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Tichri sous alerte : quand répondre au téléphone peut devenir une Mitsva

Tsahal élève son niveau d’alerte avant les fêtes de Tichri. Pour un militaire observant, un appel reçu pendant Chabbat ou Roch Hachana pose une question immédiate : quand répondre et partir devient-il une obligation selon la Halakha ?

Tichri sous alerte : quand répondre au téléphone peut devenir une Mitsva
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L’ordre donné le 27 août par le chef d’état-major Eyal Zamir d’élever le niveau d’alerte en Judée-Samarie avant les fêtes remet au premier plan une question concrète pour les militaires observants, y compris les réservistes susceptibles d’être appelés : que faire lorsqu’un appel reçu à Roch Hachana ou pendant Chabbat peut les envoyer sur le terrain ? Devant un doute sérieux concernant des vies humaines, la Halakha impose d’agir sans délai. Elle demande ensuite de vérifier si toutes les transgressions exigées étaient réellement indispensables.

Une alerte militaire jusque dans les foyers

Le 27 août, le chef d’état-major a placé le quartier général d’une division d’active supplémentaire en état d’alerte afin de pouvoir renforcer les forces en Judée-Samarie. Il a également demandé que des unités et des bataillons puissent être activés immédiatement dans le secteur.

Tsahal maintiendra une disponibilité opérationnelle complète durant les fêtes, sans interruption d’activité ni réduction des effectifs opérationnels, selon le communiqué officiel de l’armée. La nature exacte des scénarios redoutés et le volume des renforts susceptibles d’être engagés n’ont pas été rendus publics.

Le calendrier suffit à comprendre la difficulté. Roch Hachana 5787 commence le vendredi soir 11 septembre et se termine le dimanche soir 13 septembre. Pendant près de cinquante heures, le téléphone et la voiture, interdits en temps ordinaire pendant Chabbat et les fêtes, peuvent devenir les instruments d’une obligation.

La Halakha ne commande pas d’attendre l’attentat

Le traité Yoma établit que même un doute portant sur une vie humaine repousse Chabbat. Le Choul’hane Aroukh précise qu’agir rapidement constitue alors une Mitsva et que celui qui intervient sans tarder est digne d’éloge (Yoma 84b ; Ora’h ‘Haïm 328, 2).

Ce principe de Pikoua’h Néfech (Danger de mort) ne concerne pas seulement une personne dont la vie est déjà manifestement menacée. Il impose également de prévenir un danger sérieux avant qu’il ne se réalise.

Le Rambam applique cette règle à l’attaque d’une ville : tous ceux qui peuvent porter secours doivent partir armés sans attendre la fin de Chabbat (Michné Torah, lois de Chabbat 2, 23). Le Choul’hane Aroukh ajoute que, dans une localité frontalière, même une attaque apparemment dirigée contre des biens peut annoncer un danger plus large (Ora’h ‘Haïm 329, 6).

Ces cas anciens ne décrivent évidemment pas l’organisation d’une armée moderne. Ils formulent cependant une idée décisive : la protection de la vie ne commence pas lorsque le sang a déjà coulé. Garder un axe, protéger une synagogue ou maintenir une force immédiatement disponible peut empêcher le risque de se transformer en attaque.

Si l’ordre de mobilisation repose raisonnablement sur une nécessité sécuritaire, le soldat ne retarde donc pas son départ pour terminer l’office ni, le second jour de Roch Hachana, pour entendre le chofar. Partir devient alors l’acte prescrit par la Torah.

L’uniforme ne transforme pas chaque ordre en Pikoua’h Néfech

Un soldat de Tsahal répond au téléphone devant la synagogue un jour de fête

Le Yalkout Yossef distingue l’ordre dont il est clairement établi qu’il ne répond à aucune nécessité sécuritaire : le soldat doit alors refuser de transgresser Chabbat, même s’il risque une sanction.

En revanche, lorsqu’un doute réel de sauvegarde des vies subsiste, il doit obéir. La nécessité sécuritaire devra néanmoins être examinée avec soin (Yalkout Yossef, Chabbat, tome II, par. 45).

La règle est donc double. L’uniforme ne donne pas automatiquement à toute consigne le statut de Pikoua’h Néfech. Mais le soldat ne peut pas non plus ignorer un ordre opérationnel au motif qu’il ne dispose pas personnellement de toutes les informations ayant conduit à la décision.

Dans son Yé’havé Da’at (V, 18), le Rav Ovadia Yossef traite également du port d’une arme dans une synagogue. Il estime souhaitable que le soldat couvre son arme sous ses vêtements lorsqu’il le peut. Si cela est impossible et qu’une nécessité sécuritaire lui impose de la conserver, il peut entrer armé pour prier. Le Rabbinat militaire reprend cette décision dans ses propres ouvrages.

L’arme ne convient pas naturellement au lieu de prière. Lorsqu’elle protège ceux qui prient, sa présence ne profane pourtant pas la synagogue.

