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Quand Trump se tait : Israël face au prix des alliances

Trump n’a pas rejoint les sanctions occidentales contre Israël. Mais il savait qu’elles arrivaient et n’a pas tenté de les empêcher. Derrière cet épisode se cache une question beaucoup plus profonde : pourquoi Israël, qui affronte l’Iran et ses proxys sur la ligne de front, demeure-t-il si souvent le pays que l’Occident choisit de mettre au banc des accusés ?

Quand Trump se tait : Israël face au prix des alliances

Il y a parfois davantage de politique dans un silence que dans un vote. Le 8 septembre 2026, douze pays occidentaux, Royaume Uni, France, Canada, Danemark, Finlande, Islande, Irlande, Norvège, Pologne, Portugal, Espagne et Suède, ont annoncé leur intention d’imposer ou de soutenir des restrictions commerciales visant les implantations israéliennes de Judée Samarie. Londres, Paris et Ottawa préparent notamment l’interdiction de produits qui en sont issus. Ils invoquent l’expansion des implantations, le projet E1 et les violences commises par certains extrémistes israéliens. 
Mais l’événement le plus significatif est peut être ailleurs. 

Donald Trump avait été prévenu personnellement par le Premier ministre britannique Andy Burnham. Selon Axios, il ne lui a pas demandé de renoncer. Des responsables américains ont même expliqué aux Britanniques qu’ils partageaient leurs préoccupations concernant la politique du gouvernement Netanyahu en Judée Samarie, tout en désapprouvant les sanctions choisies pour y répondre. Marco Rubio s’est abstenu de condamner publiquement Londres.

Trump ne sanctionne donc pas Israël. Mais il laisse sanctionner Israël. Et politiquement, ce n’est pas rien. 

Trump et Israël : un silence américain qui change la donne

La différence est essentielle. Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël et soutien historique de la présence juive en Judée Samarie, a dénoncé l’initiative britannique comme une discrimination visant le peuple juif. La Maison Blanche a immédiatement précisé que ses déclarations n’avaient été coordonnées ni avec elle ni avec le département d’État. 

Voilà peut être le véritable signal. Même dans l’administration américaine la plus instinctivement proche d’Israël, la solidarité possède désormais ses limites.

Mike Huckabee, ambassadeur américain en Israël, debout en costume devant les drapeaux israélien et américain.

Trump est un dirigeant transactionnel et souvent imprévisible. Ses convictions existent, mais elles cohabitent avec une lecture extrêmement mobile du rapport de forces. Il peut considérer Israël comme un allié exceptionnel le lundi et décider le mardi qu’une pression sur Netanyahu sert mieux sa stratégie régionale. Pourquoi ? 

Parce que Washington veut simultanément contenir l’Iran, stabiliser Gaza, préserver ses relations avec les États arabes et empêcher l’ouverture d’un nouveau foyer incontrôlable en Judée Samarie. Rubio l’a pratiquement dit : les États Unis recherchent la stabilité et ne veulent pas d’une augmentation des tensions dans une région déjà explosive.

C’est compréhensible du point de vue américain. Mais Israël doit en tirer une conclusion moins confortable : même le meilleur allié reste d’abord l’allié de ses propres intérêts. 

L’hypocrisie commence lorsque celui qui se défend devient celui qu’on juge 

Les douze gouvernements occidentaux affirment simultanément reconnaître les intérêts sécuritaires légitimes d’Israël et condamner le massacre du 7 octobre. Puis ils construisent une politique coercitive dont Israël est la cible. 

Le problème n’est pas qu’Israël soit critiqué. Le problème est qu’il soit souvent jugé selon une échelle morale que l’Occident n’applique ni aux régimes qui financent le terrorisme, ni aux États qui massacrent leur propre population, ni aux puissances qui déstabilisent des régions entières. Quand la démocratie israélienne devient l’accusée permanente tandis que ses ennemis bénéficient d’une indulgence stratégique, la critique cesse d’être neutre. Elle devient un mécanisme de mise à l’index. Et lorsqu’un seul État, précisément l’État juif, concentre cette obsession, il devient légitime de s’interroger sur ce que recouvre réellement ce double standard.

