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Torah & Étude Halakha

Halakha et loi juive : règles, sources, décisions rabbiniques et applications pratiques dans la vie quotidienne, Chabbat et les fêtes.

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Chemini Atséret : pourquoi D-ieu retient Israël un jour de plus

Pourquoi rester un jour de plus après Soukkot ? Rachi, le Talmud et le Choul’han Aroukh éclairent la fête de Chemini Atséret, ses lois pratiques et la joie de Sim’hat Torah.

Chemini Atséret : pourquoi D-ieu retient Israël un jour de plus
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Le Loulav est rangé et, en Israël, la soukka cesse d’être une obligation ; pourtant, la Torah prescrit encore un jour de fête après Soukkot. Que reste-t-il à accomplir lorsque les gestes qui marquaient les sept jours précédents ont pris fin ? Rachi (Vayikra 23, 36) entend dans ce huitième jour la demande de D-ieu à Israël de demeurer auprès de Lui, comme un roi qui retient ses enfants avant leur départ.

Les Halakhot de Chemini Atséret donnent un contenu précis à cette proximité : un jour de Yom Tov distinct, la mention de la pluie au Moussaf et, en diaspora, les repas du premier jour dans la Soukka sans la bénédiction habituelle. En Israël ce même jour, en diaspora le lendemain, Sim’hat Torah fait suivre l’achèvement du livre de Dévarim des premiers versets de la paracha Bérechit et montre que cette rencontre se poursuit dans l’étude.

Restez encore un jour : ce que signifie Atséret

La Torah, dans la paracha Emor, ordonne :

בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי מִקְרָא־קֹדֶשׁ יִהְיֶה לָכֶם,
le huitième jour sera pour vous une convocation sainte ,
et ajoute עֲצֶרֶת הִוא, c’est une assemblée solennelle.

Le mot évoque aussi l’arrêt : on interrompt le départ et le travail. La place de ce jour après Soukkot ne signifie pas que toutes ses prescriptions se prolongent.

Rachi sur Vayikra (23, 36) formule une image :

עָצַרְתִּי אֶתְכֶם אֶצְלִי,
Je vous ai retenus auprès de Moi.

Comme un roi qui demande à ses enfants de demeurer après un banquet, D-ieu dit :

קָשָׁה עָלַי פְּרֵדַתְכֶם,
votre départ M’est pénible ».

Ce langage exprime la proximité ; il n’attribue pas un besoin humain à D-ieu. La rencontre garde sa valeur lorsque les cérémonies s’achèvent.

Une fête distincte, au lendemain de Soukkot

Le Talmud, Soukka (55b), explique que les soixante-dix taureaux offerts pendant Soukkot correspondent aux soixante-dix nations, tandis que le huitième jour comporte un seul taureau. Les sages comparent ce dernier jour à un repas intime, préparé pour un proche. Après avoir prié pour le monde, Israël demeure dans une relation qui lui confie une responsabilité singulière.

Fidèles joyeux dansant avec des sifré Torah devant une soukka illuminée, dans une ambiance de fête à Jérusalem.

Cette singularité a une conséquence juridique. Le Talmud qualifie Chemini Atséret de רֶגֶל בִּפְנֵי עַצְמוֹ, fête à part entière. Le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm (668), prévoit sa mention dans la prière, le Kiddouch et la bénédiction Chéhé’héyanou, qui nous a fait parvenir à ce moment. Il s’agit d’un Yom Tov : les travaux interdits lors des fêtes le sont ce jour-là, et la préparation des repas suit les règles propres à Yom Tov. La joie passe aussi par la prière et les repas de fête.

Soukka, loulav : ce qui change en Israël et en diaspora

En Israël, Chemini Atséret tombe le 22 Tichri et Sim’hat Torah est célébrée le même jour. La Mitsva des quatre espèces s’achève avec Soukkot : on ne prend plus le Loulav pour l’accomplir et on ne mange plus dans la soukka au titre d’une obligation. Le dossier d’Univers Torah La soukka, la cabane qui traverse l’exil et se relève approfondit ce que l’on peut en rapporter dans la maison : nos protections matérielles sont utiles, mais elles ne suffisent pas à garantir la vie.

