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Torah & Étude Paracha

Paracha de la semaine : commentaires de Torah, explications des versets, enseignements des Sages et idées à partager pour Chabbat.

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Vézot Haberakha : la promesse cachée de la paracha sur la fin de l'exil

Pourquoi la dernière bénédiction de Moché décrit-elle un Israël qui n’a plus besoin de se rassembler face à l’ennemi ? À la lumière de Rachi et du Netsiv, une lecture de Vézote Habérakha confrontée aux événements du 20 au 24 septembre 2026.

Vézot Haberakha : la promesse cachée de la paracha sur la fin de l'exil

À New York, Israël affronte une nouvelle séquence de contestation diplomatique. Au Canada et au Royaume-Uni, la sécurité des communautés juives s’impose jusque pendant les jours les plus saints. Pourtant, la dernière bénédiction de Moché ne décrit pas seulement un peuple capable de résister à ses ennemis. Une lecture de Rachi révèle une aspiration plus exigeante : vivre sans que la menace détermine chaque rassemblement, chaque prière et chaque déplacement. Ce détail de la paracha Vézote Habérakha permet de comprendre autrement les événements de cette semaine.

Dans la paracha Vézote Habérakha, Moché s’apprête à mourir. Il ne prononce plus de discours sur les fautes du passé : il bénit les tribus, chacune selon sa vocation, avant de s’adresser une dernière fois à Israël tout entier. Entre les bénédictions particulières et les derniers versets apparaît une question discrète, mais décisive : quel avenir souhaite-t-il à un peuple dont l’existence a été si souvent menacée ?

Se rassembler pour la Torah, non par peur

Moché Rabbénou, vêtu d’une robe biblique et la tête couverte, bénit le peuple d’Israël rassemblé sous les étendards de ses douze tribus.
Avant sa mort, Moché Rabbénou adresse ses dernières bénédictions aux tribus d’Israël, selon le récit de la paracha Vézot Haberakha (Dévarim 33). Illustration éditoriale générée par IA.

Au début du chapitre, Moché rappelle l’héritage qui relie les générations :

« תורה צוה לנו משה מורשה קהלת יעקב »,
« Moché nous a prescrit la Torah, héritage de l’assemblée de Yaakov » (Devarim 33, 4). 

Le verset suivant évoque les chefs du peuple réunis et toutes les tribus d’Israël ensemble. Le Sforno rapporte ce rassemblement au don de la Torah, lorsque les tribus acceptèrent collectivement la royauté de D-ieu. Leur unité naît ici d’un engagement commun, non de la présence d’un ennemi (Sforno sur Devarim 33, 5).

Or, à la fin de cette même bénédiction, Moché annonce :

« וישכן ישראל בטח בדד »,
« Israël demeurera en sécurité, à part » (Devarim 33, 28).

Comment comprendre que le peuple réuni au commencement soit béni, à la fin, de pouvoir demeurer séparé ? Le mot בדד , à part ou seul, semble presque contredire le rassemblement initial. C’est dans l’explication de Rachi que se trouve une réponse singulièrement actuelle.

À l’ONU, la question des critères plutôt que celle des intentions

Le débat général de la 81e Assemblée générale des Nations unies s’est ouvert le 22 septembre 2026. Israël y est de nouveau au centre de confrontations diplomatiques qui portent sur la guerre, Gaza, la Cisjordanie et l’avenir politique du conflit israélo-palestinien. Cette attention n’est pas imaginaire. Elle s’inscrit aussi dans des structures institutionnelles anciennes : au Conseil des droits de l’homme, le point 7 de l’ordre du jour est spécifiquement consacré à la situation des droits de l’homme en Palestine et dans les autres territoires arabes occupés. Une résolution adoptée le 31 mars 2026 en fournit encore un exemple officiel.

