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Israël à l’ONU : les résolutions de 2025 et la répression en Iran

Alors que Netanyahou s’adresse à l’Assemblée générale, les enquêtes de médecins et de journalistes iraniens révèlent l’ampleur des massacres de janvier. Pourquoi les crises internationales ne reçoivent-elles pas partout la même attention ?

Israël à l’ONU : les résolutions de 2025 et la répression en Iran
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L’Assemblée générale des Nations unies accueille les représentants de gouvernements dont les intérêts, les alliances et les pratiques intérieures divergent profondément. Tandis qu’Israël fait l’objet d’un nombre considérable de résolutions, les enquêtes venues d’Iran documentent un massacre dont le bilan pourrait atteindre plusieurs dizaines de milliers de morts. La visite éclair de Benjamin Netanyahou à New York pose ainsi une question qui dépasse son discours : comment une institution chargée de défendre des principes universels détermine-t-elle les crises auxquelles elle consacre son attention politique ?

L’ONU et Israël : une disproportion qui se mesure

Le traitement réservé à Israël dans les institutions internationales fait l’objet d’une controverse ancienne. Pour l’examiner sérieusement, il faut commencer par les textes et les votes plutôt que par les intentions supposées de leurs auteurs.

Selon le recensement d’UN Watch , l’Assemblée générale a adopté quinze résolutions critiques concernant Israël en 2025, contre onze relatives aux autres pays réunis. L’organisation utilise une classification qui lui est propre et ne recense pas l’ensemble des activités des Nations unies. Cette précision est nécessaire pour comprendre la portée du chiffre, mais elle ne fait pas disparaître la concentration des résolutions sur un seul État.

Danny Danon, représentant d'Israël à l'ONU, s'exprime avec fermeté derrière son pupitre pour dénoncer l'hypocrisie de l'institution.
Le représentant d'Israël à l'ONU, Danny Danon.

Mais une autre question demeure : les mêmes gouvernements manifestent-ils une attention comparable lorsque des civils sont massacrés ailleurs, et les mécanismes internationaux sont-ils capables de transformer leurs condamnations en mesures effectives ?

Le problème est institutionnel autant que politique. À l’Assemblée générale, les résolutions résultent de coalitions entre États. Le poids diplomatique d’une crise dépend de ceux qui la portent, des alliances qu’elle mobilise et des coûts que les gouvernements acceptent d’assumer. La gravité des événements n’est pas le seul facteur qui détermine leur place dans les débats.

Iran : les médecins et les familles révèlent l’ampleur des massacres

La répression des manifestations iraniennes de janvier 2026 offre un cas particulièrement important pour examiner cette difficulté.

Les premières protestations, déclenchées fin décembre 2025 dans un contexte de crise économique, ont progressivement pris une dimension politique nationale. Les journées des 8 et 9 janvier ont été marquées par une répression d’une violence exceptionnelle. Les autorités ont imposé une coupure massive des communications au moment où les forces de sécurité intervenaient dans plusieurs centaines de villes et localités.

Une autre investigation, menée par TIME , apporte un éclairage distinct. Deux hauts responsables du ministère iranien de la Santé ont indiqué que le bilan des 8 et 9 janvier pourrait atteindre 50 000 morts. Le journal a également examiné les informations transmises par le chirurgien irano-allemand Amir Parasta, qui coordonnait la collecte de données auprès de médecins et de personnels hospitaliers en Iran.

Iran : Reza Pahlavi évoque jusqu’à 50 000 morts

Dans une enquête publiée quelques jours plus tard, Sky News rapportait que ce réseau médical estimait à au moins 33 130 le nombre de morts, en tenant compte des zones insuffisamment documentées. Le média précisait ne pas avoir eu accès à l’ensemble des dossiers cliniques permettant une vérification indépendante.

Le visage de cette répression apparaît dans le récit de Sahba Rashtian, une jeune artiste de 23 ans morte après avoir été blessée par balle à Ispahan. TIME a recueilli le témoignage d’un proche décrivant les circonstances de sa mort et de son enterrement. Son histoire appartient à cette documentation humaine qui permet de comprendre ce que les statistiques nationales ne peuvent pas montrer à elles seules.

