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NAZA : pourquoi une enquête est nécessaire

Des témoins anonymes, des accusations mondiales, une réponse détaillée de Tsahal : pourquoi NAZA doit être soumis à l’épreuve des faits et des responsabilités.

NAZA : pourquoi une enquête est nécessaire
En demandant une enquête sur « NAZA », Benjamin Netanyahou prend les devants dans ce dossier sensible, avec David Zini en figure du volet sécuritaire. Illustration générée par intelligence artificielle.
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Le film NAZA accuse Israël à partir de témoignages militaires anonymes. Netanyahu demande une enquête pénale ; Tsahal oppose une réfutation détaillée. L’enjeu dépasse la liberté de critiquer : un récit qui met en cause toute une armée doit répondre de ses preuves, et d’éventuelles divulgations de secrets doivent être examinées.

Je refuse que l’expression liberté artistique ferme la discussion au moment où commencent les questions décisives. Qui parle ? Que sait-il personnellement ? Quels documents soutiennent ses accusations ? Que révèle-t-il des moyens de défense de son pays ? Israël aurait donc l’obligation de subir un réquisitoire mondial, mais demander des comptes à ceux qui l’ont construit deviendrait immédiatement suspect ? Cette facilité mérite d’être combattue.

Le 11 octobre 2026, Benjamin Netanyahu a demandé aux responsables de l’armée, du Shin Bet et à la procureure générale une enquête et des poursuites concernant les personnes impliquées dans le film, notamment pour de possibles atteintes à la sécurité de l’information et pour diffamation. i24NEWS rapporte en français les termes de cette demande. Il s’agit d’une initiative politique appelant une procédure, pas d’un jugement établissant les infractions. Je soutiens l’exigence d’examen ; les autorités compétentes devront en déterminer les fondements et les suites.

La qualité d’Israélien ne dispense pas de prouver l’accusation

NAZA, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, présente vingt-quatre personnes que ses auteurs décrivent comme des militaires, principalement issus du renseignement. Leur identité est masquée. Le témoignage venu de l’intérieur possède une force particulière : le spectateur croit entendre celui qui sait, qui a vu et qui se retourne contre son propre camp. Mais cette force persuasive ne dit encore rien de l’étendue de ses connaissances.

Rachel Szor et Yuval Abraham, coréalisateurs du film NAZA, assis sur scène avec des microphones.
Rachel Szor, à gauche, et Yuval Abraham, à droite, deux des coréalisateurs du film NAZA, lors d’une rencontre publique.

La présentation officielle du film à la Biennale de Venise donne déjà pour acquise l’existence de systèmes de mise à mort massive et calculée de civils palestiniens. Notre dossier sur NAZA et la réponse israélienne examinait cette conclusion inscrite dans le synopsis. Elle oblige à demander comment les éléments recueillis permettent de l’établir. La réfutation détaillée rapportée en français par le Times of Israël montre l’étendue du désaccord sur les méthodes de ciblage.

Un témoin peut avoir observé une étape du renseignement sans connaître la décision opérationnelle finale. Il peut rapporter fidèlement une estimation provisoire et se tromper sur l’usage qui en a été fait. Il peut aussi révéler un acte véritablement condamnable. La méthode doit permettre de distinguer ces situations. L’origine israélienne du témoin ne transforme aucune d’elles en preuve automatique contre toute une armée.

Estimer les pertes civiles n’équivaut pas à autoriser leur mort

Dans sa réponse officielle publiée le 6 octobre, Tsahal conteste précisément le passage des premières évaluations à la décision de frappe. L’armée affirme qu’une estimation initiale peut être modifiée par le choix de l’arme, l’horaire ou des précautions supplémentaires. Elle distingue également un seuil imposant l’intervention d’un supérieur d’une permission automatique de frapper.

Visuel sur les accusations visant la crédibilité du documentaire NAZA, avec deux portraits et un homme devant une ville de nuit.
Visuel adapté par intelligence artificielle à partir d’une illustration de SW News présentant des accusations concernant le documentaire NAZA.

Cette distinction est décisive. Une procédure qui oblige à examiner le risque civil peut servir à empêcher une attaque. La présenter comme une preuve de volonté meurtrière exige de démontrer ce que les responsables ont finalement décidé. Tsahal nie aussi avoir planifié, approuvé ou réalisé une frappe prévoyant cinq cents morts civils. C’est sa position officielle, qui doit pouvoir être confrontée aux éléments précis invoqués par les accusateurs.