Composition symbolique réunissant le drapeau israélien, celui de l’ONU, le globe terrestre, Jérusalem et des représentants des nations autour d’une table diplomatique.
Israël face aux nations : une illustration des relations diplomatiques internationales, avec Jérusalem et l’ONU au centre des enjeux géopolitiques. Illustration éditoriale générée par IA.

La question d’un traitement différencié peut donc être examinée à partir de documents et de procédures, plutôt qu’à partir d’intentions prêtées indistinctement aux délégations. Les chiffres de résolutions, avec leurs limites méthodologiques, ont déjà été étudiés dans notre enquête sur Israël à l’ONU et la répression en Iran. Mais une concentration de débats sur Israël ne suffit pas, à elle seule, à établir que chaque critique procède de l’antisémitisme. Il faut distinguer les désaccords diplomatiques, les accusations documentées portant sur des décisions gouvernementales et l’hostilité envers les Juifs en tant que Juifs.

Il serait également inexact d’affirmer que l’ONU ne parle d’aucun autre conflit. Dans son discours du 22 septembre, le secrétaire général António Guterres a condamné les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre 2023, dénoncé les souffrances infligées aux Palestiniens à Gaza et évoqué la Cisjordanie. Il a aussi traité de l’invasion russe de l’Ukraine, de la guerre au Soudan et de la crise au Myanmar. La critique sérieuse de l’institution porte donc sur la cohérence de ses critères et l’efficacité de ses réponses, non sur une absence littérale de toute attention aux autres tragédies.

Cette distinction compte pour Israël. La sécurité de sa population et la protection des civils palestiniens ne deviennent pas des préoccupations incompatibles parce qu’elles sont discutées dans une enceinte polarisée. De même, une critique d’une opération militaire ne constitue pas nécessairement une hostilité antijuive. Mais lorsque l’identité juive elle-même devient une raison de menacer des personnes, la question change de nature. Les événements de cette semaine le montrent avec une précision que les discours diplomatiques ne peuvent dissiper.

Manchester et Belleville : quand la prière devient un problème de sécurité

Le 22 septembre, la police antiterroriste britannique a annoncé avoir déjoué ce qu’elle considère comme un projet d’attentat visant la communauté juive de Manchester. Deux hommes, arrêtés le 20 septembre, demeuraient en garde à vue. Il s’agit à ce stade de suspects, et non de personnes reconnues coupables. Mais la cible envisagée, telle que la décrivent les enquêteurs, est explicite : une communauté juive. La police a renforcé son dispositif de protection pendant les fêtes.

La même soirée du 20 septembre, à Belleville, dans l’Ontario, un homme armé a échangé des coups de feu avec des policiers près de la synagogue Sons of Jacob, où des fidèles célébraient Yom Kippour. Un agent a été grièvement blessé ; aucun fidèle n’a été atteint. L’homme armé est mort le lendemain à l’hôpital. Les enquêteurs n’ont pas établi publiquement que la synagogue était sa cible : présenter son mobile antisémite comme un fait serait prématuré. Il reste une réalité incontestable, celle d’une communauté qui avait besoin d’une protection policière pour prier, et dont les offices ont été interrompus par les tirs.

La synagogue Sons of Jacob à Belleville
La synagogue Sons of Jacob à Belleville, en Ontario, le 21 septembre 2026.
Archives de la presse canadienne.

Ces deux événements ne se confondent ni par leur qualification judiciaire ni par ce que l’on sait des intentions en cause. Ils mettent néanmoins en lumière la même condition : des Juifs doivent intégrer la possibilité d’une attaque aux gestes ordinaires de leur vie religieuse. Le paradoxe est que le rassemblement, indispensable pour transmettre une tradition, devient aussi un point de vulnérabilité. C’est précisément ce que la dernière bénédiction de Moché permet de penser.