Drapeau de l'Union européenne et drapeau d'Israël peints sur un mur fissuré, symbolisant les tensions diplomatiques.

Mais une autre question demeure : pourquoi l’Occident analyse t il si souvent les décisions israéliennes comme si elles étaient prises par la Suisse ? 

Israël ne possède ni l’Atlantique comme frontière stratégique, ni deux voisins pacifiques, ni plusieurs milliers de kilomètres séparant ses villes de ses ennemis. Depuis le 7 octobre, il affronte ou a affronté le Hamas, le Hezbollah, les Houthis, les réseaux irakiens soutenus par Téhéran et directement l’Iran. 

Et l’année 2026 a précisément montré que l’Iran n’est pas seulement un problème israélien. Les forces iraniennes ont attaqué des intérêts américains, tandis que les Houthis soutenus par Téhéran ont frappé l’Arabie saoudite. Le conflit menace directement le détroit d’Ormuz et donc une artère essentielle de l’économie mondiale. 

Israël se bat pour lui même, évidemment. Mais en frappant l’appareil militaire iranien et ses relais, il affronte aussi une architecture de puissance qui menace des intérêts américains, arabes et européens.

L’Europe demande t-elle à Israël de se fatiguer de la guerre ?

Les sociétés européennes sont épuisées par la guerre avant même de la subir directement. Elles veulent la désescalade, la négociation et le compromis. Israël les veut aussi.

La différence est qu’un Français peut vouloir oublier le Moyen Orient. Un Israélien ne peut pas empêcher le Moyen Orient de se trouver à quelques kilomètres de sa maison. L’Europe a d’ailleurs déjà payé le prix de certaines de ses propres faiblesses face à l’islamisme radical. 

Après les attentats de Paris et Bruxelles, le Parlement européen a lui même documenté des lacunes dans le contrôle des frontières, le partage du renseignement et les systèmes d’information. Son rapport indique notamment que plusieurs auteurs des attentats de 2015 et 2016 avaient exploité certaines déficiences européennes. 

En 2025 encore, le terrorisme jihadiste représentait 24 des 45 attaques recensées dans l’Union européenne et 347 des 486 arrestations pour terrorisme. Europol le qualifie de principale menace terroriste. La lâcheté n’est pas une catégorie statistique. Le déni stratégique, les hésitations politiques et les défaillances sécuritaires, eux, peuvent être documentés. 

Et l’Occident devrait se demander s’il n’exige pas parfois d’Israël exactement ce qu’il n’a lui même pas toujours réussi à faire : identifier une idéologie ennemie, accepter le coût de l’affrontement et tenir suffisamment longtemps pour la vaincre. 

La question presque spirituelle d’Israël

Reste une interrogation plus profonde. 

Pourquoi ce pays d’à peine quelques millions de Juifs mobilise t-il une telle énergie diplomatique mondiale?Pourquoi chaque quartier construit, chaque opération militaire, chaque ministre israélien semble t il provoquer une réaction internationale que des événements infiniment plus meurtriers ailleurs ne déclenchent pas toujours ? 

La Torah pose cette étrangeté bien avant l’État moderne : 

« הֶן עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשָּׁב »
« Voici un peuple qui demeure à part et ne se compte pas parmi les nations » (Bamidbar 23, 9). 

Le Maharal explique que cette solitude ne signifie pas simplement qu’Israël serait abandonné. Elle exprime une singularité plus profonde : Israël ne se laisse jamais totalement absorber dans la logique historique des autres nations. 

Cela ne dispense Israël ni de politique, ni de prudence, ni de responsabilité morale. Mais cela lui interdit probablement une illusion : croire que la reconnaissance des nations garantira un jour son existence. L’affaire Trump le rappelle brutalement. Les alliances sont réelles. L’amitié américaine est réelle. Les intérêts communs sont considérables.
Mais quand ces intérêts divergent, même un président profondément favorable à Israël peut préférer le silence.

Et pour un peuple dont l’histoire est ce qu’elle est, ce silence mérite d’être entendu.

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