L’interdit de verser le sang humain est rattaché à l’image de D-ieu, Béréchit (9, 6). La dignité d’une personne précède donc son accord avec nous. Nous pouvons désapprouver sa politique ou sa conduite sans disposer de sa vie, de ses biens ou de son avenir.
La vérité oblige à nommer les faits ; la paix demande d’en tirer une réparation qui permette de vivre ensemble. La recherche d’un compromis honnête appartient à cette tâche : elle ne consiste pas à obtenir une concession par l’intimidation. Dans une école, cela signifie entendre les demandes, rétablir les cours, protéger les personnes et réparer les dégâts. Chaque engagement doit pouvoir être vérifié.
La paracha Noa’h place ainsi notre interrogation au bon endroit : que faisons-nous du monde confié à notre responsabilité ? Le Créateur révèle à Noa’h la faillite des hommes et lui commande de préserver la vie. Une société progresse lorsqu’elle apprend à ses citoyens à chercher la vérité, à respecter autrui et à construire la paix. Quand une idéologie autorise la haine et la destruction au nom du progrès, elle compromet cette mission.
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