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Arabie saoudite : le rejet d’Israël qui fragilise Riyad

Des avions israéliens pour le rapatriements des passagers juifs, refusés à Tabuk, des discussions sur le renseignement contre les Houthis : le paradoxe saoudien et la leçon des trois préparatifs de Yaakov.

Arabie saoudite : le rejet d’Israël qui fragilise Riyad

Le refus saoudien d’un rapatriement par des avions israéliens révèle une contradiction : pourquoi tenir Israël à distance alors que les Houthis frappent le royaume et que des discussions portent déjà sur une assistance israélienne ? La question engage sa liberté stratégique.

Le 30 septembre, le vol Flydubai FZ1073 reliant Dubaï à Tel-Aviv a atterri à Tabuk après une violente crise à bord. Les passagers sont sains et saufs. Mais leur retour soulève une difficulté politique : selon i24NEWS, les propositions d’El Al et de Tsahal pour les récupérer ont été refusées. Channel 14 rapporte que trois Hercules étaient prêts. Une solution par Flydubai est privilégiée.

Avion ElyDubai en train d'atterrir à l'aéroport de Ben Gourion
Photo d'archive d'un avion de la compagnie Flydubai en train d'atterrir à Ben Gourion

Pourquoi certains dirigeants sunnites restent-ils plus embarrassés par une coopération visible avec Israël que par les concessions exigées par leurs adversaires ? Qu’espèrent-ils obtenir en ménageant des acteurs qui les attaquent ? À quel moment la prudence tourne-t-elle à la stupidité stratégique, lorsque la peur d’une photographie aux cotés d'Israéliens, finit par réduire les moyens de se protéger ? Ces questions concernent des choix de gouvernement. Elles deviennent pressantes quand Israël est tenu à distance malgré des intérêts de sécurité communs.

Une aide envisageable, une présence gênante

Le paradoxe repose sur un élément concret. Le 15 septembre, le Jerusalem Post, citant des interlocuteurs diplomatiques régionaux, rapportait des discussions entre Israël et l’Arabie saoudite, par l’intermédiaire du commandement américain CENTCOM, sur une assistance en renseignement contre les Houthis. Cette information décrit des échanges susceptibles d’améliorer la défense du royaume. Elle ne permet pas de connaître l’étendue d’une coopération effective.

Champ pétrolier en feu en Arabie Saoudite
Un missile tiré par les Houthis a touché une installation pétrolière à Djeddah en Arabie Saoudite

Dans ce contexte, refuser un avion chargé de récupérer des civils interroge. Riyad peut invoquer sa souveraineté, l’absence de relations diplomatiques et les contraintes particulières d’un appareil militaire. Pourtant, un accord ponctuel, encadré, n’aurait engagé aucune reconnaissance générale. Le refus rapporté d’une proposition civile d’El Al élargit d’ailleurs la question au-delà des précautions militaires.

Mais soyons lucides sur ce qui se joue vraiment. Face à l'urgence absolue d'un sauvetage ou d'un rapatriement d'otages et de passagers, tous ces prétendus protocoles et carcans administratifs devraient voler en éclats. S'accrocher à de telles formalités quand des vies humaines sont suspendues à un fil révèle une défaillance morale profonde. Encore une fois, une frange du monde sunnite démontre par ce genre d'attitude une lâcheté abyssale et cette haine obsessionnelle d'Israël qui finit toujours par primer, même sur l'élémentaire décadence humanitaire.

Les Saoudiens ont accueilli le vol en difficulté ; ils ne refusent donc pas toute assistance aux Israéliens. Mais accepter les bénéfices possibles d’un partenaire tout en maintenant sa présence publique sous suspicion affaiblit la confiance. Une coopération utile exige que chacun puisse expliquer pourquoi elle sert son intérêt.

Pourtant, inversons un instant les rôles pour mesurer l'hypocrisie de la séquence. Si des citoyens saoudiens ou des ressortissants de la région s'étaient retrouvés en détresse entre les mains d'Israël, ils auraient été reçus comme des princes, accueillis sans la moindre barrière bureaucratique, sans chicaner sur le protocole et sans chercher querelle sur un blason national.

Le monde arabo-sunnite le sait pertinemment. Ce contraste permanent entre l'accueil inconditionnel qu'offre Israël face à la détresse et l'étroitesse calculée qu'on lui oppose en retour éclaire crûment la réalité des choses : face à l'humanité, certains choisissent systématiquement d'exhiber leur ressentiment.

Le piège de l'apaisement face à la menace

Riyad connaît ses adversaires. Les experts de l’ONU sur le Yémen ont documenté le soutien militaire, technique et financier apporté aux Houthis par l’Iran et ses partenaires. La menace atteint les infrastructures, les populations et les voies commerciales. Elle ne disparaît pas parce que le royaume évite une image favorable à Israël.

Il serait pourtant faux d’affirmer que Riyad ne répond jamais : Reuters rapporte des ripostes aériennes saoudiennes. Le problème est la cohérence de cette réponse. Pourquoi se priver d’options complémentaires ? Pourquoi laisser aux adversaires le pouvoir de définir quels partenaires seraient politiquement acceptables ?

Désert et tradition d'Arabie saoudite à gauche, métropole futuriste d'Israël à droite, avec leurs drapeaux respectifs.
Vue contrastée entre les espaces désertiques de la péninsule arabique et le pôle technologique de pointe israélien, illustration générée par IA.

