Le renseignement israélien contribue à combattre le terrorisme, ses technologies renforcent la défense européenne et ses opérations ont affaibli des capacités militaires iraniennes. Ces contributions placent ses accusateurs devant une contradiction : comment prétendre défendre la sécurité occidentale tout en effaçant le rôle qu’Israël joue dans sa protection ?
Le 5 octobre 2026, dans un entretien à Fox News rapporté par i24NEWS, Isaac Herzog a affirmé qu’Israël protège l’Occident et le monde libre. Je prends cette proposition au sérieux, parce que les documents occidentaux permettent de l’éprouver. Elle impose une question qui dépasse les préférences diplomatiques : que deviendrait notre sécurité commune si les capacités militaires du régime iranien et de ses alliés pouvaient se développer sans rencontrer la résistance israélienne ? On peut contester une décision israélienne. On doit aussi regarder le danger auquel elle répond et les conséquences de son affaiblissement.
La menace iranienne atteint directement les démocraties européennes
Commençons par les constats des Européens eux-mêmes. Le 16 octobre 2025, le directeur du MI5, le service britannique de sécurité intérieure, annonçait avoir suivi plus de vingt projets soutenus par l’Iran, potentiellement meurtriers, au cours de l’année écoulée. Ce bilan est rappelé dans un compte rendu de Reuters, publié en français par The Times of Israël. Les cibles mentionnées comprennent des dissidents et des journalistes iraniens, ainsi que des personnes liées aux Juifs et à Israël. Londres ne décrivait donc pas un danger théorique, situé quelque part au-delà de la Méditerranée. Il décrivait une menace présente sur son propre territoire.

Le même régime participe à l’effort de guerre russe. Dans son communiqué du 14 octobre 2024, le Conseil de l’Union européenne rappelait avoir qualifié les transferts de missiles balistiques iraniens à la Russie de menace directe pour la sécurité européenne. Il mentionnait aussi les drones iraniens utilisés contre l’Ukraine. Cette qualification vient des institutions européennes. La menace ne devient pas imaginaire lorsque les Israéliens la combattent. Et la sécurité ukrainienne ne cesse pas d’être liée à l’appareil militaire iranien lorsque l’on déplace le regard vers le Moyen-Orient.
L’action israélienne contre ces capacités produit des effets documentés. Après les frappes du 26 octobre 2024, David Albright, ancien inspecteur en désarmement de l’ONU, et Decker Eveleth, analyste associé à CNA, ont identifié sur des images satellitaires des dommages à des bâtiments de production de combustible solide pour missiles balistiques. Leurs analyses distinctes, recueillies par Reuters, sont présentées en français dans The Times of Israël. Eveleth estimait que ces frappes pouvaient entraver fortement la production iranienne. Cela ne permet pas de compter les vies européennes ainsi protégées. Cela documente des dommages à une composante militaire d’un régime que l’Europe identifie elle-même comme dangereux pour sa sécurité.
Les fronts ne sont pas identiques ; les objectifs iraniens et les moyens employés varient. Mais cette diversité ne fait pas disparaître l’acteur commun. Affaiblir sa capacité de coercition concerne aussi ceux qu’il menace ailleurs. Une analyse qui supprime cette conséquence parce qu’elle contrarie son réquisitoire contre Israël cesse d’analyser le rapport de force.
L’Europe bénéficie concrètement de la protection israélienne
Il existe une preuve encore plus tangible. Le 3 décembre 2025, l’armée de l’air allemande a mis en service la première partie de son système Arrow, de fabrication israélienne et développé avec les États-Unis, comme le rapportent The Times of Israël et l’AFP. Sa mission : intercepter des missiles balistiques au-delà de l’atmosphère et renforcer la protection de l’Allemagne et de ses alliés. Cette première capacité était limitée ; elle ne constituait pas encore le déploiement complet du dispositif.

Voilà ce que signifie, dans un cas précis, protéger le monde libre. Une technologie israélienne contribue à défendre des populations européennes contre une menace stratégique. L’Allemagne ne l’a pas acquise pour honorer un récit national : elle l’a choisie pour combler une lacune de défense. La contribution israélienne se mesure ici à une capacité opérationnelle, avec des équipements, des militaires formés et une mission définie.
La coopération antiterroriste apporte un autre exemple concret. En juillet 2017, une alerte israélienne a contribué à l’enquête australienne sur un projet de l’État islamique visant un vol d’Etihad Airways au départ de Sydney. ABC.net rapporte que l’alerte est arrivée le 26 juillet et que les suspects ont été arrêtés le 29. Le renseignement israélien aidait ici des autorités étrangères à neutraliser une menace sur leur territoire.
Les routes commerciales offrent un autre exemple de vulnérabilité commune. Le 19 février 2024, l’Union européenne lançait l’opération navale ASPIDES pour protéger la navigation contre les attaques houthistes. Le Conseil précisait que celles-ci menaçaient la vie de civils et la liberté de circulation maritime. Les houthis n’affectent donc pas uniquement Israël : leur violence impose aux Européens de défendre leurs propres intérêts commerciaux et sécuritaires.

