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Le premier ministre anglais Ed Milliband : haine de soi et ridicule

Au congrès du Labour, Ed Miliband rappelle le destin de sa famille juive, marquée par la Shoah, avant de défendre des sanctions visant les implantations israéliennes. Entre mémoire familiale, pression militante et diplomatie britannique, son discours soulève une question délicate : où s’arrête la critique légitime d’Israël et où commence l’instrumentalisation politique de l’identité juive ?

Le premier ministre anglais Ed Milliband : haine de soi et ridicule
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À la cour des nations, la voix d’un Juif qui accuse Israël peut rendre une décision bien plus confortable à applaudir. C’est le rôle que désigne, avec sa brutalité, l’expression Juif de service. À Liverpool, le 28 septembre 2026, Ed Miliband s’est avancé sur cette ligne dangereuse. 

Un fils de réfugiés dans le rôle du procureur

Au congrès du Labour, le 28 septembre 2026, Ed Miliband ouvre son discours par le destin de ses parents, deux réfugiés du nazisme. Il raconte notamment que sa mère, cachée pendant son enfance en Pologne, a survécu alors que soixante membres de sa famille ont été tués. Plus loin dans son intervention, lorsqu’il aborde Israël et la Palestine, il condamne le massacre du 7 octobre, critique la politique du gouvernement Netanyahou et s’adresse aux personnes mobilisées pour les Palestiniens : Nous vous entendons. Vous aviez raison.

Son gouvernement promet désormais d’écarter du marché britannique les produits des implantations de Judée-Samarie. Ce n'est qu'après avoir annoncé ces sanctions que Miliband rappelle qu'Israël a accueilli sa grand-mère après la Seconde Guerre mondiale. Son intervention associe ainsi l'histoire de sa famille, son attachement déclaré à l'existence d'Israël et la politique de sanctions qu'il défend. Ce rapprochement mérite d'être examiné, notamment dans un congrès où la question palestinienne mobilise une partie des militants travaillistes.

Miliband défend-il une politique qu’il juge juste, ou laisse-t-il l’histoire de sa famille servir un parti pressé de reconquérir ses militants ?

Ed Miliband prononçant un discours à la tribune de la Chambre des communes du Parlement britannique.
Ed Miliband lors d'une intervention parlementaire à la Chambre des communes, devant les députés

La critique porte sur cette construction publique. Le 8 septembre, devant les Communes, Miliband se disait fier d’être un Juif britannique, reconnaissant à Israël d’avoir accueilli sa grand-mère après la Shoah. Il défendait son droit à l’existence, condamnait l’antisémitisme et rejetait le boycott général d’Israël. Ces paroles empêchent d’établir sa haine de soi comme un fait.

Il condamne le Hamas, puis fait porter à Israël le poids des souffrances

Miliband condamne le massacre du 7 octobre 2023 et reconnaît le droit d’Israël à se défendre. Dans la phrase suivante, il attribue au gouvernement Netanyahou les souffrances à Gaza et en Cisjordanie, sans examiner ce que les choix du Hamas ont fait peser sur les civils palestiniens. L’hypocrisie de cette formule tient à son apparence d’équilibre : l’horreur commise contre les Israéliens est reconnue, puis elle ne compte plus lorsqu’il faut expliquer la guerre. Israël doit répondre de ses décisions militaires, et les souffrances palestiniennes exigent d’être examinées sans détour. Londres devrait appliquer la même rigueur aux responsabilités du Hamas, aux garanties de sécurité qu’elle propose aux Israéliens et à la protection des Juifs dans son propre pays, avant de distribuer ses leçons.

Illustration d’Israël isolé au centre d’une assemblée internationale, entouré de diplomates accusateurs, tandis que des scènes de terrorisme et de guerre apparaissent en arrière-plan.
Israël face aux accusations internationales : une illustration générée par IA des contradictions diplomatiques et de la dénonciation sélective des violences au Moyen-Orient.

La compassion pour les familles palestiniennes ne nous impose pas de ratifier chaque qualification utilisée par Londres. Inversement, rappeler le 7 octobre ne permet pas d’écarter une enquête sur les décisions de l’armée ou du gouvernement israélien. La faiblesse du discours tient à son passage rapide d’un principe humanitaire que personne ne devrait contester à une politique présentée comme la seule traduction possible de ce principe. Dans une salle de congrès, la formule « vous aviez raison » clôt un débat que les faits, eux, obligent à poursuivre.

Judée-Samarie : des sanctions qui séduisent la base travailliste 

La mesure annoncée n’est pas un embargo général contre Israël. Dans sa déclaration du 8 septembre aux Communes, Miliband a promis d’interdire les importations issues des implantations et de viser certains acteurs du financement ou de la construction ; il prévoyait alors une mise en place législative sous six à neuf mois et maintenait les échanges avec Israël à l’intérieur de la ligne verte. La Cour internationale de Justice (trop tendancieuse lorsqu'il s'agit d'Israël d'ailleurs) a, dans son avis consultatif de juillet 2024, demandé aux États de distinguer, dans leurs relations, Israël du territoire occupé depuis 1967. C’est l’objection juridique majeure à toute dénonciation du projet britannique comme une exclusion des Juifs en tant que tels.

