Thèmes Pikoua'h Néfech

À savoir
Pikoua'h Néfech : la préservation de la vie en Halakha
Le Pikoua'h Néfech est l'un des principes fondamentaux de la Halakha : lorsque la vie d'un être humain est en danger, l'obligation de la sauvegarder prime sur presque toutes les autres Mitsvot. Ce principe découle du verset de la Torah (Vayikra 18:5) : « וָחַי בָּהֶם » — « il vivra par elles » — et non qu'il en meure. Le Talmud Bavli (traité Yoma, 84b) tranche définitivement en faveur de cette interprétation, retenant la position de Chmouel.
Sources halakhiques principales
Les textes fondateurs du Pikoua'h Néfech sont la Michna (traité Yoma, chapitre 8, michna 7), le Talmud Bavli (Yoma 84b), et les grandes codifications : la Michné Torah du Rambam (Hilkhot Chabbat, chapitre 2) et le Choulhane Aroukh (Orah Haïm, siman 328). Ces sources établissent unanimement que le danger de mort suspend les interdictions de la Torah.
Application concrète : Chabbat et Yom Kippour
Le cas le plus enseigné est celui du Chabbat : en présence d'un risque vital, il est non seulement permis, mais obligatoire, de violer le Chabbat pour sauver une vie. Le Rambam précise que celui qui s'empresse d'agir est digne d'éloge, et qu'il n'est pas nécessaire d'obtenir l'autorisation d'un tribunal rabbinique. De même, un malade en danger peut manger le jour de Yom Kippour, malgré l'interdit de karet attaché au jeûne.
Les trois exceptions : Yéharégh véal ya'avor
La règle du Pikoua'h Néfech connaît trois limites absolues : l'idolâtrie, les relations interdites (arayot) et le meurtre. Pour ces trois fautes graves, la Halakha exige de mourir plutôt que de les transgresser — c'est la règle du « Yéharégh véal ya'avor ». En dehors de ces exceptions, toutes les Mitsvot de la Torah, aussi importantes soient-elles, s'effacent devant l'obligation de préserver la vie.
Portée éthique du principe
Le Rambam insiste sur la dimension morale de cette Halakha : les lois de la Torah ne sont pas une vengeance mais « miséricorde, bonté et paix dans le monde ». Toute interprétation rigoriste qui conduirait à laisser mourir quelqu'un au nom d'une Mitsva est rejetée. Rabban Chimon ben Gamliel enseigne même qu'on peut violer un Chabbat pour sauver un nourrisson d'un jour, afin qu'il observe de nombreux Chabbatot dans sa vie.
Étymologie et usage du terme
Le mot « Pikoua'h » vient de la racine hébraïque signifiant « ouvrir » ou « dévoiler » (comme dans « les yeux des deux s'ouvrirent »). Dans le contexte pratique, la Michna autorise de déblayer un tas de pierres le Chabbat pour secourir quelqu'un qui serait enseveli — acte qui illustre parfaitement le sens du terme. Ce principe reste central dans la pratique rabbinique contemporaine, notamment en matière de médecine, de droit d'urgence et d'éthique juive.
Lois de Pikoua'h Néfech : questions-réponses pratiques
Concernant une bouteille de vin bien fermée et scellée qui a été placée sous un lit, certains interdisent même a posteriori à cause du risque de mauvais esprit. Cependant, il y a lieu d’être indulgent selon l’avis du Rav David Pardo dans le livre Mizmor LeDavid, qui écrit que si la bouteille a été placée sous un lit sur un sol recouvert, il n’y a pas à craindre, et de nos jours, tous nos logements ont un sol recouvert.
Si l’on a placé un aliment entre l’oreiller et le coussin, il est permis d’être indulgent et de le consommer.
Un malade des reins dans un état grave, dont la vie est en danger, et dont un proche ou un ami souhaite lui donner un rein pour le sauver, cela est permis selon la halakha, et c'est même une grande mitsva de le faire. Bien que, selon la règle, il ne soit pas exigé de se mettre en danger pour sauver son prochain d'un danger certain, dans ce cas où les médecins affirment que le risque pour le donneur est un pourcentage très faible, à savoir que plus de 95% des donneurs sortent de l'opération en bonne santé et vivent longtemps, il s'agit d'une grande mitsva de donner un rein pour sauver de la mort. Cela relève de « lo taamod al dam reakha », et quiconque sauve une vie d'Israël, c'est comme s'il avait sauvé un monde entier. Toutefois, cela doit être fait uniquement par des médecins spécialistes, et celui qui accomplit la mitsva ne connaîtra pas de mal.
Si la femme d’un homme est décédée prématurément et qu’elle lui a laissé de jeunes enfants, il lui est permis d’épouser la sœur de sa femme afin qu’elle s’occupe avec dévouement de ses enfants. Il n’y a pas lieu de craindre à ce sujet les recommandations de Rabbi Yehouda Ha’hassid qui a été strict sur ce point.
Si un morceau de poisson est tombé dans une marmite contenant un plat de viande, et qu'il n'y avait pas dans la viande et la sauce de la marmite soixante fois la quantité du morceau de poisson, il est permis d'ajouter de la viande et de la sauce dans la marmite jusqu'à atteindre la proportion de soixante contre le morceau de poisson. Il n'y a pas lieu de craindre ici la règle qui interdit d'annuler un interdit de manière délibérée. Après avoir retiré le morceau de poisson et ajouté de la viande et de la sauce, il faut tout faire bouillir ensemble, et alors toute la viande de la marmite redevient permise à la consommation, y compris les morceaux de viande qui étaient initialement interdits lorsqu'il n'y avait pas soixante, car ils redeviennent permis après l'ajout et l'annulation. Le morceau de poisson reste interdit.
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