Israël n’assure pas seul cette protection. La coopération américaine et européenne compte, et Arrow lui-même résulte d’un partenariat. Le reconnaître rend la thèse plus solide : nous appartenons à un ensemble d’intérêts de sécurité qui se recoupent. Présenter Israël comme étranger à cet ensemble exige d’effacer une partie des moyens dont l’Occident dispose pour se protéger.
La meilleure objection mérite une réponse nette : contribuer à la sécurité européenne ne tranche pas la légalité de chaque opération israélienne. Il faut examiner l’acte contesté, les preuves et la règle invoquée. Mais cette distinction vaut également dans l’autre sens. Une accusation visant une opération ne suffit pas à annuler la contribution stratégique d’un pays, ni à rendre illégitime sa défense tout entière. Transformer chaque grief en verdict global dispense trop commodément de démontrer le passage de l’un à l’autre.
Le traitement singulier d’Israël est inscrit dans une procédure de l’ONU
La contradiction institutionnelle est tout aussi vérifiable. Le Conseil des droits de l’homme possède un point permanent de son ordre du jour, le point 7, consacré à la situation en Palestine et dans les autres territoires arabes occupés. La résolution 5/1, adoptée en 2007, inscrit cet examen distinct des situations nationales traitées sous le point général consacré aux violations des droits humains.

Cette particularité n’est pas une invention de la diplomatie israélienne. Dans une déclaration rapportée le 26 mars 2017 par The Times of Israël, la mission britannique auprès des Nations unies dénonçait l’attention disproportionnée portée à Israël et le point permanent qui lui était réservé. Le Royaume-Uni avait pourtant soutenu deux des cinq résolutions examinées. Autrement dit, un gouvernement occidental reconnaissait le déséquilibre de l’institution tout en conservant ses critiques de certaines politiques israéliennes.
Comparer les procédures ne revient pas à prétendre que tous les conflits seraient équivalents. Le critère commun est l’examen des droits humains ; la différence démontrée est la place permanente réservée à un conflit particulier. Les autres pays ne sont évidemment pas tous épargnés par l’ONU. Mais l’existence de leurs dossiers ne suffit pas à justifier cette exception. Notre étude sur Israël, l’Iran et les résolutions internationales examinait déjà cette distribution inégale de l’attention diplomatique.
La durée du conflit et ses obligations particulières peuvent justifier un suivi approfondi. Elles ne démontrent pas que ce suivi exige une rubrique permanente distincte du cadre général. C’est ici que l’hypocrisie devient identifiable : l’universalité est proclamée, tandis que la procédure singularise durablement Israël. La justice perd en crédibilité lorsqu’elle organise elle-même une exception au principe qu’elle invoque.
Israël n’a pas à acheter son droit d’exister par les services qu’il rend
Reste l’objection selon laquelle Israël défend avant tout ses propres citoyens. C’est exact. Pourquoi faudrait-il que son action soit désintéressée pour produire un bénéfice partagé ? L’Europe aussi organise sa défense en fonction de ses intérêts. Une contribution à la sécurité commune ne devient pas fictive parce que son auteur en bénéficie le premier.
Je refuse cependant de faire de cette utilité la condition de la légitimité juive. Les Israéliens n’ont pas à démontrer qu’ils protègent Londres ou Berlin pour obtenir le droit de protéger leurs enfants. Leur souveraineté ne saurait dépendre du rendement qu’elle offre aux autres nations. Faire de leur contribution un préalable reviendrait à maintenir les Juifs dans une condition d’admission permanente : prouvez encore votre utilité, puis nous examinerons votre droit à vous défendre.

La paracha Kédochim exige un jugement qui ne favorise ni le faible ni le puissant, Vayikra (19, 15). Cette règle interdit de remplacer l’examen des actes par la préférence pour une catégorie. Elle exige aussi que la puissance d’Israël ne serve pas, à elle seule, à transformer sa défense en culpabilité.
Herzog rappelle donc une contribution réelle. J’en tire une exigence politique : reconnaître cette contribution, examiner les actes selon des critères cohérents et cesser de traiter la sécurité israélienne comme une faveur révocable. Un monde qui bénéficie des capacités de l’État juif doit commencer par lui reconnaître le droit de les employer pour préserver sa propre existence.





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