En diaspora, où l’on observe deux jours de Yom Tov, le 22 tichri est Chemini Atséret et le 23 est Sim’hat Torah. Le Consistoire de Paris rappelle cette différence de calendrier avec Israël. Le premier jour, le Talmud, traité Soukka (47a), tranche : מֵיתַב יָתְבִינַן, בָּרוּכֵי לָא מְבָרְכִינַן, nous y mangeons, mais nous ne prononçons pas la bénédiction. Le Choul’han Aroukh précise que l’on prend les repas dans la soukka, de nuit comme de jour, sans dire léchev bassoukka ; on dit néanmoins au Kiddouch le nom de Chemini Atséret et Chéhé’héyanou. Le second jour, on ne siège plus dans la soukka au titre de cette Mitsva. Dans les communautés où l’usage de la soukka diffère, notamment pour dormir, on suit la décision de son autorité rabbinique.

La prière pour la pluie : demander la vie au bon moment

Au Moussaf de Chemini Atséret, on introduit la mention מַשִּׁיב הָרוּחַ וּמוֹרִיד הַגֶּשֶׁם, Il fait souffler le vent et tomber la pluie. Le Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm (114, 1), fixe ce début au Moussaf du dernier jour biblique de la fête, soit le 22 tichri en Israël comme en diaspora. L’assemblée reçoit auparavant l’annonce liturgique selon son rite ; la prière pour la pluie marque ainsi un changement porté par la communauté.

Des fidèles juifs quittent une soukka illuminée sous une pluie abondante à Jérusalem, à la fin de Soukkot, à l’approche de Chemini Atséret.

Une précision halakhique est décisive : mentionner la puissance divine qui apporte la pluie dans la deuxième bénédiction de la ‘Amida ne revient pas encore à demander la pluie dans la bénédiction des années. Cette demande, formulée par וְתֵן טַל וּמָטָר לִבְרָכָה, accorde la rosée et la pluie pour la bénédiction, commence plus tard, selon les dates prévues pour Israël et la diaspora. Durant Soukkot, une pluie forte empêcherait de vivre normalement dans la soukka ; après les sept jours, la communauté peut proclamer ce qu’elle attend pour les champs, l’eau et la subsistance. La dépendance envers D-ieu prend ici une forme concrète.

Sim’hat Torah : achever la lecture pour la reprendre

Chemini Atséret est nommé par la Torah : Sim’hat Torah désigne la joie attachée à la fin du cycle annuel de lecture. Le Choul’han Aroukh décrit la lecture de וְזֹאת הַבְּרָכָה, Voici la bénédiction, jusqu’au terme du Deutéronome, suivie du commencement de בְּרֵאשִׁית, Au commencement. En Israël, ces lectures ont lieu à Chemini Atséret ; en diaspora, elles sont accomplies le lendemain, à Sim’hat Torah. Le Rema (Choul’han Aroukh, Ora’h ‘Haïm 114, 1), dans ce dernier passage, explique le nom du jour par la joie de terminer la Torah et rapporte les chants et les tours effectués avec les rouleaux autour de l’estrade de lecture, les Hakafot, selon les usages locaux.

Recommencer Bérechit avant même de ranger le dernier livre est un choix spirituel précis. Celui qui a achevé une lecture n’a pas épuisé son texte. Il y revient après une année vécue, avec des questions nouvelles et une responsabilité accrue. Le verset de la paracha Vézot Haberakha appelle la Torah מוֹרָשָׁה קְהִלַּת יַעֲקֹב, héritage de la communauté de Jacob (Devarim 33, 4). Un héritage reste vivant quand on le reçoit, l’étudie et le transmet. Les danses expriment cette joie ; les jours qui suivent montrent ce qu’elle devient dans la conduite de chacun.

Mains tenant un yad en argent pointant vers les trois premiers mots de la Torah sur un Sefer Torah.

Rachi entendait dans Atséret la demande de demeurer encore un jour. La Halakha donne à cette proximité un temps et des actes définis ; Sim’hat Torah en ouvre la suite. Le dossier d’Univers Torah Tichri : du chofar à la joie de la Torah situe ce passage dans le cycle des fêtes. On quitte la soukka, puis la fête elle-même, avec une Torah que l’on recommence à lire chez soi et dans la communauté. La journée supplémentaire ne retarde donc pas simplement le retour à l’ordinaire : elle lui donne une direction.

Voir aussi

Sujets traités

Chemini Atseret Sim'hat Torah Souccot Yom Tov halakha Choulhan Aroukh Rachi Talmud Bavli Torah (texte)

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