Cet avis a toutefois suscité des objections au sein même de la Cour. Dans leur opinion commune, les juges Tomka, Abraham et Aurescu ont notamment contesté la place accordée aux garanties de sécurité d'Israël et aux accords d'Oslo dans le raisonnement de la majorité. La vice-présidente Sebutinde a également remis en cause l'équilibre de l'examen historique et juridique du conflit.

La réponse d’Israël ne peut nier cet argument. Elle peut interroger les conséquences d’une sanction géographique sur des familles, des entreprises et des travailleurs, ainsi que les garanties sécuritaires prévues par Londres. Univers Torah a déjà examiné l’interdiction commerciale et le problème des garanties de sécurité. Ici, la question est celle du ministre qui offre à cette décision la force de son histoire juive.

Le discours répond aussi à une pression intérieure mesurable. Parmi 1 036 adhérents travaillistes interrogés en mai 2026 via le lectorat de LabourList, Survation relevait 87 % de soutien à l’interdiction des produits des implantations. Une enquête YouGov menée avant les élections de 2024 montrait déjà que Gaza pesait dans le choix d’une partie des électeurs d’origine pakistanaise ou bangladaise et de ceux attirés par les Verts. Ce sont des données sur des groupes et des périodes définis, pas la preuve que Miliband cherche personnellement à acheter un vote. Elles rendent néanmoins intelligible le bénéfice politique d’un « vous aviez raison » prononcé devant la base travailliste. Les électeurs musulmans ne forment pas un bloc, et l’indignation devant Gaza ne signifie pas l’hostilité aux Juifs.

Iran et antisémitisme : Londres devrait aussi regarder chez elle 

Hillel Neuer, directeur d’UN Watch, a reproché à Miliband sa rencontre avec Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, à New York. La photographie d’une rencontre diplomatique ne suffit pourtant pas à prouver une complaisance : Londres a également annoncé de nouvelles sanctions contre l’Iran, et le ministre a publiquement évoqué les menaces iraniennes contre les Juifs britanniques. Ces éléments apportent un contexte à la critique formulée par Neuer, sans régler la question des effets diplomatiques de cette rencontre. Cela n’interdit pas de demander si la vigilance revendiquée contre l’antisémitisme agit avec la même constance dans le langage du gouvernement sur Israël.

Hillel Neuer en tant que Chairperson lors d'une conférence avec les logos de l'ONU en arrière plan
Hillel Neuer s'exprimant lors d'une session officielle à l'ONU.

La question n’a rien d’abstrait. Le Community Security Trust a recensé 1 926 incidents antisémites au Royaume-Uni au premier semestre 2026, dont 787 liés par leur langage ou leur contexte à Israël, à la Palestine ou à la guerre, avec un élément antijuif établi par l’organisme. Ce chiffre ne transforme pas chaque critique d’Israël en antisémitisme. Il indique pourquoi les responsables britanniques doivent veiller aux effets de leurs mots. Univers Torah a documenté la façon dont des institutions juives européennes sont devenues des cibles pour des réseaux liés, selon Londres, à l’Iran.

Ce que Dreyfus enseigne, et ce qu’il ne prouve pas

Alfred Dreyfus avait servi l’armée française ; cela ne l’a pas protégé de la fausse accusation de trahison et d’une campagne antisémite. Univers Torah revient sur cette affaire. Dreyfus n’était ni un dirigeant qui condamnait Israël, ni un homme cherchant à gagner des applaudissements en rejetant son peuple. En faire le sosie de Miliband inverserait les rôles : Dreyfus était la victime d’une injustice.

Sa leçon est ailleurs. Aucune démonstration de loyauté civique, aucun palmarès des contributions juives à la civilisation ne garantit que le préjugé disparaîtra. La valeur des Juifs ne dépend pas du certificat de bonne conduite que délivrerait une majorité politique.

La Torah autorise la critique et interdit de rompre le lien

La paracha Kedochim place dans un même verset deux exigences que la polémique voudrait séparer :

Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur ;
tu reprendras ton prochain (Vayikra 19, 17).

Dans son commentaire de ce verset, le Ramban explique que la réprimande ouvre la possibilité d’une explication et empêche la haine de s’installer silencieusement. Critiquer une décision d’Israël n’est donc pas, en soi, trahir Israël. Mais transformer une critique en désaveu du droit des siens à vivre en sécurité serait une faute d’un autre ordre. Cette distinction oblige Miliband à expliquer les conséquences de ses sanctions ; elle nous oblige, nous aussi, à réfuter sa politique sans décréter sa conversion ou son exclusion du peuple juif.

Rav Jonathan Sacks rappelait, dans sa réflexion sur l’identité particulière et la solidarité universelle, que le judaïsme tient ensemble la responsabilité envers l’humanité et la fidélité à une histoire singulière. La douleur d’un enfant palestinien commande de ne jamais banaliser sa vie. La sécurité d’un enfant juif ne devient pas négociable pour obtenir l’approbation d’une salle. Un ministre qui convoque les morts de sa famille pour défendre des sanctions visant des communautés israéliennes doit affronter cette double exigence devant tous, y compris devant ceux qui l’applaudissent. La pensée juive ne lui demande pas de taire les souffrances d’autrui. Elle lui demande de ne jamais faire de la mémoire d’Israël le prix d’entrée de sa respectabilité politique.

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