À New York, Bruce Blakeman évoque des yéchivot incendiées pour alerter des responsables hassidiques. Cette déclaration électorale impose une question plus profonde : une société protège-t-elle réellement les Juifs lorsqu’elle leur permet de conserver leur identité, mais les laisse craindre pour les lieux où ils la transmettent ?
Blakeman alerte sur les violences : ce que les faits permettent d’affirmer
Selon JFeed, qui cite des enregistrements obtenus par le New York Times, Bruce Blakeman, candidat républicain au poste de gouverneur de l’État de New York, a interpellé des responsables hassidiques réunis à Williamsburg le 11 octobre. Il a évoqué des émeutes, des incendies de yéchivot, de synagogues et de maisons, ainsi que des violences contre les femmes, en mettant en doute la volonté de Zohran Mamdani de les arrêter.

Le scénario est effroyable. Il demeure une mise en garde politique, pas l’annonce documentée d’un complot. L’existence d’un projet imminent d’incendies coordonnés ? Je ne peux pas le confirmer. Le Jewish Insider rapporte toutefois que Blakeman a maintenu ses propos lors du débat du 13 octobre, désignant des militants anti-Israël ayant occupé des universités et bloqué des voies publiques.
Le point décisif ne consiste donc pas à prendre chaque prédiction pour une certitude. Il consiste à demander pourquoi la sécurité des Juifs peut encore être négociée dans le langage de la catastrophe. Leur protection est une obligation des pouvoirs publics, pas une faveur accordée à un électorat courtisé.
Crown Heights : le précédent qui interdit de banaliser la peur juive
Blakeman invoque Crown Heights. Ce nom renvoie à une histoire précise. Le département américain de la Justice établit qu’après un accident ayant mortellement blessé un enfant le 19 août 1991, une foule s’est retournée contre des Juifs. Yankel Rosenbaum, reconnaissable à sa tenue orthodoxe, a été battu puis mortellement poignardé.

Rosenbaum n’était responsable ni de l’accident ni d’une décision gouvernementale. Il était juif et visible. Voilà le mécanisme qu’une démocratie doit savoir interrompre : une colère se cherche un responsable collectif, puis transforme un passant en cible. Invoquer ce précédent exige de la précision et l’oublier reviendrait à désarmer la vigilance.
La mémoire juive ne constitue pas une pathologie à soigner par des paroles rassurantes. Elle conserve des expériences que les institutions doivent prendre au sérieux. Mais elle oblige aussi à distinguer la menace constatée, le risque plausible et la projection électorale. Une communauté protège mieux ses enfants lorsqu’elle exige des preuves et des dispositifs concrets.
Une yéchiva menacée : c’est la transmission juive qui est atteinte
Pourquoi le mot Yéchiva donne-t-il à cette controverse une portée particulière ? Parce qu’une maison d’étude engage davantage que la sécurité d’un bâtiment. Des enfants et des adultes y apprennent à lire, discuter, comprendre et transmettre la Torah. Intimider ceux qui y entrent atteint une continuité dont chaque génération reçoit la responsabilité.
Une société peut célébrer le patrimoine juif, financer des commémorations et admirer des écrivains disparus. Son engagement devient autrement exigeant lorsqu’il faut protéger des Juifs vivants, leurs enfants, leurs pratiques et leurs convictions. La dignité ne se mesure pas seulement à la place accordée aux morts dans les musées, mais à la liberté laissée aux vivants dans la rue.
Il serait également intolérable d’exiger d’un Juif qu’il rompe avec Israël pour mériter cette protection. Notre analyse de l’antisémitisme à partir de la paracha Haazinou examinait déjà le déplacement de responsabilité vers les victimes. Ici, la conséquence est concrète : aucun désaccord politique ne donne un droit d’intimidation devant une école ou une synagogue.
Les Pirké Avot demandent une autorité capable d’arrêter la violence
La Michna Pirké Avot (3, 2) rapporte l’enseignement de Rabbi ‘Hanina, adjoint du Grand Prêtre : il faut prier pour la paix du pouvoir, car sans la crainte qu’il inspire, les hommes s’engloutiraient vivants. Le texte reconnaît une fonction indispensable de l’autorité : empêcher que la force des uns dévore l’existence des autres.
Appliqué à cette controverse, cet enseignement fournit un critère exigeant. Qui garantit effectivement l’accès aux maisons d’étude ? Qui fait intervenir la police contre les menaces ? Qui protège une famille sans lui demander de justifier son judaïsme ? La responsabilité publique commence lorsque l’intimidation cesse d’être tolérée et que ses auteurs doivent répondre de leurs actes.
Il faut donc examiner les engagements existants. Le 29 septembre, la mairie de New York a annoncé une stratégie contre l’antisémitisme, comprenant un million de dollars pour renforcer la sécurité des synagogues et d’autres lieux de culte. Cette annonce doit être reconnue, puis soumise à l’épreuve des résultats : financement effectivement accessible, intervention rapide, protection quotidienne.
Cette exigence suppose un suivi public des menaces visant les établissements juifs, des interlocuteurs identifiés pour les directions d’école et une réponse lisible aux signalements. Les parents doivent savoir à qui parler, dans quels délais attendre une intervention et comment contester une absence de réponse. Lorsque les institutions rendent ces engagements vérifiables, elles retirent aux agitateurs leur pouvoir d’intimidation et aux candidats la possibilité de transformer chaque inquiétude en instrument de campagne. La confiance se construit ainsi concrètement.
Les communautés juives peuvent diverger sur les candidats ; leur droit à la sécurité demeure entier. Aucun élu ne doit pouvoir acheter leur confiance avec des images terrifiantes ou obtenir leur silence par des cérémonies. La demande à porter est précise : rendre possible une vie juive visible, durable, libre d’étudier et de transmettre. Une yéchiva ouverte sans peur est une promesse démocratique tenue.
Voir aussi
Le Rebbe Stropkover attaqué dans un centre commercial de Perth en Australie
Le Rabbin Avraham Shalom Halberstam, connu sous le nom de Rebbe Stropkover, est en visite en Australie pour une tournée de conférences. Lundi, lui et son assist...
Tir sur un élève d'une Yéchiva de Borough Park
C'est à Borough Park, Brooklyn qu'une agression antisémite très grave a eu lieu mercredi (dernier) après-midi contre un jeune étudiant orthodoxe de la Yeshiva d...
Tensions entre les communautés noire et juive de Lakewood
Lakewood, tranquille petite ville de plaisance, s'est transformée ces dernières décennies en une communauté animée du monde or...
L'attaque de la synagogue de la Roquette
Entretien exclusif avec Serge Benhaïm, président de la synagogue Don Isaac Abravanel, violemment attaquée dimanche par des manifestants pro-palestiniens.
La France en dérive
Paris : affrontements devant la synagogue de la rue de la Roquette. Des Juifs ont été retenus à l’intérieur de la synagogue ; des pierres ont été lancées sur le...





Soyez le premier à commenter !