Les témoignages de médecins recueillis par l’Associated Press décrivent également des agents de sécurité intervenant dans les établissements hospitaliers, intimidant les soignants et empêchant parfois la prise en charge des blessés. Certains médecins ont cherché à dissimuler des patients afin de les protéger.

La difficulté à établir un bilan définitif ne rend donc pas les massacres hypothétiques. Elle tient notamment à l’ampleur des violences, aux obstacles imposés à la circulation de l’information et aux risques encourus par ceux qui témoignent.

De Téhéran à Pékin : la diplomatie à l'épreuve des droits humains

Le président iranien, Massoud Pezeshkian, se présente à New York alors que son pays cherche à défendre sa position dans le conflit régional et dans ses relations avec Washington. Sa présence à l’Assemblée générale lui permet de s’adresser directement aux autres États, comme le font les représentants de gouvernements dont la conduite intérieure est pourtant vivement contestée.

Les différences de traitement apparaissent aussi dans le cas de la Chine. En août 2026, Human Rights Watch décrivait la persistance de l’emprisonnement arbitraire, de la surveillance massive et des restrictions religieuses visant les Ouïgours, population musulmane du Xinjiang. L’Union européenne avait déjà imposé des sanctions en 2021 à des responsables chinois pour leur rôle dans les détentions arbitraires. Il existe donc des réactions internationales, mais elles se heurtent aux intérêts économiques et stratégiques que les États entretiennent avec Pékin.

Erdoğan et le Soudan : ce que les rapports de force font aux droits humains

La Turquie présente une autre contradiction. Recep Tayyip Erdoğan intervient régulièrement dans le débat international sur Israël et les droits des Palestiniens. Dans le même temps, les poursuites contre l’opposition turque, les restrictions imposées à la presse et les arrestations de manifestants font l’objet de rapports documentés. En septembre 2026, Human Rights Watch signalait encore des arrestations et des blocages de comptes appartenant à des organisations de défense des droits fondamentaux. 

Les déclarations d’Erdoğan sur Israël doivent être examinées à partir des faits auxquels elles se rapportent. Les décisions de son propre gouvernement appellent le même examen. Le principe d’universalité perd sa portée lorsque les alliances conduisent à traiter des violations comparables selon des critères différents.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'exprime avec véhémence à la tribune de l'Assemblée Générale des Nations Unies, poing levé.

Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan, à la tribune des Nations Unies. Image générée par la IA pour les besoins éditoriaux. 

Le Soudan fournit un exemple de la difficulté à protéger les populations lorsque les mécanismes internationaux demeurent dépendants de la volonté des États. Dans un rapport sur El-Fasher, Médecins sans frontières a documenté des attaques contre des civils, la persécution de communautés non arabes et des violences sexuelles de grande ampleur. Ces faits ne sont pas ignorés par tous les acteurs internationaux, mais la guerre se poursuit malgré les enquêtes et les initiatives diplomatiques.

Cette différence d’attention avait déjà été soulevée sur Univers Torah à travers l’intervention du militant yéménite Louis Ahmed devant les Nations unies, dans l’article Quand des Arabes tuent des Arabes, personne ne s’en soucie.

La question n’est donc pas de retirer de l’attention aux victimes d’un conflit pour la consacrer à un autre. Elle consiste à déterminer pourquoi la protection des civils dépend si fortement des intérêts politiques qui entourent chaque crise.

Pourquoi Netanyahou revient-il devant une assemblée qui le conteste ?

Benjamin Netanyahou doit prononcer son discours devant l’Assemblée générale ce 24 septembre à 21 heures, heure israélienne. Son cabinet a annoncé plusieurs rencontres bilatérales, notamment avec les dirigeants d’Argentine, de Bolivie, du Paraguay, d’Éthiopie et de Grèce. Aucune rencontre avec Donald Trump ne figure dans le programme rendu public.

Ces démarches s’inscrivent dans un contexte plus large de redéfinition des relations avec Washington, analysé dans notre dossier JD Vance et Israël : Washington veut-il imposer ses conditions ? 

Pourquoi continuer à s’exprimer dans une institution dont une grande partie des membres contestent la politique israélienne ?

Une intervention devant l’Assemblée n’a pas nécessairement pour objectif de modifier immédiatement un vote. Elle permet à un gouvernement de présenter ses arguments, d’inscrire sa position dans les archives diplomatiques et de s’adresser à des publics qui dépassent les délégations présentes dans la salle.

