Le mois de Tichri commence avec le son grave du chofar, traverse le jeûne de Kippour, passe sous le toit fragile de la soukka et se termine en dansant avec la Torah. En quelques semaines, nous changeons plusieurs fois d’atmosphère. Ce n’est pas une succession désordonnée de fêtes, mais une manière très juive de remettre toute la personne en mouvement.
Au début de Tichri, il y a généralement du miel sur la table, beaucoup de bonnes résolutions et cette impression que, cette année, nous allons vraiment devenir ponctuels, patients et parfaitement organisés. Quelques jours plus tard, nous demandons pardon pour avoir déjà échoué sur une partie du programme. Puis nous construisons une cabane dans laquelle nous essayons de faire entrer la famille, les invités, les plats et parfois même quelques gouttes de pluie.
Vu de l’extérieur, le calendrier paraît hésiter entre gravité et réjouissance. En réalité, il nous apprend qu’une vie spirituelle ne peut pas rester enfermée dans une seule émotion.
Roch Hachana : se réveiller sans perdre le sourire
La Torah présente Roch Hachana comme un jour de sonnerie (Bamidbar 29, 1). Elle ne nous demande pas d’abord de prononcer un grand discours, mais d’écouter. Le Rambam explique que le chofar adresse un appel très simple :
« Réveillez-vous, vous qui dormez » (Lois du repentir 3, 4).
Il ne s’agit évidemment pas du sommeil après un repas de fête. Le Rambam parle de ces habitudes qui finissent par diriger notre vie sans que nous les examinions encore. Le chofar interrompt ce fonctionnement automatique. Il pose une question : où allons-nous réellement ?

Mais Roch Hachana n’est pas une journée de tristesse. Lorsque le peuple entend la Torah au premier jour du septième mois, Ezra et Néhémie lui demandent de ne pas pleurer :
« Mangez des mets savoureux, buvez des boissons douces… car la joie de D-ieu est votre force » (Néhémie 8, 9 à 10).
Voilà déjà une idée importante : prendre sa vie au sérieux ne signifie pas prendre un air sombre. On peut trembler devant la responsabilité et se réjouir de pouvoir encore choisir.
Kippour : la joie discrète d’une porte restée ouverte
Dix jours plus tard arrive Kippour. Nous jeûnons, nous confessons nos fautes et nous renonçons pendant une journée aux distractions ordinaires. Pourtant, la Michna compte Kippour parmi les jours les plus heureux du calendrier juif (Taanit 4, huit).
Cette affirmation peut surprendre. Kippour n’est pas joyeux comme un mariage ou un repas de fête. Sa joie est plus intérieure : elle vient de la possibilité de réparer.
La Torah dit :
« En ce jour, il sera fait expiation pour vous afin de vous purifier » (Vayikra 16, 30).
Elle ne nous demande donc pas de prétendre que tout va bien. Elle affirme qu’un être humain ne se réduit pas à ses erreurs. Il peut les reconnaître, les corriger et reprendre sa route. Cette réparation suppose aussi, lorsque nous avons blessé quelqu’un, de demander pardon à notre prochain.
Il y a quelque chose de profondément réconfortant dans cette idée. D-ieu ne nous demande pas d’avoir toujours réussi. Il nous demande de ne pas transformer nos échecs en domicile permanent.
Soukkot : sortir enfin les chaises
Après les prières de Kippour, la Torah nous invite presque immédiatement à Comment construire sa Soukka. Nous quittons les murs solides de la maison pour habiter sous un toit de branchages. Et cette fête, curieusement installée dans une demeure précaire, est appelée « le temps de notre joie ».
La Torah dit même : « Tu te réjouiras pendant ta fête » puis « tu seras pleinement joyeux » (Devarim 16, 14 à 15). La joie n’arrive donc pas lorsque tout est parfaitement protégé. Elle apparaît lorsque nous découvrons que la sécurité ne dépend pas uniquement de l’épaisseur des murs.
La soukka reste fragile, mais elle n’est pas triste. On y mange, on y chante, on reçoit des invités et l’on essaie de ne pas faire tomber les décorations. Elle ramène la spiritualité dans les gestes ordinaires. Après avoir prié comme des anges à Kippour, nous recommençons à manger comme des êtres humains, mais avec un peu plus de reconnaissance.
Les Sages du Talmud racontent que celui qui n’avait pas vu la joie des célébrations du puisage de l’eau au Temple n’avait jamais vu de véritable joie (Soukka 53a). La Torah ne se méfie donc pas de l’enthousiasme. Elle veut simplement lui donner une direction.
Chemini Atséret : rester encore un peu
Lorsque Soukkot s’achève, arrive Chemini Atséret. Les Sages comparent cette fête à un roi qui, après un grand banquet, demande à son ami proche :
« Prépare-moi un petit repas, afin que je puisse profiter encore de ta présence » (Soukka 55b).
Après les grandes prières, le chofar, le jeûne, la soukka et les quatre espèces, il reste une idée toute simple : D-ieu désire notre présence.
En Israël, Chemini Atséret et Sim’hat Torah sont célébrés le même jour. Nous terminons alors la lecture de la Torah et recommençons aussitôt Bérechit. Nous ne rangeons pas le livre en disant : « Voilà, c’est terminé. » Nous dansons avec lui, puis nous revenons à son premier mot.
C’est peut-être la plus belle leçon de Tichri. La Torah ne demande pas seulement à être étudiée avec un front sérieux. Elle peut aussi être portée dans les bras avec joie.
Tichri commence par un appel qui nous réveille et s’achève par une danse. Entre les deux, nous avons reconnu nos erreurs, quitté un instant nos certitudes et retrouvé le plaisir d’être ensemble. Nous ne sommes sans doute pas devenus parfaits en trois semaines. Mais si nous entrons dans le mois de Mar’hechvane un peu plus éveillés, plus reconnaissants et plus heureux de recommencer, les fêtes auront déjà accompli beaucoup.
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