Sur les mots Israël demeurera en sécurité, à part, Rachi ne décrit ni une rupture diplomatique avec les nations ni un peuple condamné à vivre retranché. Il imagine chaque homme sous sa vigne et sous son figuier, les habitants vivant séparément et n’ayant plus besoin de se réunir pour se protéger de l’ennemi. Son expression est décisive :

« אין צריכין להתאסף ולישב יחד מפני האויב »,
« ils n’ont pas besoin de se rassembler et de demeurer ensemble à cause de l’ennemi » (Rachi sur Devarim 33, 28).

Le rapprochement avec le verset 5 révèle alors une construction remarquable. Au commencement de la bénédiction, les tribus se rassemblent pour recevoir une même autorité spirituelle :

« בהתאסף ראשי עם »,
« lorsque les chefs du peuple se réunissent ».

À la fin, elles sont bénies de ne plus avoir à se rassembler sous la contrainte de la peur. Le même verbe hébreu, להתאסף, se réunir, change de fonction. Dans un cas, le rassemblement exprime le choix d’un héritage. Dans l’autre, sa nécessité devrait avoir disparu parce que la sécurité est acquise.

Le Netsiv : demeurer singulier sans vivre contre le monde

Le Rav Naftali Tsvi Yehouda Berlin, dit le Netsiv, approfondit les deux mots du verset 28 dans son Haamék Davar. Il explique béta’h, en sécurité, par la tranquillité intérieure, l’affection entre les personnes et l’absence de rivalité avec les autres nations. Quant à la signification du mot badad, il y voit le maintien d’une identité propre, sans assimilation excessive. Les deux termes doivent être lus ensemble : la singularité d’Israël n’exige pas que les relations avec autrui soient gouvernées par la méfiance ou l’affrontement.

Le Talmud donne d’ailleurs au mot badad une seconde résonance. Dans le traité Sanhédrin (104a), il rapproche le à part de la bénédiction de Moché du solitaire des Lamentations : Comme elle demeure solitaire, la ville naguère si peuplée ! Le même terme peut désigner une vie paisible, assurée de son identité, ou l’abandon et la détresse. L’isolement diplomatique, même lorsqu’il est présenté comme la preuve d’une singularité historique, ne doit donc pas être confondu avec l’état béni du verset.

Ce que signifie défendre une liberté vieille de trois millénaires

L’actualité de cette semaine met face à face deux niveaux de responsabilité. Les institutions internationales doivent pouvoir examiner des faits, demander des comptes et protéger les populations civiles selon des critères cohérents. Les États doivent assurer la sécurité de leurs habitants sans considérer cette obligation comme une dispense de leurs autres devoirs. Et les autorités des pays où vivent des communautés juives doivent leur garantir une liberté religieuse qui ne dépende pas d’une escorte permanente.

Moché Rabbénou, la tête couverte et tenant son bâton, regarde avec gravité des représentants des nations réunis sous leurs drapeaux.
Moché Rabbénou face aux nations du monde, une représentation symbolique de l’identité d’Israël et de sa relation avec la communauté internationale. Illustration éditoriale générée par IA.

À cet égard, la formule de Rachi est plus exigeante qu’un appel général à l’unité. Elle ne demande pas aux Juifs de prouver indéfiniment qu’ils savent se serrer les coudes. Elle décrit un monde dans lequel ils pourraient se retrouver pour étudier, célébrer ou débattre, et rentrer ensuite chez eux sans que la peur commande l’itinéraire. Il y aurait quelque chose d’inachevé à célébrer la seule capacité d’Israël à survivre, si l’on finissait par trouver normal que ses habitants et les communautés juives du monde vivent sous protection.

Moché Rabbénou bénit les tribus au moment où elles vont entrer dans l’histoire sans lui. Sa dernière vision collective n’est pas celle d’un peuple perpétuellement mobilisé. C’est celle d’un peuple assez en sécurité pour que son héritage puisse enfin se déployer dans la vie ordinaire. Après trois millénaires de transmission, c’est peut-être ce que la liberté a de plus difficile à obtenir : non seulement continuer à exister, mais pouvoir vivre sans devoir, chaque jour, défendre le simple fait d’être là.

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