Le clivage religieux ne protège pas davantage les monarchies. Les réseaux djihadistes sunnites contestent aussi leur pouvoir. Le rapport américain sur le terrorisme en 2023 décrit les moyens saoudiens mobilisés contre cette menace sur son territoire. Une politique de sécurité doit identifier les organisations, leurs capacités et leurs objectifs. Se définir contre Israël ne garantit aucune immunité face à des mouvements qui prétendent, eux aussi, décider quels gouvernements méritent de subsister.

Le rapprochement diplomatique avec Téhéran, engagé en mars 2023, pouvait viser une réduction des risques. Négocier est raisonnable si l’on conserve des moyens de résister. L’apaisement devient une dépendance lorsque l’on sacrifie ses alternatives pour préserver la bonne volonté espérée de l’agresseur. Celui-ci apprend alors quelles pressions suffisent à restreindre la liberté de sa cible.

L’Iran vulnérable reste dangereux

Israël a démontré que la puissance iranienne pouvait être atteinte directement. Lors de la campagne de juin 2025, Tsahal a annoncé des frappes contre les défenses aériennes, les lanceurs de missiles et des installations nucléaires. Ces opérations ont ébranlé la représentation d’un adversaire inaccessible. Elles ont donné à la capacité israélienne une portée régionale évidente.

Analyse visuelle des frappes sur Parchin (Iran) : images satellites et témoins.
Composition d'images illustrant l'attaque sur le site militaire iranien de Parchin. La vue satellite a gauche montre les explosions et les incendies qui en ont résulté.

La formule du tigre de papier peut exprimer cette vulnérabilité dévoilée. Elle devient trompeuse si elle fait croire que le régime a été abattu ou que ses réseaux sont inoffensifs. Une puissance affaiblie peut encore infliger de lourds dommages. La leçon stratégique est précisément qu’il faut organiser sa protection contre elle, plutôt que transformer sa dangerosité en argument pour écarter un partenaire capable de l’affronter.

Israël n’est pas l’unique recours disponible : les États-Unis et d’autres partenaires comptent. Mais ses capacités de renseignement, d’interception et de frappe élargissent les possibilités. Les récuser par principe revient à choisir une défense moins ouverte aux solutions disponibles.

Pourquoi l'isolement d'Israël arrange les stratagèmes régionaux

Les accords d’Abraham montrent que les Émirats et Bahreïn ont choisi d’assumer leurs relations avec Israël. Le Maroc appartient également à cette évolution. L’Égypte et la Jordanie ont leurs propres traités de paix. Ces précédents empêchent de parler d’un monde sunnite uniformément enfermé dans la haine d’Israël.

Signature des Accords d'Abraham en 2020 avec des dirigeants politiques présentant les documents officiels
Cérémonie officielle de signature des Accords d'Abraham en 2020.

Ils révèlent surtout qu’une décision politique peut modifier ce qui semblait interdit. Une objection à la politique israélienne n’oblige pas à disqualifier toute relation avec l’État juif. Le problème prend une profondeur particulière lorsque sa présence devient en elle-même un embarras : Israël est alors traité comme une exception permanente à la vie normale des États.

À force de devoir prouver qu’ils rejettent Israël, certains gouvernements s’exposent ainsi à une dépossession : leur marge de décision dépend du jugement de ceux qu’ils devraient contenir.

Cet enfermement peut nourrir une hostilité obsessionnelle, où chaque geste d’ouverture exige une justification et chaque signe de rejet rapporte une légitimité politique. Les dirigeants qui acceptent ce mécanisme cèdent une partie de leur autorité aux militants qui l’imposent. Notre dossier sur Israël, l’ONU et l’Iran examine aussi cette difficulté à appliquer des critères cohérents.

L'approche de Yaacov : trois préparatifs

La paracha Vayichla’h décrit Yaakov confronté à l’arrivée d’Essav avec quatre cents hommes. Rachi explique qu’il se prépare par le présent, la prière et la guerre, c’est-à-dire par une disposition concrète à se défendre, Rachi sur Bérechit (32, 9). Le Ramban souligne qu’il mobilise ses moyens pour être sauvé, tout en plaçant sa confiance en Hachem, Ramban sur Bérechit (32, 4).

llustration biblique montrant Yaacov debout, la tête couverte et les mains levées vers un vaste troupeau d'animaux en guise de cadeau, faisant face à son frère Essav
La rencontre entre Yaacov et Essav : les troupeaux offerts en cadeau face aux 400 hommes armés, illustration générée par IA.

Cette combinaison mérite d’être comprise. Le présent cherche à modifier la relation. La prière reconnaît que le salut dépasse la maîtrise humaine, la préparation protège la famille si la tentative d’apaisement échoue. Chacun répond à une dimension différente de l’épreuve. Yaakov ne fait pas dépendre la survie des siens de la seule réaction favorable qu’il espère obtenir d’Essav.

La portée de ce passage dépasse la tactique. La recherche de paix reste responsable lorsqu’elle prévoit ce qui arrivera si l’autre la refuse. Elle devient dangereuse lorsqu’elle exige de renoncer aux protections nécessaires pour démontrer sa sincérité. Une concession peut préparer une rencontre ; elle ne garantit pas que l’interlocuteur changera d’intention.

Ce récit éclaire les limites d’une politique fondée sur l’espoir d’amadouer. Riyad doit pouvoir négocier, se défendre et choisir ses partenaires sans demander à ses adversaires lesquels lui sont permis. Le retour des passagers de Tabuk pose, à sa mesure, cette question : une monarchie qui revendique sa souveraineté peut-elle laisser la peur du rapprochement avec Israël décider d’une partie de sa sécurité ?

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