Depuis le massacre du 7 octobre 2023, Israël affronte une guerre sur plusieurs fronts, le terrorisme, les familles endeuillées et le traumatisme de toute une nation. Mais ce peuple, que les persécutions, les exils et les empires n’ont jamais réussi à faire disparaître, continue de combattre, de bâtir et de transmettre, refusant que ses ennemis décident de son avenir.
La Torah éclaire cette résistance exceptionnelle : la survie d’Israël n’est pas seulement une victoire sur l’Histoire, elle témoigne d’une fidélité millénaire à une alliance, une terre et une destinée que les siècles n’ont pu effacer.
La haine d’Israël traverse les siècles, mais ne raconte jamais toute l’histoire
La Haggada de Pessa’h formule ce vertige sans détour :
שֶׁבְּכָל דּוֹר וָדוֹר עוֹמְדִים עָלֵינוּ לְכַלּוֹתֵנוּ,
À chaque génération, on se dresse contre nous pour nous anéantir.

L’Égypte de Pharaon, le projet d’Haman, les persécutions de l’Europe chrétienne et l’entreprise génocidaire nazie n’ont ni les mêmes doctrines ni les mêmes circonstances. Leurs différences sont considérables. Mais pourquoi l’existence juive a-t-elle si souvent été perçue comme une présence à supprimer ?
Hamas et Hezbollah : la disparition d’Israël figure dans leurs propres textes
Cette menace n’est pas une construction de la peur israélienne. Le document politique publié par le Hamas en 2017, malgré son vocabulaire moins ouvertement antisémite que la charte de 1988, refuse explicitement la légitimité de l’État d’Israël et revendique la libération de toute la Palestine entre le Jourdain et la Méditerranée. Le programme fondateur du Hezbollah de 1985 annonce, quant à lui, que sa lutte ne prendra fin qu’avec l’effacement de l’entité israélienne.
Ces textes permettent de juger les intentions proclamées de ces organisations, sans attribuer leurs objectifs à tous les Palestiniens, aux Libanais ou aux musulmans. Israël affronte des mouvements armés et des idéologies déterminés à le combattre, non une religion entière. Refuser les amalgames n'autorise pas à minimiser leurs menaces, ensuite mises en actes.
Le 7 octobre a révélé le prix tragique d’une menace sous-estimée
Le 7 octobre 2023, les terroristes du Hamas et d’autres groupes armés ont massacré environ 1 200 personnes en Israël et emmené 251 otages à Gaza, selon le bilan rappelé par Reuters au troisième anniversaire. Des familles ont été assassinées chez elles ; des jeunes ont été tués au festival Nova ; des localités entières ont été frappées. Ce crime ne fut pas seulement une attaque contre une armée. Il visa la vie quotidienne des Juifs dans leur propre pays.

La blessure fut aussi psychologique : les Israéliens avaient bâti un État précisément pour ne plus dépendre de la seule bonne volonté d’autrui. Et voilà que des citoyens furent livrés, pendant des heures, à une violence que leur pays n’avait pas su empêcher. La foi ne demande pas de nier cette faillite. Au contraire, elle oblige à reconnaître les erreurs, à secourir les victimes et à restaurer une responsabilité publique digne de leur sacrifice.
Israël après le 7 octobre : trois ans de guerre sur plusieurs fronts
De Gaza au Liban, des attaques venues d’Iran aux menaces liées aux Houthis du Yémen, la guerre a débordé le théâtre initial. Dans son bilan publié en octobre 2026, Tsahal décrit un affrontement sur sept fronts et reconnaît sa défaillance du 7 octobre. Les données d’ACLED signalent une baisse de la violence depuis certains cessez-le-feu, sans disparition des affrontements.
Israël a enterré des soldats, soigné des blessés, accueilli des évacués et vécu l’angoisse des familles d’otages. Mais ses villes fonctionnent, ses enfants apprennent, ses réservistes combattent. L’interception d’innombrables projectiles, la mobilisation des soignants et la solidarité de communautés entières ont sauvé des vies.