Une critique du film publiée par Emanuel Fabian et Nurit Yohanan dans le Times of Israel relève notamment le manque de dates, de lieux et d’indications permettant d’apprécier la proximité des témoins avec certains faits. Ces journalistes rapportent avoir assisté à une projection. Leur examen mérite attention, sans devenir à son tour un verdict définitif sur chaque allégation.

Les producteurs opposent une réponse sérieuse : selon leur déclaration rapportée par la Jewish Telegraphic Agency, le travail aurait mobilisé plus de cent sources, des documents classifiés divulgués et des recoupements de frappes. Ils contestent aussi que les témoins soient cantonnés aux premières étapes du ciblage. Voilà le désaccord à instruire. Les affirmations de vérification doivent être éprouvées ; le démenti militaire doit l’être également.

L’exploitation d’un réquisitoire peut servir les ennemis d’Israël

Votre nationalité devient un argument d’autorité lorsqu’on reprend votre accusation sous la formule : les Israéliens eux-mêmes le reconnaissent. Le risque est alors qu’un témoignage circonscrit fournisse une caution à ceux qui veulent condamner Israël dans son ensemble. La responsabilité du réalisateur porte notamment sur ce passage : le montage permet-il de comprendre ce qui est observé, supposé ou extrapolé ?

C’est le mécanisme que je combats. Une dénonciation étayée oblige à répondre d’un acte ; une généralisation abusive installe la culpabilité d’un pays. Notre analyse consacrée à l’accusation de génocide contre Israël examinait déjà cette transformation d’une accusation en verdict public. Ici, la question supplémentaire est celle de la caution apportée par des témoins présentés comme initiés.

Montage en fondu de l’affiche « NAZA, dommage collatéral » et d’une image montrant Yuval Abraham, Rachel Szor et un public de festival à Venise.
Un montage associant l’affiche de « NAZA » à son exposition médiatique à Venise. Composition réalisée par intelligence artificielle à partir des images fournies.

Je n’attribuerai pas une psychologie de haine de soi à des personnes dont je ne connais pas les motivations. En revanche, falsifier sciemment des faits pour accabler son pays ou exposer délibérément ses défenseurs à un danger constituerait, à mes yeux, une trahison morale. L’enquête doit établir si de tels actes ont eu lieu. La qualification pénale éventuelle exige ses propres preuves.

Une approbation reçue pour avoir dénoncé Israël n’offre aucune garantie contre l’antisémitisme. Notre réflexion sur les changements de langage de la haine antijuive invite à cette lucidité. Mais les auteurs de violences restent responsables de leurs actes : les cinéastes ne deviennent pas coupables de tout usage hostile de leur œuvre. Notre article sur Sabine Ta’asa face à la haine rappelle pourquoi cette responsabilité doit être attribuée précisément.

Enquêter sur des actes précis renforce la défense d’Israël

L’objection la plus forte est celle de l’intimidation des témoins. Elle oblige à définir l’objet de l’enquête : nature des informations divulguées, éventuelles obligations de secret, conditions de transmission et infractions identifiables. i24NEWS avait déjà rapporté des démarches concernant de possibles fuites de documents classifiés. Une œuvre hostile ou un dommage d’image ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer une infraction. Inversement, invoquer le journalisme ne règle pas d’avance la question d’une divulgation susceptible de compromettre la sécurité.

La paracha Michpatim affirme :

לֹא תִשָּׂא שֵׁמַע שָׁוְא,
« Tu ne recevras pas de faux bruit », Chemot (23, 1).

Rachi y voit notamment l’interdiction, pour le juge, d’entendre une partie avant l’arrivée de l’autre. Cette exigence atteint autant l’accusateur que celui qui entend condamner les témoins. Notre étude de la paracha Choftim et des limites du pouvoir approfondit cette responsabilité.

Je soutiens donc une enquête fondée sur des indices précis et conduite par les autorités compétentes. Si des secrets ont été illicitement transmis ou des faits sciemment falsifiés, les responsabilités doivent être poursuivies selon le droit applicable. Si les preuves manquent, le dossier ne peut être remplacé par un slogan. Ceux qui accusent Israël réclament qu’on examine sa conduite : leurs propres actes doivent pouvoir supporter la même exigence.

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