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Après Kippour : que manger pour rompre le jeûne en douceur ?

Après vingt-cinq heures de jeûne, la reprise alimentaire doit réconforter sans brusquer l’organisme. Découvrez les aliments à privilégier, ceux à éviter et les traditions culinaires séfarades et ashkénazes de la sortie de Kippour.

Après Kippour : que manger pour rompre le jeûne en douceur ?

Lorsque retentit le chofar qui clôt Kippour, la faim et la soif accumulées pendant près de vingt-cinq heures se font soudain plus pressantes. La tentation est alors grande de se précipiter sur tout ce qui a été préparé. Pourtant, le véritable repas de réconfort n’est pas nécessairement le plus abondant. Pour retrouver rapidement ses forces sans provoquer lourdeurs, nausées ou douleurs digestives, mieux vaut privilégier une reprise progressive, faite de boissons, d’aliments simples et d’un repas chaud mais raisonnable.

Un repas placé sous le signe de la joie

Le repas qui suit Kippour ne répond pas seulement à un besoin physique. Il possède également une dimension spirituelle. Le Rama écrit que l’on « mange et se réjouit » à la sortie de Kippour, car ce moment possède quelque chose d’un jour de fête (Ora’h ‘Haïm 624, 5). Après une journée consacrée à la téchouva, à la prière et au pardon, le retour à la vie matérielle s’accomplit dans la joie et avec la volonté d’en faire désormais un meilleur usage. Le texte peut être consulté dans le Choul’han Aroukh.

Aucun plat particulier n’est imposé par la Halakha. Chaque communauté a développé ses traditions, mais toutes traduisent la même idée : retrouver le monde matériel sans brutalité et faire de ce premier repas un prolongement de la sérénité acquise pendant Kippour.

Ne pas vouloir rattraper le jeûne en quelques minutes

Après la Havdala, la priorité est de se réhydrater. Un verre d’eau bu tranquillement, puis éventuellement une tisane ou un thé léger, est généralement préférable à une grande quantité de liquide absorbée d’un seul coup. Une datte, quelques morceaux de fruit mûr, une compote ou une petite tranche de gâteau peuvent ensuite calmer la sensation de faim et fournir rapidement un peu d’énergie.

Cette première collation n’a pas vocation à remplacer le repas. Elle permet simplement de patienter une quinzaine de minutes avant de passer à table. Ce court intervalle suffit souvent à diminuer l’empressement qui conduit à manger trop vite et beaucoup plus que nécessaire.

Le repas peut alors commencer par un bouillon ou une soupe légère. Leur chaleur apporte un véritable réconfort, tandis que leur teneur en eau participe à la réhydratation. Le bouillon de poulet aux vermicelles convient particulièrement bien : il associe liquide, légumes tendres, protéines et glucides faciles à consommer. Une soupe de courgettes, de carottes, de courge ou de pommes de terre constitue également une excellente entrée.

Le plat principal doit rester simple. Du riz, de la semoule, des pommes de terre ou des pâtes reconstituent progressivement les réserves énergétiques. Une portion raisonnable de poulet, de poisson ou d’œufs apporte les protéines nécessaires, tandis que des légumes cuits complètent le repas sans imposer à l’organisme la digestion parfois difficile d’une grande quantité de crudités. Un peu d’huile d’olive suffit pour apporter de la saveur et de bonnes matières grasses.

Les recommandations nutritionnelles relatives aux jeûnes religieux vont généralement dans ce sens : boire régulièrement, consommer des aliments riches en eau et retrouver un repas équilibré associant féculents, légumes et protéines. L’UT Southwestern Medical Center rappelle notamment l’importance de l’hydratation et d’une alimentation comprenant fruits, légumes, céréales, protéines maigres et bonnes graisses.

Quand les aliments réconfortants deviennent de faux amis

Après Kippour, les aliments les plus attirants ne sont pas toujours ceux que l’organisme tolère le mieux. Les fritures, les feuilletés très gras, les pâtisseries abondamment imbibées de miel ou les plats en sauce ralentissent la digestion et peuvent entraîner lourdeurs et reflux. Il n’est pas nécessaire de les bannir totalement, mais une petite portion dégustée à la fin du repas sera préférable à une accumulation dès les premières minutes.