Le Rav Elyachiv et les risques trop éloignés

Dans trois décisions rapportées par le Rav Avraham Yits’hak Neria, le Rav Yossef Chalom Elyachiv refuse que des risques extrêmement éloignés ou des marges de sécurité excessives reçoivent automatiquement le statut de danger vital.

Il demande que chaque situation soit réellement évaluée et conteste l’idée selon laquelle toute procédure qualifiée de « sécuritaire » permettrait mécaniquement de transgresser Chabbat (Te’houmine, tome III, « Pikoua’h Néfech ba-tsava be-Chabbat »).

Cette position a toutefois été discutée par d’autres décisionnaires. Le Rav Yehoshua Ben Meir souligne notamment que les procédures militaires doivent être appréciées à l’échelle de l’ensemble de l’armée : une probabilité très faible dans un cas individuel peut produire des accidents certains lorsqu’elle se répète dans de nombreuses unités. Une étude de la Yéchivat Har Etzion présente en détail cette controverse.

Le soldat réveillé la nuit ne possède généralement pas les informations nécessaires pour refaire seul l’évaluation du commandement. En l’absence d’un indice manifeste d’erreur ou d’un ordre clairement administratif, il répond sans tarder. Les vérifications nécessaires ne doivent pas retarder l’intervention.

Se préparer évite des transgressions inutiles

Des directives publiées par le Rabbinat militaire en novembre 2023 demandaient à tous les soldats, y compris ceux rentrés chez eux, de conserver leur téléphone portable sur eux pendant Chabbat et de répondre à chaque appel. Ce texte, publié dans le contexte de la guerre, insistait également sur les préparatifs à effectuer avant Chabbat afin d’éviter les transgressions inutiles.

Ce principe était déjà appliqué aux secouristes, comme le montrait Univers Torah dans son article consacré au Maguèn David Adom et à l’utilisation du téléphone pendant Chabbat.

Pour le réserviste qui a reçu une consigne de disponibilité, la préparation est simple : téléphone chargé et audible, documents et sac prêts, proches avertis de la possibilité d’un départ. Les instructions actuelles de son unité restent naturellement déterminantes.

Lorsqu’un geste inhabituel permet de réduire une transgression sans ralentir la réponse, on le privilégie. Mais aucune précaution ne doit créer un retard opérationnel ou un danger sur la route.

Le jeûne ne doit pas diminuer la vigilance

Une mission opérationnelle ne se retarde pas pour le chofar, la soukka ou les quatre espèces. Dès que les circonstances le permettent, l’armée doit toutefois rendre ces Mitsvote accessibles aux soldats.

À Kippour, la conduite dépend entièrement de la mission, du niveau d’alerte et des instructions reçues. Certains soldats pourront commencer et poursuivre le jeûne. D’autres pourront recevoir l’ordre de boire ou de manger avant même de ressentir une faiblesse, afin de préserver leur capacité opérationnelle.

Lorsque de petites quantités espacées suffisent, elles sont privilégiées. Mais si la mission exige de boire ou de manger normalement, le soldat ne doit pas se mettre en danger en voulant être plus rigoureux. Le Rabbinat militaire précise les règles applicables, tandis que le guide d’Univers Torah rappelle les principes généraux du jeûne de Yom Kippour.

Le jeûne ne peut devenir un danger pour les vies que le soldat doit protéger.

La protection ne dépend pas de l’identité de l’agresseur

L’identité de celui qui crée le danger ne transforme pas une menace en acte permis. Lorsqu’il faut arrêter des civils israéliens qui menacent des vies, attaquent des Palestiniens ou s’en prennent aux forces de sécurité, l’intervention relève également de la mission de protection.

Après les émeutes de Huwara en 2023, l’enquête de Tsahal a qualifié l’événement d’extrêmement grave et estimé qu’il aurait dû être empêché. Le chef d’état-major a reconnu une erreur dans l’allocation des soldats et le contrôle de la situation. L’armée a également décidé de revoir ses procédures afin d’accélérer l’envoi de renforts lors d’événements comparables.

Prévenir de telles violences protège les personnes visées, mais aussi les soldats et la stabilité de l’ensemble du secteur.

La règle est exigeante dans les deux directions. Devant un doute sérieux, on intervient rapidement. Après l’urgence, on vérifie quelles actions relevaient réellement de la sécurité, lesquelles auraient pu être préparées et lesquelles n’étaient qu’administratives.

La sainteté de Chabbat ne justifie ni l’hésitation devant le danger ni le relâchement institutionnel. Elle oblige à sauver sans retard, mais aussi à ne pas prononcer trop facilement les mots « sauvegarde des vies » comme si, dès lors, tout devenait permis.

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Sujets traités

Pikoua'h Néfech Tsahal Chabbat halakha Roch Hachana Rav Eliyashiv Rav Ovadia Yossef Yom Kippour Terrorisme

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