Si la maîtrise technique et le courage des hommes expliquent les résultats concrets sur le terrain, le croyant, lui, y voit surtout l’action et la main de la Providence. Pour autant, ce regard spirituel ne masque pas la réalité : il n’efface ni les échecs, ni le lourd tribut humain payé dans la guerre.
Le Maharal explique pourquoi l’alliance avec Israël ne peut être abolie
Le Maharal de Prague, dans le Netsa’h Israël (chapitre 11), établit une distinction décisive entre l’individu et la collectivité d’Israël, le klal Israël. La destinée d’un individu est soumise aux blessures, aux fautes et à la mort. L’alliance conclue avec les Patriarches, elle, engage un peuple à travers le temps ; elle ne se résume pas à la somme des destins individuels. Le Maharal explique ainsi pourquoi l’exil n’a pas annulé l’attachement fondamental entre Dieu et Israël.
La Torah avait déjà donné cette clef :
וְאַף גַּם זֹאת בִּהְיוֹתָם בְּאֶרֶץ אֹיְבֵיהֶם לֹא מְאַסְתִּים ... לְכַלֹּתָם,
Même lorsqu’ils seront dans le pays de leurs ennemis, Je ne les rejetterai pas ... au point de les anéantir Vayikra (26, 44).
La promesse ne dit pas que l’histoire sera sans larmes. Elle affirme qu’aucune catastrophe n’a le pouvoir de révoquer définitivement l’alliance.
C’est précisément pourquoi il serait indécent de répondre à une mère endeuillée que la survie collective compense la mort de son enfant. Le Maharal permet de comprendre la continuité du peuple sans réduire les pertes humaines à des détails secondaires.
Le Gardien d’Israël : la Providence divine face à la guerre
Le Psalmiste proclame :
הִנֵּה לֹא־יָנוּם וְלֹא יִישָׁן שׁוֹמֵר יִשְׂרָאֵל,
Voici, le Gardien d’Israël ne sommeille ni ne dort Téhilim (121, 4).

L’expression n’implique pas qu’aucun ennemi ne pourra tuer. Elle dit que l’existence d’Israël ne disparaît jamais du regard divin, même lorsque ce regard demeure incompréhensible aux hommes.
Le même Tanakh déclare :
Si l’Éternel ne garde la ville, c’est en vain que veille le gardien Téhilim (127, 1).
Mais le verset parle bien d’un gardien qui veille. La Torah ne commande pas de laisser les portes ouvertes au nom de la confiance. Nos maîtres enseignent qu’on ne compte pas sur le miracle Pessa’him (64b). Protéger une frontière, entraîner des soldats, rechercher les responsables d’une défaillance et sauver les vies sont des devoirs, non des concessions faites à un manque de foi.
La Providence, dans cette perspective, ne remplace ni les décisions humaines ni le courage du combattant. Elle les oblige à une gravité supérieure : on n’abandonne pas le peuple que l’on croit confié à sa responsabilité.
Depuis 1948, le peuple juif ne survit plus seulement : il reconstruit son avenir
Le 14 mai 1948, après la Shoah et des siècles sans souveraineté nationale, l’État d’Israël fut proclamé ; la guerre suivit immédiatement, comme le rappelle la Bibliothèque nationale d’Israël. L’extraordinaire n’est pas seulement qu’un peuple persécuté ait survécu. C’est qu’il ait rétabli une vie politique, une langue publique, des maisons d’étude, des universités, des hôpitaux, une armée et des générations nées sur leur terre.

Après trois années terribles, il faut regarder Israël sans naïveté, mais sans oublier ce qui se déploie sous nos yeux : des familles retournent là où elles ont eu peur, des communautés enterrent leurs morts et entreprennent de relever leurs maisons, des soldats reprennent une existence civile qu’ils ont suspendue pour défendre leurs proches. Ce sont des réalités humaines. La foi peut y discerner davantage, sans prétendre démontrer le Ciel par une statistique.
Les ennemis d’Israël peuvent préparer d’autres attaques, et la vigilance doit rester entière. Ils peuvent infliger des blessures profondes. Mais ils n’ont pas obtenu le pouvoir de déterminer la fin de notre histoire. Voilà ce que la Haggada enseigne quand elle poursuit : « וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַצִּילֵנוּ מִיָּדָם », « Et le Saint, béni soit-Il, nous délivre de leurs mains ». Depuis trois mille ans, Israël continue d’écrire la phrase suivante.
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