Les sodas et les jus très sucrés donnent eux aussi l’impression de faire rapidement disparaître la fatigue. Leur forte teneur en sucre procure cependant une énergie souvent brève et ne remplace pas l’eau pour se réhydrater. Les aliments très salés, comme certaines charcuteries, les olives, le hareng ou le saumon fumé, peuvent accentuer la soif et doivent rester mesurés. L’alcool est particulièrement déconseillé sur un estomac vide, tandis que plusieurs cafés forts peuvent provoquer palpitations, acidité ou inconfort chez les personnes sensibles.

Les plats très épicés et les grandes salades de crudités ne sont pas interdits, mais ils risquent d’être mal supportés immédiatement après le jeûne. La cuisson rend généralement les légumes plus doux et plus faciles à digérer. Le principe n’est donc pas de supprimer tout plaisir, mais de choisir le bon moment et la bonne quantité.

La douceur des traditions séfarades

Dans de nombreuses familles séfarades et nord-africaines, la rupture du jeûne commence par une boisson chaude accompagnée d’une douceur. Les Marocains servent volontiers du thé à la menthe avec une datte, un petit biscuit ou un morceau de pâte d’amande. Les Juifs de Tunisie et de Libye retrouvent le boulou, ce pain-gâteau légèrement sucré, parfumé à la fleur d’oranger et enrichi de raisins secs, de graines ou d’amandes. Cette spécialité occupe une telle place dans certaines familles qu’il paraît difficile d’imaginer une sortie de Kippour sans elle. La Jewish Food Society en rapporte plusieurs traditions familiales.

Vient ensuite la soupe. Le bouillon de poulet aux vermicelles reste l’une des solutions les plus simples et les plus digestes. Dans certaines familles marocaines, il est remplacé par la harira, composée de tomates, de lentilles, de pois chiches, d’herbes et parfois de viande. Cette soupe nourrissante est traditionnellement associée à la rupture du jeûne, mais sa richesse invite à la servir en quantité modérée et à ne pas la relever excessivement. La Jewish Food Society rappelle qu’elle a été adoptée comme plat de sortie de Kippour par de nombreuses familles juives marocaines.

Un repas séfarade équilibré peut ainsi commencer par de l’eau ou du thé, une datte ou une petite tranche de boulou, puis se poursuivre avec un bouillon de poulet aux vermicelles. Du poulet accompagné de riz, de courgettes, de carottes ou de courge complète harmonieusement le repas. Une compote, un fruit mûr ou une petite pâtisserie parvé permet de terminer sur une note douce sans créer de problème de cacheroute après la viande.

Le repas ashkénaze, entre gâteau au miel et buffet lacté

Dans les familles ashkénazes, le jeûne est souvent rompu avec une tasse de thé et une tranche de lekach, le traditionnel gâteau au miel. Dans les communautés nord-américaines, le repas qui suit s’est progressivement transformé en buffet lacté composé de bagels, de fromage frais, de saumon fumé, de salade d’œufs, de blintzes et de kugel aux nouilles. Ces préparations présentent aussi l’avantage de pouvoir être réalisées avant le jeûne et servies rapidement à son issue.

Dans ce cas, il ne faut évidemment pas commencer par un bouillon de poulet. Le repas peut s’ouvrir avec un simple bouillon de légumes parvé ou passer directement au buffet lacté. Un petit bagel garni de fromage frais et de saumon, selon l’usage ashkénaze, peut être accompagné de concombre, de tomate ou d’une salade légère. Une petite portion de kugel ou un blintz complète le repas, avant une compote ou un morceau de gâteau.

Certaines familles ashkénazes préfèrent toutefois une soupe de poulet aux lokshen, les nouilles traditionnelles. Le reste du repas doit alors demeurer entièrement carné ou parvé : poulet, pommes de terre, légumes cuits et dessert sans lait. Fromage frais, beurre, blintzes au fromage et desserts lactés sont naturellement exclus de ce menu.

Qu’il soit séfarade ou ashkénaze, le repas idéal ne cherche donc pas à compenser en une soirée tout ce qui n’a pas été consommé pendant Kippour. Il doit restaurer les forces, réhydrater et réconforter, tout en conservant quelque chose de la mesure et de l’élévation de cette journée. Ces recommandations concernent les adultes en bonne santé ; les personnes diabétiques, cardiaques ou rénales, ainsi que celles qui suivent un traitement particulier, doivent respecter les indications de leur médecin.

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