Ils arrivent avec de grandes valises, quelques sacs posés sur les chariots et souvent des enfants qui regardent autour d’eux sans très bien comprendre pourquoi les adultes sont aussi émus. À l’aéroport Ben Gourion, une arrivée d’Alya ressemble toujours un peu à un déménagement, un peu à une réunion de famille et beaucoup à un commencement.
Le 27 août, environ 150 nouveaux immigrants venus des États-Unis et du Canada sont arrivés en Israël sur six vols. Selon les chiffres communiqués par Nefesh B’Nefesh et rapportés par le Jerusalem Post, plus de 1 100 Nord-Américains ont fait leur Alya en août 2026. Nefesh B’Nefesh a annoncé qu’il s’agissait de son meilleur résultat mensuel depuis la création de l’organisme.
Un record composé de familles
Selon les données publiées par The Jerusalem Post, environ 2 300 immigrants nord-américains sont arrivés durant l’été 2026. Près de 2 700 ont fait leur Alya depuis le début de l’année et plus de 4 000 sont attendus avant la fin décembre. Parmi eux se trouvaient notamment sept familles appartenant à la communauté juive persane de Great Neck, dans l’État de New York.
Ces chiffres sont impressionnants, mais ce sont les visages qui m’intéressent. Une Alya ne se résume jamais au nombre de passagers enregistrés. Chaque personne arrive avec un appartement qu’elle a quitté, un travail abandonné ou transformé, une école à retrouver pour les enfants et des proches restés de l’autre côté de l’océan.
Certaines familles préparent ce départ depuis plusieurs années. D’autres ont décidé plus rapidement. Les motivations ne sont pas toutes identiques : le désir d’élever les enfants en Israël, la proximité de la famille, la recherche d’une vie juive plus naturelle ou simplement le sentiment que le moment est venu. Il serait donc trop facile de réduire ces arrivées à une seule explication politique ou à la seule progression de l’antisémitisme.

Illustration représentant l’arrivée d’une famille faisant son Alya
À leur arrivée, les nouveaux immigrants reçoivent une carte d’identité provisoire, accomplissent leurs premières formalités et rejoignent parfois un logement qu’ils n’ont encore vu qu’en photographie. Les enfants, eux, observent surtout les panneaux en hébreu, les soldats dans l’aéroport et les membres de la famille venus les accueillir. Pour eux aussi, cette journée restera longtemps une frontière entre deux vies.
En 1997, mes propres valises
En voyant les images de ces familles, je me suis souvenu de ma propre Alya en 1997. On croit parfois que la grande décision consiste à monter dans l’avion. En réalité, l’aventure commence lorsque les portes de l’aéroport s’ouvrent et que l’on comprend que l’on ne rentre pas de vacances.
Il faut chercher un logement, ouvrir des dossiers, inscrire les enfants, apprendre les mots que personne ne vous avait enseignés et découvrir l’hébreu administratif, qui semble parfois constituer une langue à lui tout seul. Il faut aussi comprendre les autobus, les horaires, les habitudes du quartier et la manière israélienne de vous expliquer, avec beaucoup d’assurance, que votre problème sera réglé demain.
Il y a des moments très heureux et d’autres plus fatigants. On peut aimer profondément Israël et trouver malgré tout certaines journées difficiles. L’Alya ne supprime ni les soucis matériels ni les inquiétudes. Elle demande du temps, de la patience et surtout des personnes capables d’accompagner les nouveaux arrivants lorsque l’enthousiasme des premières semaines rencontre la vie quotidienne.
Univers Torah a déjà raconté l’Alya des Juifs d’Éthiopie, ainsi que l’arrivée des Bnei Menaché en Israël. Ces histoires sont très différentes, mais elles ont un point commun : arriver constitue une étape ; trouver sa place en constitue une autre.
Bienvenue, et maintenant commence la vraie vie
Ce record d’août 2026 est donc une bonne nouvelle, mais aussi une responsabilité. Ces nouveaux immigrants auront besoin d’écoles, de logements, d’emplois, de voisins patients et parfois d’un simple repas de Chabbat lorsqu’ils ne connaissent encore presque personne.
Les institutions peuvent organiser l’accueil, les cours d’hébreu et les démarches. Mais l’intégration se joue aussi dans des gestes beaucoup plus modestes : expliquer une facture, recommander un médecin, accompagner un parent à l’école ou inviter une famille le vendredi soir. Ce sont souvent ces attentions qui transforment un pays choisi en véritable foyer.
Je regarde ces familles avec beaucoup de sympathie. Je sais qu’elles connaîtront quelques surprises, parfois agréables, parfois moins. Mais je sais aussi le bonheur de voir les enfants prendre leurs repères, parler hébreu plus vite que leurs parents et commencer à appeler tout naturellement Israël leur maison. Bienvenue à eux. Les valises sont arrivées ; la vraie vie peut maintenant commencer.
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