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Torah & Étude Paracha

Paracha de la semaine : commentaires de Torah, explications des versets, enseignements des Sages et idées à partager pour Chabbat.

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Bérechit : Caïn et Abel, la question de D-ieu à travers les générations

Dans la paracha Bérechit, D-ieu pose à Caïn une question dont Il connaît déjà la réponse : « Où est ton frère ? » Des milliers d'années plus tard, cette interrogation trouve un écho douloureux dans le sort des Juifs libanais disparus. À travers le commentaire de Rachi, une réflexion sur la responsabilité, la mémoire et le devoir de ne pas abandonner ceux dont les familles attendent toujours la vérité.

Bérechit : Caïn et Abel, la question de D-ieu à travers les générations
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Où est Abel, ton frère ? D-ieu pose la question à Caïn alors qu’Il sait que son frère a été tué. Pourquoi demander un lieu lorsque le crime est connu ? En septembre 2026, Israël et le Liban ont entrepris des démarches concernant les dépouilles de responsables juifs libanais enlevés durant la guerre civile. La question du verset permet d’examiner ce qui distingue une recherche, une réponse aux familles et une annonce diplomatique.

Pourquoi D-ieu demande-t-Il à Caïn où est Abel ?

La paracha Bérechit raconte d’abord la création, puis l’installation d’Adam et Ève dans le jardin et l’histoire de Caïn et Abel. D-ieu accueille l’offrande d’Abel et refuse celle de Caïn. Celui-ci tue son frère aux champs. D-ieu demande alors :

« אֵי הֶבֶל אָחִיךָ »,
« Où est Abel, ton frère ? »
Caïn répond : « לֹא יָדַעְתִּי, הֲשֹׁמֵר אָחִי אָנֹכִי »,
« Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? » (Bérechit 4, 8-9).

Il nie d’abord savoir, puis conteste son devoir envers son frère. Cette succession permet à l’auteur du meurtre de parler de lui-même au lieu de parler d’Abel. Le lieu demandé n’est pas une information qui manque à D-ieu. C’est Caïn qui doit prendre position devant le sort d’Abel.

Illustration de Caïn levant un bâton au-dessus d’Abel blessé, au sol dans un champ, dans la paracha Bérechit.

Rachi, dans son commentaire (Bérechit 4, 9), comprend la question comme une invitation à parler calmement, afin que Caïn puisse reconnaître le meurtre et sa faute. Sa réponse ferme cette possibilité : il nie savoir, puis refuse la responsabilité impliquée par ton frère. Cela donne une première mesure au dossier actuel. Annoncer une recherche ne revient pas encore à répondre à la question où sont-ils ? Il faut pouvoir dire ce que l’on a effectivement appris et ce qui demeure inconnu. La lecture de Rachi concerne l’auteur du meurtre, et non les États qui cherchent aujourd’hui des dépouilles. Le rapprochement porte sur la différence entre poser une question et accepter d’y répondre.

Les Juifs libanais disparus et les recherches de 2026

Cette distinction éclaire l’annonce du gouvernement israélien du 3 septembre 2026 : Israël dit poursuivre, avec le Liban, des démarches pour localiser les dépouilles de dirigeants de la communauté juive libanaise enlevés dans les années 1980. Il s’agit d’une annonce de recherches, pas de l’identification de leurs restes. Pour comprendre qui est recherché, il faut remonter aux faits. Un rapport du Centre international pour la justice transitionnelle recense la disparition de Salim Jammous, secrétaire du conseil communautaire, en août 1984, puis les enlèvements d’Elie Hallak, vice-président, et d’Isaac Sasson, président, en mars 1985. Il rapporte aussi qu’en décembre 1985, le Conseil supérieur juif confirma l’enlèvement de sept Juifs libanais, dont son président, et que deux corps avaient été retrouvés. Les recherches ne portent donc pas sur une série de destins identiques.

Leur identité compte dans la lecture de l’événement : ces hommes appartenaient à la communauté juive du Liban. Leur histoire ne commence pas avec l’intervention d’Israël dans les négociations actuelles. Comme dans la question adressée à Caïn, il faut d’abord pouvoir nommer celui qui manque et le lien qu’il avait avec les vivants. Cette comparaison a une limite décisive : les autorités libanaises actuelles ne sont pas Caïn ; selon l’annonce, elles participent aux démarches. La question qui leur est posée, comme à Israël, est de savoir ce que leurs recherches établissent pour les familles.

Pourquoi la Torah parle-t-elle des sangs d’Abel ?

Après la dénégation de Caïn, D-ieu reprend :

« קוֹל דְּמֵי אָחִיךָ צֹעֲקִים אֵלַי מִן־הָאֲדָמָה »,
« La voix des sangs de ton frère crie vers Moi depuis la terre » (Bérechit 4,10).

La Michna Sanhédrine (4, 5) s’arrête sur ce pluriel : il désigne le sang d’Abel et celui des générations qu’il aurait pu avoir. Cette lecture empêche de réduire un homme à la seule trace matérielle que l’on cherche. Salim Jammous, Elie Hallak et Isaac Sasson avaient des noms, des fonctions et des proches ; la disparition a aussi atteint une communauté privée de ses responsables.

La Michna livre cependant une seconde exigence, souvent oubliée quand on cite cette image. Elle s’adresse à des témoins dans une affaire où la vie d’un accusé est en jeu et leur interdit de se fier aux suppositions ou aux récits indirects. Le pluriel sangs mesure aussi ce qu’une parole mal fondée peut engager devant un tribunal. La gravité d’une disparition ne permet donc pas de déclarer trouvés des corps qui ne le sont pas. Le rapport historique documente des enlèvements et des disparitions ; le communiqué israélien présente ces responsables comme assassinés et annonce des recherches. Entre ces documents et une identification de dépouilles, une preuve manque encore. Respecter les disparus exige aussi de laisser cette incertitude visible.

Les recherches au Liban : ce qui est établi et ce qui reste inconnu

Une partie de cette négociation a produit un résultat vérifiable. Le Comité international de la Croix-Rouge indique avoir facilité les 3 et 4 septembre la remise au Liban de cinq personnes détenues par Israël. Son rôle était humanitaire ; l’organisation rappelle que d’autres familles libanaises attendent encore des nouvelles de proches détenus ou disparus. La question où est-il ? ne s’applique donc pas seulement aux enlèvements des années 1980. Elle concerne également des familles dont l’attente est actuelle, sans confondre leurs histoires ni les responsabilités en cause.

Illustration symbolique : un représentant de la Croix-Rouge accompagne des personnes transférées au Liban, tandis que des silhouettes derrière des barreaux évoquent les Juifs libanais disparus.
Image éditoriale générée par IA. La scène souterraine est une métaphore : elle ne représente aucun lieu de détention établi.

Pour les responsables juifs libanais enlevés, les sources consultées au 24 septembre 2026 n’établissent encore ni identification ni restitution de dépouilles. Rav Jonathan Sacks lit dans la réponse de Caïn le refus d’assumer une responsabilité morale envers son frère. Ceux qui participent aux recherches aujourd’hui ne sont pas Caïn, mais leur travail peut empêcher qu’une disparition de plus de quarante ans s’achève dans le silence. Les familles attendent de savoir ce qui est arrivé à chacun et, si les corps sont retrouvés, de pouvoir enfin les ensevelir. Pour elles, Où est ton frère ? reste une question que ni le temps ni un communiqué ne peuvent faire taire.

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