Antonio Guterres s'exprimant à la tribune de l'Assemblée Générale des Nations Unies
Antonio Guterres, le Secrétaire Général, ONU

L’absence éventuelle de certaines délégations pendant le discours relève elle aussi de la communication diplomatique. En septembre 2025, plusieurs représentants avaient quitté la salle au moment où Netanyahou prenait la parole. Ce geste exprimait une protestation, mais ne permettait pas de mesurer l’influence ultérieure de ses propos sur les gouvernements concernés.

L’effet d’un discours international se mesure dans la durée, à travers les relations diplomatiques, les décisions des États et la circulation de ses arguments dans les débats publics. Le contenu de l’allocution de ce soir devra être examiné à partir de ce qu’aura effectivement déclaré le Premier ministre, et non à partir des intentions qui lui sont prêtées avant son intervention.

Israël, la souveraineté retrouvée et l’exigence de justice

Le rapport d’Israël à l’ONU possède une profondeur historique particulière. Le 11 mai 1949, l’Assemblée générale adoptait la résolution 273, portant admission d’Israël aux Nations unies , qui reconnaissait sa qualité d’État membre et son acceptation des obligations de la Charte.

Pour le peuple juif, la souveraineté restaurée en 1948 s’inscrit dans une histoire de dispersion, de persécutions et de transmission d’une identité collective. La Shoah a donné une dimension tragique particulière à la question de la protection des Juifs, mais l’existence de l’État d’Israël s’inscrit aussi dans la continuité historique, culturelle et religieuse du peuple juif sur sa terre ancestrale.

Cette histoire éclaire l’importance accordée en Israël aux questions de sécurité et d’autodétermination. Elle n’exempte aucun gouvernement de ses obligations juridiques, pas davantage qu’elle n’autorise à traiter l’existence de l’État juif comme une question pouvant être remise en cause à chaque désaccord diplomatique.

Justice, vérité et paix : les trois fondements de la pensée juive

La tradition juive offre un éclairage supplémentaire sur la relation entre vérité, justice et paix. Dans les Pirkei Avot, les Maximes des Pères, Rabban Chimon ben Gamliel enseigne que le monde repose sur trois fondements : על הדין ועל האמת ועל השלום, la justice, la vérité et la paix. Il s’appuie sur le verset de Zekharia 8,16, qui demande de rendre des jugements fondés sur la vérité et orientés vers la paix.

Dans son commentaire de cette Michna, le Rambam, Maïmonide, explique que le Dine (la justice), la justice, désigne notamment la conduite équitable de la cité. La vérité relève des qualités intellectuelles et la paix des qualités morales. Ces trois dimensions concourent à l’ordre de la vie humaine.

L’ONU face à l’exigence d’une justice universelle

Cette lecture donne un contenu précis à l’universalité morale. La justice exige des règles applicables aux situations comparables. La vérité impose de distinguer les faits documentés des accusations et des déclarations politiques. La paix suppose que les institutions ne se contentent pas de produire des textes, mais cherchent aussi les conditions permettant de protéger les populations et de régler les conflits.

C’est sur ce terrain que se rencontrent les questions soulevées par Israël à l’ONU et celles des victimes iraniennes. Les familles qui réclament la vérité sur les massacres de janvier attendent des institutions internationales qu’elles contribuent à établir les responsabilités. Les Israéliens, de leur côté, attendent que leur sécurité, leurs droits et leurs obligations soient examinés selon des principes cohérents.

La résilience d’Israël, une souveraineté forgée par l’histoire

Soixante-dix-huit ans après sa création, Israël continue d’exercer sa souveraineté dans une région marquée par des menaces militaires et des conflits politiques. Sa résilience historique ne dispense pas d’une réflexion sur les choix de ses gouvernements, mais elle explique la place que la capacité de décider de son avenir occupe dans la conscience nationale.

Le discours de Netanyahou s’inscrit dans cette histoire. Au-delà de la confrontation diplomatique du jour, la question qui demeure pour les Nations unies est celle de leur capacité à appliquer les principes qu’elles proclament, y compris lorsque les États les plus influents auraient intérêt à les traiter différemment.

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